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Un test de français fait frémir des étudiants en éducation de l’Université de Moncton 

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MONCTON – Depuis 2010, l’Université de Moncton rend obligatoire la réussite d’un test de français pour tous les étudiants en éducation. Désormais, en cas de trois échecs consécutifs à cet examen linguistique, ces derniers seront exclus du programme. La mesure est en place depuis la rentrée 2011 et pourrait donc toucher les premiers étudiants dès avril.

Faut-il faire de la maitrise du français une caractéristique essentielle de la sélection des futurs enseignants? À l’Université de Moncton, et plus particulièrement au sein du Département d’éducation, la réponse est oui.

Depuis 2010, en effet, le Sénat académique, l’une des deux grandes instances de l’Université de Moncton, a décidé de rendre obligatoire pour tous les étudiants en éducation la réussite au Test de compétences langagières en français, quelle que soit leur spécialité, et même s’ils ont réussi leurs cours de français au programme.

«Ce test existait déjà depuis 2008, mais n’était pas obligatoire», précise Jean-François Richard, doyen de la Faculté des sciences en éducation.

«Nous avons mis en place ce test, car la langue est importante dans un milieu minoritaire comme le nôtre.»

Dictées, lectures à haute voix, rédactions de lettres fictives à envoyer aux parents, synthétisation d’un texte, entre autres, cet examen est composé de neuf épreuves (tâches). 

Les étudiants doivent obtenir  au moins 76 % de réussite dans chacune d’elles. Ils ont trois chances pour réussir chacune des épreuves. Et malheur aux étudiants qui échoueraient après trois tentatives, ils seront tout bonnement exclus de la faculté. 

«Le test vise à évaluer la communication orale et écrite. La finalité est de leur permettre de s’exprimer correctement dans les deux. Notre but n’est pas d’éliminer, mais de former», argumente M. Richard.

«D’autant que les premiers résultats sont plutôt bons. Sur les 106 étudiants qui ont passé le test cette année, 14 ont réussi les neuf tâches du premier coup et 60 d’entre eux six tâches et plus. C’est bon signe», ajoute-t-il.

Normalement, les étudiants doivent réussir leur test au cours de l’avant-dernière année de leur baccalauréat.

Un test critiqué

Si tous les étudiants interrogés à ce sujet ont bien conscience de l’importance d’une bonne maîtrise du français pour exercer leur futur métier, le test en lui-même suscite des critiques. Sophie Cassie, qui a récemment réussi son Test de compétences langagières en français, le juge pourtant difficile.

«La première fois que j’ai passé le test, je n’ai réussi aucune tâche.» 

Pour la jeune étudiante, ce sont surtout les conditions dans lesquelles est passé l’examen qui ne sont pas réalistes.

«Lorsque je serai enseignante et que je devrai écrire une lettre aux parents, je n’aurai pas de contraintes de temps, j’aurai droit au dictionnaire», explique-t-elle.

Son amie Nathalie Bourque, étudiante en 4e année en éducation primaire, n’a pas encore réussi son examen. Selon elle, son résultat ne «reflète pas» ses capacités à s’exprimer en français.

«Ce sont des textes trop littéraires. Des textes dont on ne va pas se servir et que je n’avais jamais vus à l’université.»

Ainsi, Louise Thériault, qui souhaite faire carrière en arts visuels, plaisante sur le fait qu’on lui ait demandé dans un précédent test de définir l’expression «machine à saucisse». Plus sérieusement, et même si elle juge le français «très important», elle regrette qu’il «soit primordial» par rapport à d’autres compétences tout aussi nécessaires pour devenir un bon professeur.

«On peut être bon en français et très mauvais pédagogue», argue-t-elle.

«Ce test est préparé par un groupe de professeurs en linguistique. Les questions sont faites par rapport à leurs futures tâches. On essaie de le rendre le plus pertinent possible, mais on ne peut pas faire 25 versions», se défend M. Richard. 

Quoi qu’il en soit, les premiers étudiants pourraient être exclus dès avril. Une situation assez stressante pour ceux qui comme Louise ont déjà passé plusieurs années sur les bancs de l’université. «C’est ma dernière chance. Il ne me manque qu’une tâche sur les neuf. Je joue cinq ans d’études, 50 000 $ et ma carrière en 45 minutes.»