DOSSIER: Une pénurie de main-d’oeuvre, mais un taux de chômage élevé

NDLR: Nous publions sur toutes nos plateformes une deuxième série de textes de notre dossier sur les défis de l’emploi. Dans cette édition, nous donnons la parole aux jeunes et aux employeurs.

MONCTON – Alors que les derniers chiffres du chômage, fournis la semaine dernière par Statistique Canada, sont en hausse dans la province (9,5 % en janvier contre 9,4 % en décembre), une étude menée auprès des membres du Conseil économique du Nouveau-Brunswick montre que 65 % des employeurs répondants ont du mal à recruter.

Dans les allées de la salle du CEPS de l’Université de Moncton, lors du 12e Salon carrière d’hiver, Marcel Cormier, employé de la compagnie d’assurances The Co-operators, et ses collègues ont fait le pied de grue toute la journée de mercredi pour tenter d’attirer des étudiants.

M. Cormier, assistant de direction pour le district du nord de la province, et son employeur, sont à la peine pour recruter de futurs salariés.

«C’est de plus en plus compliqué. Surtout dans mon secteur géographique. Les jeunes ne restent pas dans leur communauté et bougent vers les grandes villes», regrette-t-il.

«Même lorsque l’on passe une annonce dans les médias, on ne reçoit, parfois, que deux curriculum vitae.»

La situation de l’entreprise spécialisée dans les assurances depuis 1945 n’est, apparemment, pas isolée au Nouveau-Brunswick. Ainsi, selon une étude menée par le Conseil économique du Nouveau-Bruns­wick en mars 2011, 65 % des employeurs répondants ont affirmé avoir des difficultés à recruter.

Toujours selon la même étude, 69 % d’entre eux ont mentionné que certains postes au sein de l’entreprise sont continuellement difficiles à pourvoir en raison de l’insuffisance de main-d’œuvre. Parmi les postes difficiles à pourvoir, on retrouve, entre autres, les caissiers, les gestionnaires, les serveurs, les avocats, ou encore les enseignants.

Mais alors pourquoi les marchés de l’offre et de demande d’emploi n’arrivent-ils pas à se rejoindre? Marcel Cornier, lui, voit dans ces difficultés un changement de mentalité des jeunes depuis maintenant une dizaine d’années.

«Sans expérience, ils cherchent la stabilité, des salaires de 50 000 $, des perspectives d’évolution, des journées de vacances. Ils sont plus difficiles qu’avant.»

La nouvelle génération serait aussi moins mobile. Beaucoup d’étudiants diplômés de l’Université de Moncton, par exemple, souhaiteraient rester dans la région même si les perspectives d’emplois dans leur domaine sont moins bonnes.

«Chaque année, on cherche entre 50 et 75 enseignants», indique Claudia Parker, aujourd’hui superintendant et professeure de français à Yellowknife. Lorsqu’elle a terminé ses études à Moncton, il y a trente ans, cette dernière n’avait pas hésité à migrer vers les Territoires du Nord-Ouest pour trouver un poste.

«Il n’y avait pas de perspectives au Nouveau-Brunswick, alors je suis partie. Pour un an au départ, puis trois, puis trente», plaisante-t-elle.

L’idée de faire le grand saut n’effraie pas non plus Rémi Joncas, étudiant de première année à la maîtrise en éducation croisé en train d’arpenter les allées du salon. Le jeune homme n’a pas encore terminé ses études qu’il est déjà sur le qui-vive en quête d’informations sur le métier d’enseignant et «se dit prêt à bouger si des ouvertures se présentent».

Arrivée à Moncton «dans le cadre d’un échange universitaire», Alice Payelle, aujourd’hui étudiante de deuxième année du MBA à l’Université de Moncton, souhaite quant à elle «s’installer au Nouveau-Brunswick».

Cette Française, originaire de Haute-Savoie, n’est pas particulièrement «inquiète» à l’idée de trouver un emploi. «Le plus compliqué sera de trouver le bon», affirme-t-elle.

«On va être amené à changer plusieurs fois de métiers dans notre vie, et donc devoir s’adapter. Ce sont des expériences de vie», philosophe-t-elle.

Les clés pour chercher (et trouver) un emploi

Certains demandeurs d’emploi et plus particulièrement les jeunes utilisent souvent les mauvaises techniques pour chercher du travail et démarcher les employeurs.

