Immigration – L’Acadie à la traîne

 NDLR – Notre dossier sur les défis de l’emploi, publié la semaine dernière, a fait beaucoup réagir, surtout les textes portant sur les immigrants et leurs difficultés sur le marché du travail. Nous avons décidé de pousser notre analyse un peu plus loin. Nous publions, à compter d’aujourd’hui, et sur toutes nos plateformes, un dossier sur les succès, les défis et les lacunes en matière d’immigration au N.-B. et plus spécifiquement en Acadie.

CARAQUET – Si le Nouveau-Brunswick mise sur l’immigration pour relever le défi démographique, pas sûr que tout soit fait pour attirer les immigrants et les accueillir efficacement afin qu’ils aient le goût de rester.

Les statistiques sont assez éloquentes. Selon le recensement de 2006, seulement 26 400 habitants du Nouveau-Brunswick sont considérés comme des immigrants plus ou moins récents. Cela représente seulement 3,7 % de la population de la province alors que près de 20 % des habitants de l’ensemble du Canada sont nés dans un autre pays.

La province part de loin. Si elle a accueilli deux fois plus d’immigrants entre 2001 et 2006 qu’entre 1996 et 2000, d’après les données de Statistique Canada, le nombre d’immigrants progresse beaucoup plus lentement depuis.

Selon les chiffres communiqués à l’Acadie Nouvelle par le ministère provincial de l’Éducation postsecondaire, de la Formation et du Travail, responsable du dossier de l’immigration, le nombre d’immigrants reçus n’a augmenté que de 29 % entre 2006 et 2010, pour s’établir à 2125 immigrants, dont 1352 sélectionnés par le programme des candidats du Nouveau-Brunswick.

Ce dispositif mis en place depuis 1999 a ainsi permis à Benjamin Kocyla, originaire de France, d’obtenir sa résidence permanente après deux permis de travail. Aujourd’hui, il est le directeur de la Commission d’aménagement de la Péninsule acadienne. Son profil correspondait parfaitement à ce que le Nouveau-Brunswick recherche: des professionnels qualifiés.

«Ils avaient du mal à trouver localement de la main-d’oeuvre en urbanisme», explique Benjamin Kocyla. Une chance pour lui et pour la province.

Il est conscient de faire tout de même figure d’exception. Un immigrant européen et francophone qui choisit la Péninsule acadienne pour s’établir au Nouveau-Brunswick, c’est encore trop rare.

Le comté de Gloucester (Bathurst-Péninsule) apparaît comme le moins attractif pour les immigrants. Selon les chiffres de Statistique Canada pour le recensement de 2006, seulement 1 % des habitants du comté de Gloucester sont nés dans un pays étranger.

D’autres régions ont des populations d’immigrants plus importantes. C’est le cas du comté de Charlotte (1855 immigrants, soit 7 %), celui de Saint-John (3030 – 4,1 %) et bien sûr le comté de Westmorland. Le nombre d’immigrants s’élevait en 2006 à 4485 personnes, soit 3,4 % de sa population totale.

Un résultat assez logique en raison du dynamisme économique de villes comme Dieppe et Moncton qui attirent les immigrants comme des aimants.

Ce tableau de l’immigration au Nouveau-Brunswick ne serait pas complet sans qu’on y évoque la question linguistique. Là encore, c’est une bien mauvaise surprise.

Sur les 26 400 immigrants dénombrés lors du recensement de 2006, 18 610 ont déclaré parler l’anglais à la maison contre 3005 le français. Il y a six fois plus d’anglophones chez les immigrants que de francophones. 

L’immigration ne renforce pas actuellement la présence francophone. Bien au contraire, elle contribue à la fragiliser en accentuant le déséquilibre entre les deux communautés linguistiques. C’est paradoxalement à l’opposé des objectifs affichés par le Nouveau-Brunswick et le Canada.