La vie culturelle francophone est bien vivante à Bathurst

BATHURST – Pascal Lejeune, Danny Boudreau, Marie-Philippe Bergeron, Dan Godin, Éric Cormier, Janine Boudreau. Ces artistes ont tous un point en commun: ils sont tous originaires de Bathurst et des environs. Ajoutons à cette liste d’autres artistes, comme Gilbert LeBlanc, natif de Balmoral, mais établi depuis de nombreuses années dans la région Chaleur, une région où foisonne aussi une vie culturelle francophone, mais qui demeure peu connue du reste de l’Acadie.

À quoi ressemble la vie artistique dans la région de Bathurst, où se déroulent actuellement les Éloizes? Quels sont les défis propres à cette région bercée par la culture anglophone, francophone, amérindienne et même québécoise?

De l’avis des artistes à qui nous avons parlé, la région de Bathurst possède sa propre identité culturelle.

«Étant donné que c’est une région bilingue, c’est une autre dynamique. Ce qui ressort surtout, c’est la difficulté de trouver un point rassembleur entre les cultures francophone et anglophone. Le spectacle d’hier (mercredi) soir mettant en vedette Pascal Lejeune et David Myles est toutefois un bon exemple du fait qu’il commence à avoir une volonté de rapprochement», souligne l’auteur-compositeur-interprète Danny Boudreau, originaire de Petit-Rocher.

L’artiste acadien indique également qu’en raison de sa géographie, la création artistique dans la région Chaleur s’est métissée de multiples influences.

«Je pense qu’il y a des avantages à créer dans une région comme ici. En raison de sa localisation dans la province, j’ai moi-même des influences anglophones, acadiennes et québécoises dans ce que je crée. Ma musique englobe toutes ces cultures. J’ai été porté à écouter des groupes comme Offenbach, tout en connaissant bien 1755», relate-t-il.

Vivre et créer en français n’a cependant pas toujours été facile. Il y a à peine 25 ans, c’était même presque impossible, avoue Danny Boudreau. Celui-ci affirme avoir été un des premiers chansonniers à oser chanter en français dans un club où la musique anglophone était jusqu’à ce moment une loi immuable.

«Lorsque j’ai offert mes services à cet endroit pour chanter, on m’a donné l’occasion de le faire, en me sommant toutefois de faire 80 % de musique anglophone et 20 % de musique francophone. Le soir de mon spectacle, sans avertir les propriétaires, j’ai fait exactement l’inverse, parce que je savais très bien que la majorité de la clientèle était francophone. Nous avons commencé à entendre de la musique francophone en ville par après. Certains endroits, comme la brasserie Ô Saint-Pierre et La Bibitte, sont aujourd’hui des lieux de choix pour la diffusion de la musique francophone et acadienne», signale Danny Boudreau.

Il reste que prendre son envol dans une région comme celle de Bathurst demeure aujourd’hui un défi constant.

Le sculpteur Gilbert LeBlanc, installé à Laplante, un village situé à 20 km au nord de Bathurst, depuis plus de 30 ans, avoue qu’il est parfois difficile d’y faire la promotion de son art. L’intérêt pour la culture en est encore à ses premiers balbutiements, selon lui.

«Jusqu’à tout récemment, Bathurst était une ville industrielle. La ville comme la région ont connu beaucoup de difficultés économiques dans les dernières années. Peut-être que ça favorisera l’émergence d’une culture organisée, surtout si la mine Brunswick ferme bientôt. En tout cas, la venue des Éloizes ici c’est très encourageant, surtout parce que l’administration municipale a accepté d’embarquer dans l’événement. Ça démontre peut-être une volonté de changement envers la culture», se réjouit Gilbert LeBlanc.

Janine Boudreau, artiste peintre et professeure de peinture de Beresford, souhaite aussi un plus grand soutien des arts pour les talents de la région. Elle confie par contre son bonheur de voir s’ouvrir prochainement un magasin d’art à Bathurst qui regroupera tous les artistes de la région.

«Mais c’est évident que ce n’est pas facile. Nous sommes très peu rémunérés par rapport à la somme de travail que nous faisons. Mais je le fais depuis 30 ans parce que c’est ma carrière, mais surtout parce que c’est ma passion. J’enseigne aux enfants depuis environ six ans. Ma plus grande récompense, c’est d’ailleurs d’entendre dire que leurs résultats scolaires s’améliorent à cause de leur création. Je pense aussi que c’est un bon moyen pour faire la promotion de la culture dans la région», souligne-t-elle.