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Entre les magnats et nos gens
Mise à jour le vendredi 07 mars 2008
Par: Jean Saint-Cyr
Il n'y a pas qu'en Gaspésie et au Nouveau-Brunswick où l'industrie de l'énergie éolienne prend de l'expansion. Nous serions portés à le croire, parce que nous avons surtout écrit sur ce qui se passe chez nous et chez nos cousins gaspésiens en cette matière.On se rappelle qu'il y a déjà quelques années, le gouvernement Charest a donné un élan appréciable à l'industrie éolienne au Québec en annonçant l'injection de 1 milliard $ pour en favoriser le développement. Malgré cela, comme nous l'avons souligné en octobre dernier, le Québec se situe derrière le Manitoba et l'Ontario. Alors, malgré tout ce trémoussement politique et communautaire à propos de l'énergie éolienne au Nouveau-Brunswick, il faut bien se dire que nous sommes un bien petit joueur. Pour donner une perspective, quelques chiffres. Énergie NB a reçu le mandat de développer 300 mégawatts d'énergie verte, principalement de l'énergie éolienne, d'ici 2010, 400 MW d'ici 2016. Quatre cents mégawatts en 2016 représenteront 3 % de la production canadienne anticipée pour cette date. L'industrie éolienne emploie un peu plus de 3000 personnes au Canada. Selon l'Association canadienne de l'énergie éolienne, elle est censée en employer 10 000 en 2015.Combien en aurons-nous au Nouveau-Brunswick? Il faut oublier le 3 %, qui représenterait plus ou moins 330 emplois. Quand les 400 MW seront en ligne, c'est par dizaines que nous compterons les emplois au N.-B., pas par centaines. Et pourquoi? Tout simplement parce qu'aucune des sociétés qui ont décroché des contrats n'a l'obligation de s'installer ici. Maintenant, à qui sont attribués ces mégawatts? Il y a un peu plus d'un mois, on apprenait l'approbation officielle du parc éolien de Lamèque. Pour le mettre en oeuvre, la Coopérative d'énergie renouvelable de Lamèque travaille avec la société espagnole Acciona. En 2006, cette société espagnole a réalisé un chiffre d'affaires de 6,3 milliards $; son secteur de l'énergie, qui a rapporté 850 millions $ cette année-là, ne représente même pas 14 % de ses revenus. Un mois plus tard, on annonçait que Suez Renewable Energy NA construira un parc de 99 MW, en arrière de Bathurst, près du mont Caribou. À travers le monde, Suez Energy gère des installations de production énergétique de 27 000 MW. Le chiffre d'affaires en 2006 de cette société belge, basée à Bruxelles, était lui aussi d'un peu plus de 6 milliards, réalisant un profit net après impôt de 560 millions d'euros. Investir pour installer une trentaine d'éoliennes qu'ils fabriquent eux-mêmes, ça ne les fatigue pas trop trop... Énergie NB refuse de nous dire combien elle paie, en moyenne, le kilowattheure produit par ces sociétés. Aux États-Unis, des producteurs reçoivent 4,5 cents. À ce tarif, pour un parc comme celui de Caribou, ce serait un revenu d'un peu plus de 15 millions $ par année. Même à trois cents du kilowattheure, elle est intéressante et très viable la proposition de développer des parcs éoliens communautaires, une initiative qui pourrait effectivement "contribuer de façon significative à la croissance de la plaque tournante de l'énergie", pour employer le vocabulaire du ministre de l'Énergie, Jack Keir. Pendant qu'on étudie "le lancement d'une initiative communautaire", les sociétés milliardaires construisent chez nous les parcs d'éoliennes, armés d'un contrat en bonne et due forme. Le développement de l'énergie éolienne est-il souhaitable? C'est certain. Le Nouveau-Brunswick s'y prend-il de la meilleure façon? Ça, c'est moins certain. Rédacteur en chef Commentaires: jean.saintcyr@acadienouvelle.com
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