Le maire de Bertrand en a assez

BERTRAND – L’année 2012 commence assez mal pour le village de Bertrand qui encaisse une série de mauvaises nouvelles. 

Son école bénéficie d’un sursis de cinq ans, mais plus aucune rénovation majeure n’y sera possible. Sa population a baissé de 3,6 % entre 2006 et 2011 et les services de la Caisse populaire Acadie vont bientôt fermer. Cela commence à faire beaucoup pour le maire Yvon Godin.

«C’est sûr que tout ça va nuire au village et à son développement», reconnaît-il. Son premier mandat de maire pourrait bien être le dernier. Après avoir annoncé qu’il serait à nouveau candidat, il a fait part jeudi à l’Acadie Nouvelle de sa décision de ne pas se représenter devant les électeurs.

Ce nouveau coup dur est le dernier d’une série qui commence à être un peu trop longue au goût des habitants de Bertrand. 

«C’est triste», constate le maire de Bertrand. Yvon Godin assure pourtant ne pas avoir ménagé sa peine avec son équipe.

«Ces quatre dernières années, on s’est efforcés de redonner confiance aux gens de notre municipalité, de créer une situation gagnante, d’attirer de nouveaux résidants. On a travaillé très fort là-dessus. Cela devenait une option intéressante pour les gens de venir s’installer ici, en proche banlieue de Caraquet, car on avait des services à leur offrir.»

Mais ces services ferment les uns après les autres.

«Qu’est-ce qui se passe ici à Bertrand? Je ne le sais pas. On a déjà perdu notre bureau de poste dans les années 1990. Maintenant, on ferme la caisse, on détruit l’école, il reste quoi à fermer encore?» s’interroge Yvon Godin. 

Peut être bien l’église. «On s’attend aussi à ça. On n’a plus qu’une messe par semaine. Au niveau du diocèse, comme il n’y a plus de prêtres, ils n’auront peut-être pas le choix.»

En attendant, la prochaine fermeture sera celle de la Caisse populaire. 

«Ils viendront, le 27 février, annoncer que la caisse de Bertrand va fermer. C’est officiel, ils viendront juste dire comment ça va fonctionner et tenter de convaincre les gens du bien-fondé de leur décision. Les clients seront transférés vers Paquetville et Caraquet», annonce le maire de Bertrand. 

Yvon Godin a bien du mal à comprendre la décision de la Caisse populaire Acadie. «Je trouve ça inacceptable. Il y a quand même 500 membres ici. Ils nous disent que la caisse de Bertrand n’est plus assez rentable. Mais, c’est sûr, quand ils ont fusionné, ils ont transféré la plupart des services vers d’autres caisses.»

Selon lui, la fermeture de la Caisse populaire sera pénalisante pour une bonne partie de la population. «Surtout pour les commerces d’ici et les personnes âgées, ce sont elles qui le prennent le plus mal», explique le maire de Bertrand.

«Dans la situation actuelle, je ne me représenterai pas», confirme Yvon Godin. 

Ce revirement n’est pas un abandon de poste, devant les revers à répétition qu’essuie le village. «Je peux gérer la décroissance tant et aussi longtemps qu’on nous traite comme des gens à part entière et que nous ne sommes pas victimes d’injustice.»

L’injustice qu’il montre du doigt c’est le traitement réservé à l’école de Bertrand. 

«Plus aucune réparation ne sera possible, sauf pour des questions urgentes de sécurité. On nous a prévenus que si des rénovations majeures sont nécessaires il faudra fermer l’école. Le district a décidé de nous le faire payer ce sursis de cinq ans. On est en train de créer un enseignement à deux vitesses», s’indigne Yvon Godin. 

Lui-même ancien directeur de l’école de Bertrand, il dénonce ce qu’il considère comme le parti pris du District scolaire 9. Selon lui, le Conseil d’éducation de district aurait appuyé ces recommandations au ministre sur «une concertation biaisée dès le départ».  

«C’est inacceptable, c’est la seule école du Nouveau-Brunswick qui se retrouve dans ce cas là», dénonce le maire de Bertrand. 

Il se dit prêt à revenir sur sa décision et à briguer un deuxième mandat si jamais «le district et le gouvernement annoncent que toutes les écoles seront traitées de façon égalitaire». En somme que les services et l’entretien de l’école de Bertrand soient assurés de la même façon que dans toutes les autres écoles de la Péninsule.

«Je suis en train de dire tout haut ce que beaucoup de maires de la Péninsule pensent tout bas», assure le maire de Bertrand.

Il ne se fait guère d’illusion, mais espère être entendu et parvenir au moins à «faire bouger les choses».