Membre du groupe Acadie Média|Samedi 20 septembre 2014
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Le coyote géant serait probablement un loup 

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CARAQUET – L’animal abattu le 6 avril dans les environs de Caraquet ne serait pas un coyote géant mais plus certainement un loup ou un hybride. C’est la position du zoologiste Donald Mc Alpine, directeur du département des sciences naturelles au Musée du Nouveau-Brunswick (MNB).

«Le Dr McAlpine considère que ce n’est définitivement pas un coyote», assure Isabelle Synnott du département des programmes publics du MNB. Elle se fait la porte-parole des premières conclusions du scientifique, actuellement en mission à l’extérieur du pays.

«Pour lui, c’est probablement plus un mélange entre un chien, un loup ou un coyote. Cela pourrait être un loup, possiblement plus un loup gris.»

Le spécialiste de la faune s’est forgé son opinion en observant les photos de l’animal.

«Une des raisons pour lesquelles il détermine qu’il ne s’agit pas d’un coyote, c’est que les traits physiologiques, la tête, la queue, le pelage ou encore la taille, ne correspondent pas à ceux d’un coyote.»

Pour en avoir le cœur net, deux agents du ministère des Ressources naturelles se sont rendus la semaine dernière à Caraquet, à la fois pour relever la position GPS où l’animal a été abattu, effectuer une pesée qui a confirmé le poids de 86 livres, mais surtout prélever un échantillon de tissu.

Un morceau de la langue de l’animal a été sectionné et permettra d’en savoir plus.

«Les tests de l’ADN seront les seuls en mesure de déterminer avec certitude si c’est bien un loup.»

Mais le mystère n’est pas prêt de s’éclaircir de sitôt. Il faudra attendre plusieurs semaines encore.

«On sait que les tests de l’ADN vont être faits à Fredericton, mais ça va prendre au moins un mois avant d’avoir les résultats. C’est probablement le ministère des Ressources naturelles qui va les réaliser. S’il est déterminé que c’est bien un loup, d’autres tests seront nécessaires pour savoir si l’animal a été en captivité ou s’il est question d’un animal sauvage».

Le loup on le retrouve déjà dans des territoires voisins du Nouveau-Brunswick. L’espèce est présente non seulement au Québec, mais aussi dans le nord-est des États-Unis où les scientifiques ont constaté qu’un assez grand nombre n’était pas des animaux sauvages comme le rapporte Mme Synnott.

«Des loups ont été repérés en Nouvelle-Angleterre et la moitié d’entre eux avait été en captivité auparavant.»

Si l’hypothèse du loup se confirme pour l’animal abattu dans la Péninsule acadienne au début du mois, cela deviendrait une première. Chassée par l’homme, l’espèce a déserté la province depuis près d’un siècle et demi.

«Le dernier signalement officiel remonte à 1876 au Nouveau-Brunswick. Il est possible qu’il y en ait eu dans la province jusqu’en 1920, mais les rapports d’observation n’ont pas été confirmés», explique Isabelle Synnott.

Pour le Musée du Nouveau-Brunswick, l’événement historique aurait sans nul doute une valeur scientifique importante.

«Cela serait passionnant de voir qu’un animal qui avait disparu de la province est de retour.»

Dans cette éventualité, le MNB aimerait certainement poursuivre les recherches sur un cas encore unique.

«C’est sûr que le musée dans ce cas serait intéressé à naturaliser l’animal pour le mettre en exposition. Les tissus et le squelette pourraient aussi être étudiés au niveau du centre de recherche du musée du Nouveau-Brunswick.»

«Pour moi, c’est un coyote»

Jacques Mallet, le chasseur de Saint-Simon, reste convaincu que l’animal qu’il a abattu est bien un coyote.

«Pour moi c’est un coyote. Dans ma tête c’est sûr à 100 %. Un loup ? Je n’y crois pas trop. Ça fait 150 ans qu’on n’en a pas vu un par ici.»

Coyote ou loup, la question pourrait être réglée assez rapidement espère le chasseur.

Sa prise historique, médiatisée à la grandeur du Nouveau-Brunswick, ne laisse en tout cas vraiment personne indifférent.

Sur les forums de chasse et les sites d’information, les commentaires vont bon train. Ils ne sont pas toujours positifs pour le chasseur acadien. Certains internautes n’hésitent pas à reprocher à M. Mallet d’avoir abattu cet animal. Des reproches que l’intéressé prend avec philosophie.

«C’est sûr, ils ne m’ont pas manqué. Mais ce n’est pas grave. Il y en a qui mettent des commentaires, mais ils ne me connaissent même pas. Chacun a le droit d’avoir son opinion et certains n’ont pas de misère à donner la leur.»

«La grosseur, je ne m’en suis vraiment rendu compte qu’après m’être rendu à côté de la bête à terre. Dans le viseur du fusil, tu ne peux pas trop voir la différence à moins qu’il y en ait deux l’un à côté de l’autre. À 300 pieds, ce n’est pas évident.»

La polémique a même sauté les frontières de la province pour se retrouver sur le site Internet Chasse Québec qui a repris l’histoire publiée dans les colonnes de l’Acadie Nouvelle. Le site spécialisé a mis en avant l’opinion de Michel Therrien. Un chasseur et guide réputé. Son opinion est bien tranchée.

«Ce cas ne semble même pas litigieux. il s’agit d’un loup de bonne taille. Dans un cas extrême de gigantisme, un coyote ne peut même pas atteindre cette taille. En outre, le spécimen en question n’affiche ni la coloration du coyote, ni la forme de sa tête.»

Que devra faire Jacques Mallet si jamais il s’agit bien d’un loup ? Devra-t-il faire une croix sur son trophée ?

«Je ne sais pas du tout. Je n’ai pas été avisé de ça. Je n’en ai pas parlé avec les gens des Ressources naturelles. Pour sûr, ce n’est pas évident à dire, mais on va être fixé avec les tests. Dans un cas comme dans l’autre, ça reste une première. C’est bizarre à dire, mais je préfèrerais que ça reste un coyote. Ça causerait peut-être moins de maux de tête à pas mal de monde.»
 

Pierre Leyral
À propos de Pierre Leyral

Originaire du sud de la France, Pierre Leyral est diplômé de l’école de journalisme de Tours (France) et il est titulaire d’une Maitrise en Information et Communication de l’Université de La Réunion. Il a pratiqué le journalisme depuis une vingtaine d’années dans différentes régions du monde dont la France, la...
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