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Afghanistan: une guerre impossible à gagner
Mise à jour le samedi 11 octobre 2008
Par: Dyer, Gwynne
La raison pour laquelle aucun des deux camps ne parvient pas à gagner est que les forces sont trop équilibrées.

On dirait parfois que la vocation principale des généraux britanniques est de dire tout haut ce que les généraux américains (et les diplomates britanniques) pensent tout bas, mais n'osent pas dire en public. Des choses comme: "Nous ne gagnerons pas cette guerre."

C'est ce qu'a affirmé, la semaine dernière, le général de brigade Mark Carleton-Smith, commandant du corps expéditionnaire britannique en Afghanistan, au terme de ses six mois de commandement de la 16e brigade aéromobile. Ses forces ont livré un grand nombre de combats et perdu 32 hommes, mais elles n'ont perdu aucune bataille. Les armées régulières perdent rarement contre des forces de guérilla. Cependant, elles n'ont pas remporté de victoires durables, ce qui est également propre des guerres dans lesquelles une armée étrangère combat une guérilla locale.

Le général Carleton-Smith n'a pas dit que les forces étrangères en Afghanistan perdraient la guerre, mais qu'elles ne pourraient pas obtenir une "victoire militaire décisive". Le mieux qu'elles peuvent faire serait de réduire pendant quelques années l'insurrection talibane "à un niveau gérable, qui ne soit pas une menace stratégique et qui pourrait être maîtrisée par l'armée afghane".

"Si les talibans étaient prêts à s'asseoir autour d'une table pour parler d'une solution politique", a ajouté M. Carleton-Smith, "ce serait précisément le genre de progrès susceptible de mettre fin à ce type d'insurrection. Cela ne doit pas mettre les gens mal à l'aise." Car en vérité, les armées étrangères soutiennent un camp dans une guerre civile afghane. Si la guerre ne peut aboutir à la victoire décisive d'un des deux camps, elle doit se conclure par une paix négociée acceptable pour les deux camps.

La raison pour laquelle aucun des deux camps ne parvient pas à gagner est que les forces sont trop équilibrées. Chaque camp est capable de tenir son territoire indéfiniment. En 2001, les États-Unis se sont alliés aux principaux groupes ethniques du Nord, Tadjiks, Ouzbeks et Hazaras, qui totalisent environ 60 % de la population, afin de chasser les talibans du pouvoir. Mais les talibans étaient et sont encore le vecteur politique majeur des Pachtounes, qui représentent quelque 40 % de la population.

Les Pachtounes étaient traditionnellement l'ethnie dominante en Afghanistan. Pourtant en 2001, ils ont été efficacement chassés du pouvoir par les autres groupes ethniques et leurs alliés occidentaux. Voilà pourquoi ils se révoltent: les régions dans lesquelles les troupes occidentales combattent "les taliban" sont toutes les zones du sud et de l'est de l'Afghanistan, où les Pachtounes sont majoritaires, et nulle part ailleurs. Dans les faits, les forces étrangères combattent le nationalisme pachtou. C'est pourquoi elles ne peuvent pas gagner.

De leur côté - et pour la même raison -, les talibans ne sont pas non plus en mesure de remporter une victoire décisive. Ils n'ont jamais contrôlé le nord de l'Afghanistan même quand ils gouvernaient à Kaboul de 1996 à 2001. C'est essentiellement parce que les autres minorités ethniques les considéraient comme un groupe exclusivement pachtou. Par ailleurs, par leur intolérance et leur brutalité, ils se sont aliéné la plupart des communautés non pachtous qui sont tombées sous leur domination, et celles-ci n'accepteraient pas de les voir revenir seuls au pouvoir.

Pourtant, un accord de paix négocié doit donner aux Pachtounes une juste part du pouvoir central, et cela suppose de concéder aux talibans une part du pouvoir. La majorité des capitales occidentales considèrent toujours que c'est impensable, mais c'est tout à fait dans la tradition afghane de mettre fin aux conflits ethniques périodiques qui déchirent le pays depuis toujours. De toute façon, cela finira par arriver tôt ou tard.

Est-ce à dire que l'Afghanistan redeviendra une base du terrorisme international? C'est peu vraisemblable, car ce ne serait dans l'intérêt d'aucun gouvernement afghan - même d'un gouvernement qui comprendrait des éléments talibans - de s'attirer ce genre d'opprobre international. En outre, les terroristes internationaux n'ont pas besoin de "bases" pour préparer leurs attaques, quelques locaux suffisent.

Le général Carleton-Smith a suggéré que les troupes étrangères devront rester plus longtemps: "Si nous réduisons nos attentes, je pense que nous pouvons espérer de façon réaliste céder, d'ici trois à cinq ans, la responsabilité militaire tactique à l'armée afghane et mettre entre ses mains l'essentiel de la responsabilité de combattre l'insurrection." Cet argument comporte deux failles.

La première, c'est que les pays occidentaux ne sont pas prêts à subir des pertes en Afghanistan pendant encore trois, cinq ou dix ans. La seconde est que le gouvernement afghan n'est pas en voie de se renforcer.

Dans un communiqué diplomatique divulgué récemment, l'ambassadeur adjoint français à Kaboul, Jean-François Fitou, rapportait que l'ambassadeur britannique en Afghanistan, Sir Sherard Cowper-Coles, lui avait expliqué que la stratégie pour l'Afghanistan était "vouée à l'échec". Selon Sir Sherard, "la sécurité s'aggrave, de même que la corruption. Et le [gouvernement afghan du président Hamid Karzaï] a perdu toute confiance". Les démentis habituels ont suivi, mais c'est très exactement ce que disent en privé les fonctionnaires britanniques sur place.

Ainsi, il serait raisonnable d'annoncer une échéance pour le retrait des troupes étrangères et de commencer à négocier dès maintenant un règlement final de la paix en Afghanistan. Attendre davantage ne mènera vraisemblablement pas à une meilleure issue. C'est sûrement pour cela que le président afghan Hamid Karzaï a révélé, la semaine dernière, avoir sollicité le roi d'Arabie saoudite pour servir de médiateur dans une négociation avec les talibans.

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