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Le virage bleu
Mise à jour le samedi 11 octobre 2008
Par: Côté, Patrice
À l'instar du Virage vert de Stéphane Dion, le virage bleu de l'industrie du cinéma génère peu d'intérêt et se heurte à un obstacle majeur: l'argent.Pendant quelques années, un consortium mené par Sony a bataillé avec la firme japonaise Toshiba pour le monopole du marché du DVD en format haute définition. Pendant ce conflit, les ventes de lecteurs haute définition étaient anecdotiques. En effet, rares étaient les cinéphiles qui étaient prêts à débourser 1000 $ et plus pour un appareil qui pouvait devenir obsolète quelques mois plus tard.Grâce à des alliances judicieuses au sein de l'industrie du cinéma, Sony et son lecteur Blu-ray l'ont finalement emporté, Toshiba annonçant, le 19 février, qu'il mettait la hache dans la chaîne de production de sa division HD DVD. Huit mois plus tard, le cinéphile moyen a-t-il pris le tournant bleu? La réponse: non. Selon les chiffres les plus récents, les ventes de lecteurs et de disques Blu-ray correspondent à environ 5 % du marché du DVD aux États-Unis. L'objectif du consortium était d'atteindre un taux de 50 % à la fin 2008. En France, en Australie et en Angleterre, ce taux de pénétration est inférieur à 2 %. Je n'ai pas été en mesure de mettre la main sur les chiffres canadiens, mais on peut présumer qu'ils ressemblent beaucoup aux données américaines. Enfin, selon BetaNews, à la fin septembre, les ventes de disques Blu-ray étaient même en baisse de 13 % par rapport à la même période l'année dernière. Les analystes sont unanimes: Sony et ses partenaires devront revoir leurs prix à la baisse s'ils souhaitent que les cinéphiles prennent le virage bleu. Parce qu'à l'heure actuelle, les braves qui veulent passer en haute définition ont besoin d'avoir un portefeuille bien garni. Un lecteur de disques Blu-ray coûte plus de 300 $ (pour le modèle bas de gamme). Pour apprécier les nuances du format Blu-ray, une télévision HD avec un écran d'au moins 42 pouces est nécessaire. Coût de l'appareil: plus de 1000 $. Il faut aussi savoir que les disques Blu-ray coûtent environ 25 % plus cher que les DVD conventionnels. Un cinéphile peut donc investir 2000 $ dans un système de cinéma haute définition. Mais encore là, la marche d'amélioration était beaucoup plus haute entre le VHS et le DVD qu'entre le DVD et le Blu-ray. Bref, beaucoup de dollars pour, malheureusement, pas grand-chose. Le vent peut-il tourner? Oui. Sony et compagnie se font de plus en plus agressifs. J'ai encore vu, cette semaine, des publicités sur Internet dans lesquelles on vous promet un lecteur Blu-ray pour 199 $ US, frais de livraison inclus. Le temps des Fêtes qui approche (déjà...) pourrait aussi injecter un peu de vie à l'industrie. Je vous garantis qu'après Noël, la demande pour les disques Blu-ray sera plus grande dans les grands magasins et les clubs vidéo. La même chose s'est produite il y a environ sept ans, quand le format DVD était en compétition directe avec le VHS. Par contre, le ralentissement économique qui frappe la planète aura certainement un impact négatif sur la progression du cinéma haute définition. Les mentalités devront également changer. Computerworld rapportait, cette semaine, que les Américains sont encore plus nombreux à acheter leur téléviseur en format conventionnel qu'en haute définition. Bref, Blu-ray a peut-être remporté la bataille qui l'opposait à Toshiba, mais il est loin d'avoir remporté la guerre qu'il livre au conservatisme et aux finances limitées du cinéphile moyen. patrice.cote@acadienouvelle.com
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