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Les cruches
Mise à jour le jeudi 25 octobre 2007
Par: Jean Saint-Cyr
Ironique, lorsqu'il s'agit de convoquer les électeurs aux urnes, on les prend pour des cruches.En prévision du discours du Trône, alors imminent, chaque parti de l'opposition y allait des conditions que devait affronter le gouvernement Harper pour éviter d'être défait. Le NPD désirait, et il maintient toujours sa position, que le gouvernement Harper annonce le retrait immédiat des troupes canadiennes en Afghanistan, alors qu'il était clair que le premier ministre désire y rester, même s'il a déclaré du bout des lèvres qu'il faudrait pour cela "une espèce de consensus" au Parlement. Sur la même question, le Bloc s'est dit prêt, à l'issue de la réunion de son caucus à Saint-Hyacinthe à la fin août, à défaire le gouvernement s'il n'inscrivait pas "noir sur blanc" dans le discours du Trône le retrait des troupes en février 2009. Quant au chef libéral Stéphane Dion, il savait déjà que rien n'était gagné pour son parti. Il talonnait dans les sondages le parti au pouvoir, mais il n'avait pas encore trouvé l'os sur lequel il pouvait mordre pour tourner en sa faveur les intentions de vote des Canadiens. Il y avait bien l'environnement, mais le discours entretenu par les conservateurs clamait à répétition que leurs mesures étaient concrètes, et plus dynamiques qu'aucune des actions mises en oeuvre par les libéraux pendant treize ans de pouvoir. On sentait le premier ministre nerveux. Il menait dans les sondages par une faible, très faible marge.Mais le vent a tourné. À quelques jours du discours, un sondage démontre que les conservateurs de Stephen Harper réalisent un bond important dans les intentions de vote des Canadiens. Harper aurait pu compter sur 40 % des votes des Canadiens si une élection avait eu lieu une semaine avant le discours du Trône. C'est le pourcentage que doit atteindre un parti s'il veut former un gouvernement majoritaire. Qui plus est, le même sondage, réalisé par la firme Ipsos-Reid pour le compte du Globe and Mail et du réseau CTV, révèle que près de la moitié des Canadiens se sont dits satisfaits du travail du premier ministre Harper et qu'il mérite d'être réélu. Les conservateurs avaient donc réussi à creuser un écart de 12 points sur les libéraux. Un mois auparavant, un sondage de la firme Strategic Counsel donnait les conservateurs et les libéraux à égalité, à 33 %. Le suspens s'est donc éteint: après le sondage, nous savions déjà que le discours du Trône passerait, à moins d'un hara-kiri politique des libéraux fédéraux. Devant une telle situation, tous les partis d'opposition, sauf les libéraux, ont eu le loisir de maintenir leur opposition au discours du Trône, tandis que le chef libéral s'est littéralement caché de la presse pendant vingt-quatre heures avant de livrer une longue tirade au Parlement pour annoncer ce que nous savions déjà. Les Canadiens ne sont pas dupes des manoeuvres et de la langue de bois des politiciens fédéraux. Derrière les déclarations de principes, ils savent que se cache l'opportunisme électoraliste des partis politiques. Chez ces derniers, ce ne sont pas les principes qu'on évalue, mais bien le nombre de sièges sur lesquels ils pourront compter si une élection avait lieu. C'est ce que calcule Harper en défiant l'opposition à le défaire, c'est aussi ce que calcule Dion pendant qu'il nous annonce que nous ne désirons pas d'élection. Si les politiciens continuent de prendre les électeurs pour des cruches, ils pourraient bien être l'objet de la revanche des urnes. Commentaires: jean.saintcyr@acadienouvelle.com
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