Membre du groupe Acadie Média|Lundi 1 septembre 2014
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La reine acadienne de la route des glaces 

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YELLOWKNIFE, Territoires du Nord Ouest – À l’âge où d’autres préparent tranquillement leur retraite en rêvant au soleil de la Floride, Diane Haché conduit des camions sur la route des glaces dans les Territoires du Nord-Ouest et se lance en permanence de nouveaux défis.

L’ancienne propriétaire de la fromagerie Les blancs d’Arcadie a quitté Caraquet et la Péninsule acadienne en 2004 pour s’installer à Yellowknife. C’est là que la possibilité de réaliser son rêve de jeunesse s’est présentée. Un rêve qui s’est concrétisé plus grand que nature.

Des femmes qui conduisent des camions-remorque, ce n’est plus vraiment nouveau. Mais il n’est pas donné à tout le monde de conduire sur la route des glaces pour approvisionner la mine de diamants de Diavik où Diane Haché pilote également des mastodontes de 240 tonnes.

«C’est une longue histoire», répond celle qu’une vidéo sur YouTube a baptisée La reine de la route des glaces. Jointe au téléphone par l’Acadie Nouvelle, Diane Haché est heureuse de partager son expérience.

Avant elle, très rares sont celles qui ont pris cette route légendaire du Grand Nord canadien.

«Je me sens extrêmement privilégiée. Quand j’ai commencé, j’étais la troisième femme à faire ça. Cette année, on était plus nombreuses, ça doit être même un record, on était six ou sept femmes.» Sur les quelque 300 chauffeurs qui empruntent la route des glaces, la présence féminine reste encore aussi exceptionnelle que la route elle-même.

«Cette route est vitale pour ravitailler les mines du Nord, dont 85 % passe sur la glace. C’est vital, donc le chauffeur doit pousser. Tu ne dors pas beaucoup.»

Des conditions de conduite extrêmes sont au rendez-vous sur cette route ouverte habituellement entre fin janvier et fin mars.

«Pour se rendre à Diavik, à 425 kilomètres de Yellowknife, ça prend 16 heures. C’est particulier. Il y a des lacs à problèmes, comme ils disent, où tu ne peux pas rouler à plus de 5 km/h. Sur le reste, tu peux aller entre 5 et 30 km/h. Quand tu reviens à vide, tu peux prendre la voie express et rouler à 60.»

Les poussées d’adrénaline ne sont pas rares pour les chauffeurs.

«Les tempêtes, quand elles se lèvent, c’est en cinq minutes que tu ne vois plus rien. Dans la toundra, il peut faire très beau et tout d’un coup ça s’ennuage. Tu ne sais plus où tu es rendu, où sont les limites du chemin.»

En faisant face à toutes les difficultés, elle a su gagner le respect de tous ses collègues de ce monde très masculin.

«Quand j’ai commencé, j’ai été extrêmement chanceuse d’avoir des copains qui m’ont aidée. Ils m’ont coachée et adoptée rapidement.»

Diane Haché a terminé cette année sa sixième saison sur la route des glaces. Certainement pas la dernière, même si elle a levé un peu le pied.

«Maintenant, je le fais seulement à temps partiel, durant mes deux semaines de repos. Si je peux faire dix voyages, je suis satisfaite. Une année, j’ai fait six semaines complètes sur la route des glaces, j’ai dû faire une vingtaine de voyages. C’était comme un challenge.» n

Au volant d’un 240 tonnes

Conduire sur la route des glaces est un travail saisonnier. Le reste du temps, Diane Haché travaille à la mine de diamants de Diavik. Là encore dans un environnement assez particulier qui lui convient à merveille.

«Le rythme est de deux semaines, 12 heures par jour et après 14 jours de repos. J’adore ce système-là. Là-bas, c’est vraiment très bien. On a toutes les facilités, on a un beau gym, la nourriture est excellente. On n’a pas de misères à rester deux semaines en ligne, même si à la fin tu trouves que ça fait un peu long. Je profite des deux semaines de congé pour voyager.»

À la mine, elle est amenée à conduire des engins exceptionnels. Ces camions de 240 tonnes qui transportent la matière première extraite du puits de la mine ne sont pas si compliqués à conduire, assure Mme Haché.

«Oui, c’est gros, mais c’est tout automatique. C’est extrêmement facile à conduire. Après être habitué à la largeur de ton camion, c’est vraiment facile.»

De l’énergie à revendre

Diane Haché force le respect par son dynamisme. Elle a de l’énergie à revendre.

«Je vais avoir 57 ans, mais je me sens comme si j’en avais 30. C’est merveilleux. Il faudra que je vive jusqu’à 100 ans pour faire tout ce que j’ai envie de faire. Tant que tu as la santé, l’âge est seulement une question d’attitude.»

Écrire une nouvelle page de sa vie n’est jamais évident. Elle a pu le faire grâce au soutien de sa famille.

«Mon mari m’épaule dans toutes les aventures que j’entreprends», reconnaît cette maman de deux garçons et deux filles.

«Pendant 25 ans, je me suis considérée comme une mère au foyer et là je retourne sur le marché du travail. J’ai une énergie incroyable, c’est comme un monde nouveau. Il n’y a pas d’âge, il n’y a pas de limites. Il faut rêver grand.»

Pierre Leyral
À propos de Pierre Leyral

Originaire du sud de la France, Pierre Leyral est diplômé de l’école de journalisme de Tours (France) et il est titulaire d’une Maitrise en Information et Communication de l’Université de La Réunion. Il a pratiqué le journalisme depuis une vingtaine d’années dans différentes régions du monde dont la France, la...
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