Budget: que nous réserve Blaine Higgs?

FREDERICTON – Le discours du budget que doit prononcer le ministre des Finances mardi après-midi sera un tournant majeur du mandat du gouvernement conservateur de David Alward.

Pour la première fois, un gouvernement néo-brunswickois déposera un budget pluriannuel, du moins selon les mémoires que nous avons pu sonder.

«C’est la nouveauté dans cette session parlementaire, parce que nous n’avons pas l’habitude d’avoir un budget pluriannuel au Nouveau-Brunswick», souligne le vice-premier ministre et ministre du Développement économique, Paul Robichaud.

Ainsi, le budget 2012-2013 constituera la feuille de route que compte suivre le gouvernement Alward pour atteindre l’équilibre budgétaire dans l’année financière 2014-2015.

L’économiste Pierre-Marcel Desjardins ne croit pas avoir vu une telle approche auparavant.

«J’ai déjà vu des initiatives étalées sur une période de trois ans, donne-t-il à titre d’exemple, mais plus globalement au niveau du budget, ça, je ne me rappelle pas de l’avoir vu», indique M. Desjardins.

«C’est un budget très important», estime Roger Ouellette, politologue à l’Université de Moncton.

M. Ouellette rappelle la mise en garde de la vérificatrice générale, Kim MacPherson, qui a récemment caractérisé le déficit budgétaire du gouvernement de «structurel».

«Ça veut dire qu’on est dans une zone où c’est difficile de ramener la barre, et si les dirigeants politiques de la province ne peuvent pas prendre les décisions, il y en a d’autres qui vont le faire, notamment les agences qui fixent les cotes de crédit des gouvernements. Donc, c’est très, très sérieux», prévient Roger Ouellette.

Il souligne que près de 40 % des revenus de la province sont constitués de transferts fédéraux et que ceux-ci, plus particulièrement en santé, vont bientôt se mettre à diminuer.

C’est donc dire que le gouvernement se trouve devant une situation qui lui laisse peu de choix.

Toutefois, on sait que le premier ministre, David Alward, a écarté, et ce, en de nombreuses occasions, la possibilité de hausser la taxe de vente harmonisée ou de réinstaurer le péage sur certaines autoroutes de la province.

Le ministre des Finances, Blaine Higgs, a pour sa part toujours affirmé que c’était en revoyant la pertinence et la façon dont sont livrés les programmes gouvernementaux que l’on pourrait retrouver l’équilibre budgétaire au Nouveau-Brunswick.

C’est donc un budget attendu de pied ferme par l’opposition que le ministre déposera mardi.

Le critique en matière de Finances, Donald Arseneault, dit ne rien voir de mal à ce que le gouvernement dépose un budget pluriannuel.

Mais il demeure très sceptique quant à la façon dont les conservateurs comptent à la fois tenir leurs promesses et parvenir à équilibrer le budget d’ici 2014-2015.

«Ce qui est irréaliste, dans les prévisions du gouvernement Alward, c’est l’ensemble des promesses qu’ils ont faites pendant l’élection en 2010 et on voit qu’ils ne peuvent pas les tenir à cause des coûts que cela implique. Leurs promesses électorales sont beaucoup trop dispendieuses», constate Donald Arseneault.

Par ailleurs, comme c’est devenu la tradition, la section néo-brunswickoise du Syndicat canadien de la fonction publique tiendra un ralliement lors du dépot du budget. «Les travailleurs ne vont pas rester silencieux alors que les services publics sont menacés», a indiqué l’organisme dans un communiqué, lundi. Le rassemblement se déroulera à 13 h devant l’Assemblée législative.

Ce qu’en pensent les économistes

L’économiste Pierre-Marcel Desjardins, de l’Université de Moncton, applaudit le choix du gouvernement Alward de déposer un budget pluriannuel et cela pour plusieurs raisons.

«La première chose, c’est que ça veut dire que le gouvernement a un "plan de match" à moyen et long terme. Sur le plan politique, trois ans, c’est du long terme. Deuxièmement, pour les gestionnaires et pour les gens qui bénéficient des programmes gouvernementaux, on ne sera peut-être pas contents des montants qui seront alloués, mais il y aura une plus grande certitude. Cela ne peut qu’améliorer la gestion publique et parapublique au cours des prochaines années», soutient l’économiste.

Il ajoute que cette planification à long terme devrait plaire aux bailleurs de fonds de la province ainsi qu’aux agences de cotation.

«Elles ne s’attendent pas à ce que demain matin le budget soit équilibré. Mais elles s’attendent à ce qu’il y ait un plan crédible pour atteindre l’équilibre budgétaire», explique M. Desjardins.

Il réaffirme cependant que cette approche, qui consiste à présenter un budget pluriannuel, est très intéressante et qu’elle devrait plaire au monde de la finance.

On comprend donc pourquoi une base de cette nature peut constituer un très bon point de départ pour le parcours qui doit conduire à l’équilibre budgétaire.

Toutefois, ce parcours est parsemé d’écueils, souvent imprévisibles, parce qu’un budget pluriannuel doit se fonder sur des projections de croissance, telles que celles que publient certaines grandes institutions financières de temps à autre.

«Ce qu’il faut réaliser, cependant, c’est plus on s’éloigne dans le temps, moins précises et moins fiables sont ces projections», fait remarquer Pierre-Marcel Desjardins.

Fred Bergman, analyste senior au Conseil économique des Provinces de l’Atlantique, dit que des prévisions de croissance trop optimistes peuvent causer de graves déceptions.

Selon lui, prévoir l’équilibre budgétaire trop longtemps à l’avance peut s’avérer périlleux.

«La croissance des revenus d’une province, en excluant les paiements de transferts fédéraux, a tendance à s’harmoniser avec la croissance de son produit intérieur brut (PIB). Mais lorsque le PIB enregistre une baisse de 1 %, cela se traduit par une perte de revenus de près de 45 millions $ pour une province», prévient Fred Bergman.

Il ajoute toutefois que la planification à long terme offre l’avantage de procéder à des ajustements ponctuels de façon plus facile que si rien du tout n’avait été prévu.