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La tempête atteindra le N.-B.
Mise à jour le samedi 11 octobre 2008
Par: Ricard, Philippe
DIEPPE - La crise économique américaine n’a pas tout à fait traversé la frontière canadienne et néo-brunswickoise. Mais ce n’est qu’une question de temps avant qu’un ralentissement économique et peut-être même une récession ne frappe le pays et la province, estime l’économiste Pierre-Marcel Desjardins.

"Au Canada, ce n’est pas une crise comme aux États-Unis. Ici, c’est préoccupant pour les gens qui ont directement ou indirectement de l’argent en bourse. Bien des gens ne réalisent pas qu’ils en ont parce que les investissements sont faits à partir de leur caisse de retraite", souligne M. Desjardins.

Une chose est certaine, la crise des marchés financiers aura tôt ou tard des répercussions sur l’économie canadienne, soutient M. Desjardins.

Environ 80 % des exportations canadiennes partent vers le pays de l’Oncle Sam. Au Nouveau-Brunswick, ce chiffre grimpe à 90 %. Comme le dit l’expression bien connue, lorsque les États-Unis attrapent la grippe, le Canada tousse...

"Les prochains mois seront difficiles. Actuellement, il y a des entreprises canadiennes qui commencent à avoir plus de difficulté à obtenir du crédit pour des nouveaux projets ou des agrandissements. Parce que même si le secteur financier canadien reste solide, les banques sont plus frileuses à cause de l’environnement économique global. Ça va avoir des impacts au niveau des dépenses de ces entreprises, mais aussi au niveau de l’emploi", soutient M. Desjardins.

Le PDG d’Assomption Vie, Denis Losier, fait remarquer qu’en économie, tout est relié.

Si les entreprises n’ont pas accès au crédit, elles ne peuvent pas croître, ce qui éventuellement mènera à des mises à pied dans divers secteurs.

"Si on licencie des employés, ils auront moins d’argent pour rembourser leurs hypothèques, leurs cartes de crédit. Donc, ça fait boule de neige et ça a des répercussions partout dans le système", avance M. Losier. Au cours des 18 derniers mois, la force du dollar canadien et le prix de l’essence et de l’énergie ont passablement fait mal à l’économie néo-brunswickoise. Pas surprenant, donc, de constater que la crise économique américaine a déjà des impacts ici.

"On en voit les signes. Hier (mercredi), il y a la compagnie Flakeboard (une scierie de St. Stephen), qui a mis à pied 42 personnes. Il y a aussi de petites et moyennes entreprises ici à Moncton qui ont de la difficulté à boucler leur fin de mois. On va voir finalement que lorsque le consommateur américain arrête de consommer nos produits, il y a des répercussions très négatives", indique Denis Losier.

Au dire de l’économiste Pierre-Marcel Desjardins, un ralentissement économique touchera le Canada très bientôt et il n’est pas impossible que le pays soit en récession (deux trimestres successifs où l’économie régresse) d’ici à la fin de l’année 2008.

"Il y a une possibilité de crise économique ici aussi, mais il ne faut pas paniquer. Les gouvernements ont appris leur leçon et je ne crois pas qu’on va revivre la situation des années 1930. Mais disons que c’est préoccupant", précise Pierre-Marcel Desjardins.

Denis Losier affirme lui aussi que les probabilités d’une récession sont élevées.

Pointe Lepreau 2 sur la glace?

Il n’y a pas que les investisseurs, les entreprises et les travailleurs canadiens qui vont ressentir les impacts de la crise économique qui sévit aux États-Unis.

Les gouvernements fédéral et provincial en subiront également les contrecoups.

Au Nouveau-Brunswick, par exemple, cela voudra peut-être dire que le gouvernement provincial devra remettre à plus tard certains projets d’envergure, notamment la construction d’une deuxième centrale nucléaire, estime l’économiste Pierre-Marcel Desjardins.

"Selon moi, le projet de Pointe Lepreau 2 est un point d’interrogation énorme à l’heure actuelle. On parle d’aller chercher des milliards $ (pour la construction) et cet argent-là n’est tout simplement pas disponible. Les maisons financières qui auraient pu financer cela ont perdu 40 ou 50 % de leurs avoirs ou elles ont fait faillite", fait-il remarquer.

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