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Le beurre hypothéqué
Mise à jour le samedi 11 octobre 2008
Par: Jean Saint-Cyr
Quiconque a été élevé dans une grande famille dans une petite maison, où les enfants s'entassaient à plusieurs dans une même chambre, rêve d'avoir un jour une grande maison dans laquelle chaque membre de la famille aura sa chambre. C'est en jouant sur cette corde sensible des consommateurs américains que la plus forte économie du monde, celle des États-Unis, a érigé la plus grande illusion qui, aujourd'hui, entraîne au bord de la faillite l'économie planétaire.

La grande illusion, c'était de faire croire aux travailleurs de la classe moyenne qu'ils pouvaient, eux aussi, acquérir une magnifique propriété dans un quartier propret, sécuritaire et ultramoderne.

Au premier niveau, le système était simple. Les prêteurs hypothécaires offraient à leurs clients de se porter acquéreurs de la maison de leur rêve sans avoir à la payer. Comment?

On offrait aux gens de contracter une hypothèque sans avoir à rembourser le capital; il suffisait de payer les paiements des intérêts à taux variable. La propriété allait prendre de la valeur sur le marché, et une décennie ou deux plus tard, le propriétaire vendrait la maison à profit, rayant ainsi le montant de l'hypothèque.

Puisque la valeur nette et la capacité de remboursement des clients étaient fragiles, les prêteurs ont élaboré un marché international de ces prêts à risque. Les banques ont offert sur le marché international des portefeuilles de ces hypothèques à risque, le raisonnement étant qu'elles partageraient le risque en le fractionnant entre plusieurs investisseurs. En revendant les hypothèques, les banques qui avaient consenti le prêt initial renflouaient leurs coffres, leur permettant d'offrir d'autres hypothèques à de nouveaux clients. C'est ainsi que toutes ces hypothèques contractées à l'origine par des banques américaines ont fini par être détenues par tout un assortiment de banques étrangères au Canada, en Europe et en Asie.

Mais pour que chaque investisseur obtienne un retour sur son investissement, il fallait augmenter le taux d'intérêt. C'est ainsi que les emprunteurs qui payaient au début trois ou quatre pour cent voyaient leur taux d'intérêt augmenter après la première échéance. S'ils pouvaient affronter le remboursement du taux d'intérêt initial, les consommateurs ont fini par ne plus pouvoir faire face au paiement pour le remboursement de la deuxième ou troisième tranche d'intérêt de leur hypothèque.

En 2008, trois quarts de millions de familles américaines ont perdu leur maison de rêve, faute d'avoir pu rembourser l'intérêt sur leur hypothèque. Deux millions de familles supplémentaires ont reçu un avis d'éviction à moins de mettre leur paiement d'intérêt à jour. Plusieurs d'entre elles n'arriveront pas à respecter l'échéance. Les maisons saisies ne trouvent pas d'acheteurs, même en les offrant à rabais. La valeur des maisons a baissé de façon importante. La construction a évidemment été stoppée, les entrepreneurs ont mis à pied leurs travailleurs, qui eux, à leur tour, ne peuvent plus faire leurs paiements sur leur maison, leurs meubles, leur voiture. L'effet domino s'est poursuivi, l'économie est paralysée après avoir connu une croissance artificielle. Le citoyen moyen n'a plus accès au crédit qui était pourtant si facile à obtenir il y a un an.

On ne peut pas blâmer le gouvernement Harper pour l'assèchement des liquidités du système bancaire. On peut seulement lui reprocher de tenter de nous faire croire que le Canada est à l'abri de la crise qui frappe l'économie de tous les pays, de tous les continents.

On ne peut pas blâmer le gouvernement Harper pour l'assèchement des liquidités du système bancaire. On peut seulement lui reprocher de tenter de nous faire croire que le Canada est à l'abri de la crise...

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