Des radios acadiennes excluent les chansons les plus crues de Lisa LeBlanc

CARAQUET – Les diverses radios de la province n’ont pas toutes la même perception des chansons de Lisa LeBlanc.

Avec des paroles simples et parfois crues, propulsées par une âme musicale profondément rock malgré ses accents country-folk, la musique de Lisa LeBlanc a ce je-ne-sais-quoi, ou plutôt un ensemble d’éléments qui font de ses chansons des pièces accrocheuses et percutantes, même pour des personnes qui ne pensaient pas au préalable s’en éprendre.

Devant l’immense popularité de cette jeune artiste qui vient de lancer son premier album, on peut se demander comment les stations de radio gèrent la diffusion de certaines des chansons qui pourraient s’avérer les plus controversées, comme celles qui l’ont fait connaître, Aujourd’hui, ma vie c’est de la marde, et Calisse-moi là, qui figurent sur son disque éponyme.

Au moins deux stations de radio ont décidé d’exclure ces deux pièces de leur programmation. À la radio communautaire CKRO, de la Péninsule acadienne, la directrice musicale et animatrice, Janique Doiron, confirme avoir «banni ces deux pièces pour la simple et unique raison des paroles et des titres. Lisa LeBlanc ne fait pas exception à notre règle de ne pas accepter de diffuser des pièces a caractère provocant», de préciser Mme Doiron.

La situation est semblable à la radio privée CKLE, qui dessert les régions Chaleur et Péninsule acadienne. Soucieuse de ne pas heurter certaines sensibilités, la station croit préférable de ne pas faire tourner ces deux pièces. Au cours d’une tribune radiophonique tenue le 11 avril, une légère majorité d’auditeurs ont dit ne pas aimer ces chansons, deux d’entre eux allant jusqu’à dire que la station perdrait de son auditoire si elle diffusait régulièrement Aujourd’hui, ma vie c’est de la marde.

Le directeur de la programmation, Armand Roussy, précise que cette décision ne remet pas en question la qualité de l’artiste. «Ça n’indique pas du tout la valeur de la chanson. Ça ne porte pas de jugement sur l’artiste. Nous sommes contents pour elle», a commenté M. Roussy, en ajoutant que CKLE ne peut pas laisser de côté cette artiste acadienne.

À la station de radio communautaire CFAI, qui diffuse de Connors à Grand-Sault dans les comtés de Madawaska et Victoria, la réaction est aux antipodes. Le directeur des programmes et animateur, Alexandre Hébert, souligne que ce n’est pas à la station de juger de l’acceptabilité de ces chansons, mais au public.

À en croire l’agente de Lisa LeBlanc, Carol Doucet, il est peu probable que les pièces Aujourd’hui, ma vie c’est de la marde, et Calisse-moi là fassent partie des prochains extraits, mais si ça devait arriver, elles joueraient à CFAI, assure M. Hébert.

«Advenant que Aujourd’hui, ma vie c’est de la marde ou Calisse-moi là soient envoyées comme extraits, nous les ferons jouer. Et s’il y a des plaintes, nous réviserons. Qui sommes-nous pour juger de cette artiste? Il y a Marc Déry qui chantait Ostie qu’y s’lève tard, et ça n’a pas causé de problème», de faire valoir M. Hébert, qui ajoute que ce n’est pas aux radios à juger des choix artistiques des musiciens. Il dit toutefois comprendre les stations qui se montrent plus frileuses sur ce point.

Du côté de CJSE, au Sud-Est et dans le comté de Kent, la réaction est plus mitigée. Le directeur de la programmation, Marcel Packard-Gallant, affirme que la station se limite à diffuser Cerveau ramolli, qui est présentement au palmarès. Il dit s’attendre à ce que les responsables des maisons de disques suggèrent des extraits diffusables. Faute de quoi, il ne serait pas exclu qu’une chanson soit mise à l’index si elle est jugée trop provocante.