Le rôle de Daniel Grant, conseiller en emploi et liaison avec les employeurs à l’Université de Moncton, est donc d’aider les étudiants à la fin de leurs études. Pour lui, une chose est sûre, «c’est la façon dont une personne va chercher du travail qui va déterminer ses chances d’en trouver.»

Beaucoup de jeunes demandeurs d’emploi, en effet, se contenteraient de scruter les offres publiées sur Internet alors qu’elles ne représenteraient, selon M.Grant, que 20 % des offres d’emplois réelles.

«Peu importe l’employeur, quand il cherche quelqu’un, il va vérifier, en premier lieu, la disponibilité au sein de l’entreprise. Ensuite, il va demander à des employés s’ils ne connaissent pas quelqu’un de compétent. Enfin, il va consulter la banque de curriculum vitae qu’il a reçus.»

La clé pour trouver un emploi correspondant à ses compétences reste donc de rédiger un CV «tape-à-l’oeil», de ne pas hésiter à appeler par téléphone ou à aller en personne au siège de l’entreprise, et surtout de savoir comment bien se présenter à un entretien.

«Il y a souvent un décalage entre la personne et le CV, c’est ce qui empêche bien souvent une personne de trouver un emploi.»

Pas facile de trouver sa voie quand on a 18 ans

Quand on a 18 ans aujourd’hui et qu’on grandit en pleine crise économique, choisir un secteur d’études peut devenir un vrai casse-tête chinois. La pression financière et le manque de connaissances personnelles expliqueraient, entre autres, la difficulté qu’ont les jeunes à trouver leur voie.

On demande généralement aux jeunes, dès la polyvalente, le métier qu’ils envisagent de faire et beaucoup ne savent pas.

Quand certains choisissent les voies où «il y a des débouchés», d’autres privilégient «la passion», et les moins chanceux suivent «le choix des parents», détaille ainsi Ginette Belliveau, conseillère en orientation au sein de la structure Services aux étudiants et étudiantes de l’Université de Moncton.

«Pour moi, le facteur qui permet de prendre la bonne décision est de choisir une branche pour laquelle on a de l’intérêt», explique-t-elle.

Chaque année, en effet, de nombreux étudiants se lancent dans des options qu’ils n’apprécient guère ou peu et abandonnent en cours de cycle par manque de motivation. Mais alors, quelle carrière entreprendre? Choisir une voie pour laquelle on est passionné, mais où les perspectives d’emplois sont nulles ou presque?

«C’est dur de dire à un étudiant cinq ans à l’avance qu’un secteur embauchera ou pas. Cela évolue vite. Je crois de toute façon que même dans des domaines dits saturés, si une personne est vraiment motivée, elle trouvera une place», assure Mme Belliveau.

Par peur de faire le mauvais choix, en tout cas, de plus en plus de jeunes diplômés du secondaire rejoignent le monde professionnel pendant une année le temps de prendre une décision.

«Ils vivent beaucoup de pression en 12e année. Les écoles coûtent cher, ils ne veulent pas perdre un an», indique Chantal Duguet, conseillère d’orientation à la polyvalente Roland-Pépin, à Campbellton.

«Avant, les parents payaient. Maintenant, ils savent que les prêts sont onéreux. Cela les préoccupe beaucoup. Ils veulent avoir un job au bout du compte.»

Pour son collègue Jean-Pierre Devost, conseiller d’orientation à la polyvalente W.-Arthur-Losier, à Tracadie-Sheila, c’est surtout le manque de connaissances personnelles qui les empêche de prendre une décision.

«Ils s’isolent plus qu’avant, certains jouent aux jeux vidéos ou passent beaucoup de temps sur Internet», explique celui qui conseille les jeunes depuis 25 ans. «C’est par le contact avec les autres que l’on apprend sur soi.»

Même son de cloche pour Mme Duguet qui déplore le «manque d’expérience» de certains jeunes. Ainsi, ceux qui font du sport, prennent part à des activités culturelles ou s’impliquent dans des comités «sont plus à même» de décider de leur avenir.

Alors pour les aider, les écoles polyvalentes multiplient les initiatives: immersion en entreprise, ateliers en salle de classe, rencontres avec les professionnels… Tout est bon pour orienter les prochaines générations vers une activité professionnelle épanouissante dans un climat économique, on l’espère, un peu plus radieux.