Perth-Andover: la «grenouille» aurait-elle pu éviter le pire?

CARAQUET – Les dommages causés par la crue du fleuve Saint-Jean à Perth-Andover auraient-ils pu être évités ou réduits? Paul Laplante, le patron d’Éco Technologies en est persuadé. 

Encore aurait-il fallu anticiper un risque bien connu sur le fleuve Saint-Jean. Ce travail, l’entreprise de Caraquet l’effectue à la grandeur du Canada depuis 14 ans en brisant les couverts de glace à titre préventif ou en cassant les embâcles pour réduire leurs effets dévastateurs.

Une «intervention préventive» de son appareil amphibie surnommé la «grenouille» aurait certainement permis de limiter les dégâts causés aux habitations et aux commerces de Perth-Andover, assure M. Laplante.

«Le mot à retenir, c’est la prévention. Il fallait être là une semaine avant et briser la glace à des endroits stratégiques. Ça suffit pour faire reculer l’embâcle de quelques kilomètres et que les inondations touchent des terres de fermiers et non les villes.»

«On parle de 25 millions $ de dégâts à Perth-Andover, mais il y a bien des gens qui vont perdre 100 000 $ dans leur maison et qui ne seront remboursés que de 25 000 $. Tous les efforts d’une vie vont être détruits. Si on fait de la prévention, on peut éviter 90 % de ces dégâts-là.»

Il est d’autant plus déçu que la Sécurité publique du Nouveau-Brunswick n’a pas cru bon, une fois de plus, de faire appel à son entreprise. 

«Personne ne nous a appelés pour savoir si on pouvait l’aider.»

Si les services provinciaux ne semblent pas connaître cette entreprise de la Péninsule, sa renommée est déjà faite hors du Nouveau-Brunswick. Les équipes d’Éco Technologies sont intervenues en urgence en janvier 2008 pour casser un embâcle de 11,5 kilomètres qui menaçait les habitants de Prince George (Colombie-Britannique). Plusieurs villes du Québec ont des contrats à l’année avec l’entreprise acadienne pour limiter l’ampleur des inondations printanières.

«Deux autres villes du Québec veulent nous rencontrer cet été et voir ce qu’on peut faire pour elles.»

Rien de tout cela, assez paradoxalement, au Nouveau-Brunswick.

«C’est difficile d’être curé de sa paroisse», laisse tomber le chef d’entreprise. Il affirme avoir pris contact avec le ministère de la Sécurité publique voilà plus de 10 ans.

«On a jamais eu un retour d’appel. Au Nouveau-Brunswick, on n’a jamais été contactés pour aucun travail. Ici, nous ne sommes pas reconnus du tout.»

La question des coûts d’intervention n’explique par le désintérêt des autorités provinciales pour les services préventifs offerts par Éco Technologies. Aux yeux de son patron, l’équation financière est assez simple.

«Il vaut mieux investir pour protéger que de payer pour tout réparer ensuite. Suivant les cas, l’intervention peut coûter autour de 200 000 $ et si on compare ça avec 25 millions $ de dégâts, cela ne fait pas un gros pourcentage.»

Pour autant, le cas des dernières inondations à Perth-Andover diffère de la norme. La vague de chaleur de la semaine dernière est assez exceptionnelle et ses conséquences sur la rivière Saint-Jean semblent avoir pris un peu de court l’Organisation des mesures d’urgence responsable de la surveillance du fleuve.

«Au moment de l’embâcle, personne ne peut aller jouer là-dessus, c’est trop dangereux.»

Ce qui est aujourd’hui exceptionnel deviendra-t-il la norme? Paul Laplante le pense. 

«Avec les modifications climatiques, il faut encore plus penser à la prévention des risques naturels.»