Tous ne s’entendent pas sur le meilleur remède

DIEPPE – À l’heure où l’orthographe est parfois «massacrée» par les plus jeunes – et notamment sur la toile ou par les textos – nombreux sont ceux qui réclament un retour aux bonnes vieilles méthodes. C’est le cas d’Adrienne Deveau, réviseure au Collège communautaire du Nouveau-Brunswick – Campus de Bathurst.

«Je suis frustrée par l’enseignement de l’orthographe dans les écoles. On n’y apporte pas d’importance, car on a peur de déplaire aux élèves. On craint de les forcer à faire des efforts», indique Mme Deveau.

Quand on lui parle d’orthographe et de grammaire, cette ancienne enseignante et traductrice devient très passionnée. Celle qui a appris les règles fondamentales du français avec l’aide de religieuses lorsqu’elle était toute jeune déplore, en effet, une baisse du niveau en français dans la province.

«Qu’est-ce que ça veut dire auxiliaire ou participe passé? Les trois quarts des gens ne le savent pas. Ils ne comprennent pas le sens des mots de la grammaire. Si on ne cerne pas la relation entre les mots, on ne peut pas comprendre le sens de la phrase.»

Pour Mme Deveau, il n’existe pas de recette miracle pour améliorer sa maîtrise du français, mais une bonne vieille méthode qui a, pourtant, donné des cauchemars à plus d’un écolier: la dictée.

«On dit, d’emblée, je n’aime pas le français. C’est sûr que la première année, cela peut être une corvée, mais une langue que l’on n’écrit pas, on l’oublie.»

Un discours aux antipodes de celui de Sylvie Blain, elle-même enseignante de français au primaire dans le passé et pour qui la dictée «n’est pas un moyen d’apprentissage, mais d’évaluation». D’autant qu’elle l’affirme, «aucune recherche scientifique ne prouve que la dictée améliore les compétences des enfants à écrire».

Revaloriser la langue?
Hugues Chiasson, qui participe à la Dictée des Amériques depuis plusieurs années, peste lui aussi contre «la baisse du niveau de français depuis 20 ans».

Ce passionné d’orthographe et ancien chroniqueur à l’Acadie Nouvelle, qui affirme qu’il dormait plus jeune «avec un dictionnaire de poche sous son oreiller», pense que le phénomène prend de l’ampleur.

«On ne valorise pas notre langue. On n’a pas assez de concours, comme c’est le cas en sciences ou en mathématiques. Les jeunes apprennent beaucoup par rapport au son. Ils font beaucoup d’erreurs et s’en vantent presque. On utilise beaucoup d’anglicismes. Il faut en être conscient», alerte M. Chiasson, actuellement en poste à l’Université de Moncton, campus d’Edmundston.

De même, cet amoureux du français milite pour que des enseignants spécialisés en français s’occupent des élèves dès le primaire. Pour rappel, aujourd’hui, le même enseignant fait classe aussi bien en mathématiques qu’en sciences naturelles, et donc en français.

«Je trouverais cela plus judicieux de choisir la crème de la crème et de doter les écoles d’enseignants qui suivraient les élèves tout au long de leur scolarité.»