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Un jour de retard, un dollar manquant
Mise à jour le mercredi 15 octobre 2008
Par: Dyer, Gwynne
Dans un discours, vendredi dernier, le président George W. Bush a assuré aux Américains et au monde entier que le remède fonctionnait: le récent plan de sauvetage de 700 milliards $ destiné à renflouer Wall Street ramènerait l'ordre dans les marchés. "Nous sommes une nation prospère, a-t-il déclaré, qui dispose d'immenses ressources et d'un large éventail d'outils (...) et nous les utilisons avec agressivité."Eh bien, peut-être, mais les marchés n'ont pas été convaincus. Vendredi soir, les marchés avaient reculé de 7 % en moyenne de Tokyo à New York. Les deux semaines précédentes, les cours de Wall Street étaient en repli de 30 % en moyenne. Et ils ont chuté de presque 50 % par rapport à la même période l'an dernier. À l'évidence, ces baisses sont dans une large mesure imputables à une "panique aveugle" et à un instinct grégaire. Mais il y a des raisons de penser que les mesures prises sont insuffisantes, notamment aux États-Unis, où la crise prend sa source. Un élément de mesure qui révèle assez clairement l'insuffisance du plan de sauvetage mis en oeuvre aux États-Unis est l'ampleur de celui destiné aux banques britanniques, annoncé à Londres mercredi dernier. La population britannique ne représente qu'environ un cinquième de la population américaine. Ce rapport est à peu près le même, s'agissant de la taille de l'économie des deux pays. Proportionnellement, les banques britanniques détiennent probablement moins de créances irrécouvrables que les banques américaines et, en tout cas, pas davantage. Pourtant, le plan de renflouement britannique s'élève à l'équivalent de 875 milliards $, une somme significativement supérieure à celle accordée par l'administration Bush.En ces temps de tourmente, c'est très à la mode de désespérer des courtiers et des banquiers en citant le poème de Rudyard Kipling Si (ou en le déformant un peu...) : "Si tu peux rester calme alors que, sur ta route/Un chacun perd la tête, et met le blâme en toi/Tu ne mesures pas la gravité de la situation". Il n'est pas impossible que la Maison- Blanche, soucieuse de minimiser l'échelle de la crise à l'heure d'une campagne présidentielle, ne soit pas suffisamment inquiète! En 1931, deux ans après le krach de Wall Street, la Grande Dépression déjà bien entamée, John Maynard Keynes écrivait: "Les signes actuels laissent penser que les banquiers du monde entier sont décidés au suicide. À aucun moment, ils n'ont voulu adopter de solution draconienne. La situation est allée tellement loin aujourd'hui qu'il est devenu extraordinairement difficile de trouver une issue". Lorsqu'il a écrit cela, Keynes ne pouvait pas savoir que la Grande Dépression s'aggraverait encore et durerait presque une décennie. Mais il savait qu'il était déjà trop tard pour mettre en place un correctif rapide. Cette fois, heureusement, les gouvernements sont prêts à s'impliquer directement afin d'éviter aux banques et aux autres établissements financiers de payer leurs folies au prix fort. C'est pourquoi 9 observateurs sur 10 vous diront qu'il n'y aura pas d'autre Grande Dépression. Ils ont probablement raison. Pourtant, on assiste à cette même impression déprimante que les mesures des gouvernements face à la crise sont insuffisantes et tardives. Les plans de sauvetage qui ont été déployés auraient réglé l'essentiel des problèmes s'ils avaient été appliqués il y a trois mois. Et c'est maintenant que les fonds d'aide susceptibles d'être débloqués dans deux semaines sauveraient la situation. Mais les politiciens ont aussi peur des électeurs que les banquiers de leurs actionnaires, si bien qu'ils attendent le dernier moment pour agir de façon radicale. Il y a encore bien des raisons de penser que nous n'allons pas revivre la Grande Dépression. Non seulement aujourd'hui, les gouvernements acceptent de sauver les banques en faillite, mais ils comprennent (essentiellement grâce à Keynes) qu'équilibrer le budget et réduire les dépenses sont la pire solution quand les recettes fiscales diminuent. Du point de vue du fiscal, accumuler d'énormes déficits alors que l'économie est en croissance - c'est ce qu'a fait l'administration Bush - relève de la démence. En revanche, pratiquer le déficit quand l'économie est en grande perte de vitesse, c'est le meilleur remède possible. Autre différence par rapport au grand krach des années 1930: on assiste désormais à une coopération internationale sur les plans financier et économique, et non plus aux haines qui ont conduit aux barrières commerciales protectionnistes et aux dévaluations monétaires des années 1930. (Entre 1929 et 1939, le commerce mondial avait diminué de moitié.) Nous sommes, par ailleurs, les bénéficiaires de la plus longue période de croissance soutenue que le monde n'ait jamais connue (plus de 60 ans déjà). Et non pas les survivants commotionnés de la Première Guerre mondiale, laquelle a détruit la moitié des richesses accumulées au cours du XIXe siècle. En outre, il existe un "consommateur de dernier recours" qui permettra d'empêcher la demande mondiale de tomber au plus bas. Encore une fois, nous n'allons pas vers une seconde Grande Dépression. Mais chaque jour qui passe, avec le gel des crédits, l'effondrement des cours boursiers et la perte de confiance, nous vivrons un dur mois... Jusqu'à ce que cette panique financière généralisée retombe enfin. Aujourd'hui plus que jamais, le temps est très cher. Si l'hésitation des États-Unis persiste, il est possible que le monde traverse une grande récession, pire que toutes celles qu'il a connues depuis les années 1970. Ce ne sera peut-être pas 25 % de la population qui se retrouvera sans emploi pendant huit ou neuf ans (comme c'était le cas aux États-Unis, le pays qui a subi les pires répercussions dans les années 1930), mais nous pourrions enregistrer un taux de chômage de 10 % (c'est tout à fait réaliste) pendant deux ou trois ans. Une perspective guère réjouissante.
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