Gregory: son taxi, c’est sa vie

NDLR – Dans la foulée des vols à main armée qui ont été commis dans des taxis à Moncton en début de semaine, un de nos journalistes a passé une partie de la journée dans un taxi afin de témoigner de la réalité d’un chauffeur et de ses défis quotidiens.

MONCTON – Comment connaître réellement une ville et prendre le pouls de ses habitants? Le meilleur moyen est peut-être d’écouter attentivement les confidences d’un chauffeur de taxi.

Le président de l’Association des taxis de Moncton, Gregory Estabrooks, travaille pour la compagnie White Cab et, au fil des ans et de ses trajets, il en a vu de toutes les couleurs. Il nous ouvre la porte de son véhicule et d’une partie de sa vie.

Il est cinq heures, Moncton s’éveille… Dehors, mis à part les flocons qui recouvrent les rues d’un doux tapis blanc, peu de traces de vie à l’horizon. C’est alors qu’apparaissent soudainement, au loin, les phares du taxi gris de Gregory Estabrooks. Nous voici donc en route pour trois heures en sa compagnie.

Sur le siège passager, sa première cliente n’est pas bien bavarde. Gregory a beau la déposer tous les matins au travail, l’intéressée préfère voguer sur Internet.

«Il y a des clients qui se confient, d’autres pas du tout, et puis il y a des gens qui ne sont pas matinaux. Je tente une approche et si je vois qu’il n’y a pas beaucoup de réponses, je me tais», témoigne-t-il après avoir emmené la femme devant une station-service de Moncton.

Mais au fait, combien cela coûte-t-il de se faire emmener quotidiennement sur son lieu de travail en taxi?

«Huit dollars. C’est moins cher que les autres trajets, mais cela me fait une rentrée d’argent sûre tous les jours», argue-t-il sur le chemin du retour.

À la chasse aux clients
Alors que six heures sonnent, cela fait pratiquement trente minutes que Gregory Estabrooks campe dans son taxi en attente d’un possible appel de la part de son collègue chargé de répartir les taxis en fonction des demandes. La matinée est calme, mais le chauffeur a ses techniques pour trouver des clients.

«Lorsqu’il n’y a personne, je me poste sur la rue Highfield, car il y a deux hôtels à proximité et de possibles clients en route pour l’aéroport.»

Pas de chance ce matin, aucun homme d’affaires potentiel ne se profile pour le moment à l’horizon.

«C’est très dur de prévoir le nombre de clients. Cela dépend de l’heure, de la période du mois, mais aussi du temps. Quand il pleut ou qu’il fait trop froid, les gens ne prennent pas le bus», explique-t-il en avalant une gorgée de café chaud.

«Quand les gens reçoivent leur salaire ou les chèques de TPS, les affaires reprennent», se frotte-t-il les mains. Avec comme point d’orgue, la soirée du 31 décembre, la plus prospère de l’année pour les 250 taxis de la ville.

Des clients de toutes sortes
Le jour se lève sur Moncton et les affaires reprennent pour Gregory qui voyage depuis l’aube à travers Moncton et jusqu’à Riverview. Pendant une heure, à l’intérieur de l’habitacle vont se succéder des clients très différents. Il y a cet employé en poste à l’hôpital de Moncton ou ce couple armé de bagages visiblement prêt à partir en vacances et une personne souffrant de déficiences mentales.

«Je croise toutes les franges de la société. De bonnes et de mauvaises personnes, des politiciens, des juristes, des hommes d’affaires, des docteurs, mais aussi des prostituées», énumère-t-il.

«Certaines m’ont même déjà proposé de payer la course en nature, mais moi je veux être payé (en argent)!», plaisante-t-il.

Le temps d’un trajet de quelques dizaines de minutes, les chauffeurs de taxi en apprennent aussi des vertes et des pas mûres à propos de clients qui en oublient même jusqu’à leur présence et évoquent des sujets très personnels.

«Je me souviens de deux filles qui ont parlé de leur vie sexuelle tout au long du trajet.»