L’Enfant-Jésus est ressuscité

CARAQUET – L’Enfant-Jésus était «mort», il est «ressuscité». C’est dans cet esprit qu’une foule imposante haranguée par le Comité action H a célébré, dimanche, le retour du service d’urgence et de l’arrêt d’ambulance à l’Hôpital de l’Enfant-Jésus de Caraquet.

De nombreux manifestants ont une fois de plus répondu à l’appel du Comité action H. Le groupe, dans lequel se trouvaient plusieurs personnalités politiques municipales et provinciales de la région du Grand-Caraquet, a marché de l’hôpital jusqu’au bureau touristique de Caraquet en faisant un aller-retour, avant de se masser au bureau de poste de la municipalité, situé à côté du centre hospitalier.

Sauf que, contrairement aux autres manifestions depuis la perte de l’arrêt d’ambulance et d’autres services en 2005, le rassemblement n’avait pas l’allure d’une colère collective. Des visages heureux ont remplacé les mines crispées de hargne et la marche a pris l’allure d’un minitintamarre.

Les porte-parole du Comité action H se sont même laissés aller à quelques pas de gigue improvisée alors que des riffs galopants de musique acadienne soutenaient l’ambiance, certes beaucoup moins morose que par les années passées.

Comme la plupart des autres manifestants, Alexina Savoie, de Bertrand, affichait un large sourire dimanche après-midi.

«Je suis contente du retour de l’arrêt d’ambulances, parce que j’ai des problèmes cardiaques et je ne sais jamais quand j’aurai besoin de me rendre à l’urgence. Au moins, je n’aurai pas à aller ailleurs et je peux maintenant dormir tranquille», a exprimé la dame.

Dans une série de discours, l’une des porte-parole du Comité action H, Louise Blanchard, a parlé du retour de l’arrêt d’ambulance à l’hôpital de Caraquet comme d’une «grande victoire» pour la communauté et les soins de santé dans la région.

Sa collègue Mireille Manuel a cependant ajouté que la bataille n’était pas terminée et que le Comité action H allait continuer de talonner le gouvernement pour le retour des autres services perdus. La prochaine étape, selon elle, sera de récupérer huit lits.

Le président de la SANB, Jean-Marie Nadeau, lui aussi présent sur la tribune des discours, a d’ailleurs rendu hommage aux porte-parole féminines du Comité action H (Louise Blanchard, Mireille Manuel et Denise Dumaresq) qui, comme toutes les femmes acadiennes, ne sont souvent pas reconnues à la hauteur des batailles qu’elles ont livrées au fil des décennies en Acadie.

Celle que mènent le comité et leurs sympathisants depuis sept ans montre, avec l’aboutissement qu’elle connaît aujourd’hui, qu’il est possible de «réactiver la démocratie» en se tenant debout.

«Si Caraquet est la capitale culturelle de l’Acadie, vous êtes en train de démontrer que la ville est en train de devenir la capitale de la démocratie acadienne! Ce serait une injustice si l’Histoire ne vous reconnaissait pas comme tels», a lancé Jean-Marie Nadeau devant une foule en liesse.

Le président du regroupement Égalité santé en français, le Dr Hubert Dupuis, a estimé quant à lui que le combat du Comité action H et de la population de la région du Grand-Caraquet avait ouvert le chemin de l’égalité en santé pour les francophones de toute la province.

«Vous nous avez montré qu’en vous organisant, qu’en ne lâchant pas, nous pouvions avoir ce que nous demandions. Vous êtes un exemple pour tous!», a-t-il souligné avec enthousiasme, ajoutant que les citoyens devaient aussi saisir les élections municipales du 14 mai pour montrer leur désir de changement et leur volonté d’être entendus et respectés.

La cinéaste Renée Blanchar, qui avait scénarisé et réalisé le documentaire On a tué l’Enfant-Jésus, sorti en 2007, ne pouvait imaginer meilleure fin pour son film.

Dès le début de la bataille, la cinéaste, qui est en outre citoyenne de Caraquet, a participé et scruté avec sa caméra les moindres faits et gestes de ce bras de fer entre la communauté et le gouvernement. Aujourd’hui, elle affirme que si elle avait continué à tourner pour son documentaire, son oeuvre aurait un titre fort différent.

«J’ai toujours dit que j’avais deux titres en tête: On a tué l’Enfant-Jésus ou On a ressuscité l’Enfant-Jésus. Mon film s’est arrêté au moment où on l’a tué, mais aujourd’hui, on assiste à la résurrection de l’hôpital et c’est ça que je retiens. Ce que cela me montre, c’est que oui, il y a une valeur extraordinaire à la mobilisation et tous ceux qui croient fort que l’on puisse changer les choses en persévérant et défendant des choses auxquelles on a le droit et dans lesquelles on croit, ceux qui sont contre ça ont tort aujourd’hui», se réjouit-elle.