Assurance-emploi: la transition sera difficile selon un économiste

FREDERICTON – Il semble y avoir unanimité sur le fait que la réforme de l’assurance-emploi proposée par le gouvernement fédéral se fera dans la douleur au Nouveau-Brunswick.

L’économiste et spécialiste en politiques publiques, Donald Savoie, estime que le régime de l’assurance-emploi ne peut demeurer tel qu’il est si l’on veut que certaines régions du Nouveau-Brunswick sortent de leur marasme économique.

«On ne peut pas soutenir le statu quo», a déclaré M. Savoie.

«Il y a des communautés, des secteurs que ce soit la pêche ou le tourisme, qui se sont mariés à un programme d’assurance-chômage, il y a déjà plusieurs années, des décennies, puis casser le mariage, ça ne va pas être facile», a-t-il souligné.

Il craint une transition douloureuse pour les communautés et les secteurs qui ont développé une dépendance au régime en place.

«Il y a une dépendance qui a été créée et penser qu’on peut renverser la vapeur du jour au lendemain sans implications pour les communautés, les individus et les régions, c’est rêver en couleurs», a estimé M. Savoie.

M. Savoie entrevoit des «conséquences énormes» pour des individus, des communautés et des secteurs économiques.

«Il ne faut pas se leurrer ici. Il y a des communautés qui vont mourir», a soutenu Donald Savoie.

Si l’issue est inévitable, il est toutefois possible de préparer la population locale au moyen de réformes échelonnées sur le moyen terme.

Créer davantage de pauvreté
Auréa Cormier, du Front commun pour la justice sociale a, pour sa part, relevé des aspects de la réforme de l’assurance-emploi qui risquent de la priver de ses derniers éléments à visage humain.

«Une des choses qui nous attristent, c’est que les gens vont perdre leur droit d’appel comme il se faisait autrefois. Le système d’appel de l’assurance-emploi était vraiment un modèle», a expliqué Mme Cormier qui dit que le Front commun pour la justice sociale a essayé de le faire adopter par le ministère du Développement social.

Un groupe de trois personnes entendait les appels. Il s’agissait d’un représentant du gouvernement, un représentant des travailleurs et un représentant des employeurs.

De plus, de l’aide était accordée aux personnes qui faisaient appel des décisions prises à l’égard de leur demande de prestations.

«Il y avait des comités dans 83 régions pour écouter les plaintes des travailleurs», a souligné Mme Cormier.

Ces 83 comités, ou jurys de trois personnes vont être remplacés par 39 fonctionnaires qui agiront seuls pour étudier les plaintes.

Auréa Cormier s’inquiète aussi de la façon dont les alertes au sujet d’emplois disponibles vont être transmises aux chômeurs.

«Qu’est-ce qui va arriver avec les gens qui n’ont pas d’ordinateur? Comment les pauvres vont-ils être mis au courant? Ça devient aussi une épée à deux tranchants parce que cela donne des munitions, tant aux employeurs qu’au gouvernement, pour dire “Vous avez refusé un emploi”et quand vous refusez un emploi, vous êtes coupé. Il n’y a plus d’appui», a déploré Mme Cormier.

Elle craint que ces dispositions de la réforme qu’envisage Ottawa ne créent davantage de pauvreté au Nouveau-Brunswick.