Les 10 coups de coeur de… Sylvie Mousseau

1. Lisa LeBlanc
L’année 2012 aura été celle de Lisa LeBlanc. Au-delà de son premier album qui s’est vendu à plus de 50 000 exemplaires et qui a reçu une tralée d’éloges, Lisa LeBlanc s’est illustrée beaucoup sur la scène. Celle qui enflamme les foules en offrant une musique folk-trash sur un banjo endiablé, mais aussi certaines chansons empreintes de douceur et de vérité comme l’excellente Kraft Dinner ou encore Juste parce que je peux, est une véritable bête de scène. Partout où je l’ai vue en spectacle, cette année, que ce soit à Lorient, à Granby ou en Acadie, elle a été merveilleuse. D’une grande générosité, cette rockeuse au cœur tendre a littéralement insufflé un vent de fraîcheur dans le monde musical francophone. Cerise sur le sundae: elle a été imitée et a chanté lors du Bye Bye 2012, à Radio-Canada.

2. Une dernière chance, de Paul Émile D’Entremont
Présenté en première au 26e Festival international du cinéma francophone en Acadie et couronné de la Vague de la meilleure œuvre acadienne, ce long métrage documentaire du réalisateur acadien de la Nouvelle-Écosse bouleverse. Ce film, qui pose des questions importantes, très bien documenté, suit le parcours de cinq demandeurs d’asile qui fuient leur pays pour échapper à la violence homophobe. Le réalisateur a travaillé pendant six années à la réalisation de ce projet très pertinent qui l’a amené à voyager dans divers pays. J’ai été particulièrement touchée par ce cinquième film de Paul Émile D’Entremont, un cinéaste dont j’admire le travail. Il a réalisé, entre autres, Naufrages, Reema, Allers-retours et Le confessionnal réinventé. Le film qui a aussi été présenté sur le site (onf.ca), gratuitement pendant trois jours, à l’occasion de la Journée des droits de l’Homme, a récolté plus de 17 000 visionnements.

3. Children et A few Minutes of Lock, de Louise Lecavalier
Il y a de ces spectacles qui nous restent dans la tête pour un bon moment. C’est ce qui s’est produit avec le programme double que nous a offert l’icône canadienne de la danse, Louise Lecavalier, qui s’est arrêtée au théâtre l’Escaouette, à Moncton, dans le cadre du Festival de danse en Atlantique en octobre. Cette artiste de la danse à la beauté troublante, qui allie force, puissance, vivacité et grâce, nous a offert deux chorégraphies différentes sur de très belles musiques. La beauté avec ces œuvres profondément humaines, c’est qu’elles nous transportent ailleurs et qu’elles nous font réfléchir. Avec ce spectacle, l’ancienne danseuse étoile de la compagnie La La La Human Steps a prouvé que la danse contemporaine est loin d’être hermétique.

4. Cri de terre de Raymond Guy LeBlanc
À l’occasion du 40e anniversaire de la publication du livre culte du poète Raymond Guy LeBlanc, les Éditions Perce-Neige ont publié à nouveau ce recueil dans une très belle édition spéciale qui a été lancée cet automne. En plus de nous faire redécouvrir sa poésie toujours d’actualité, bien ficelée, et tellement évocatrice, le livre propose aussi une incursion dans l’univers du poète. Celui-ci a accepté de confier ses archives personnelles à l’éditeur qui en a publié une partie, nous permettant ainsi de saisir la genèse du livre. Les textes sont également accompagnés d’images d’archives, ainsi que de photographies de Serge Patrice Thibodeau. En plus d’offrir le célèbre et magnifique Cri de terre sur feuillet cartonné, le recueil comprend plusieurs poèmes, dont Je suis Acadien, que j’adore.

*Mention spéciale à France Daigle pour son prestigieux Prix littéraire du Gouverneur général du Canada, qui lui a été décerné pour son roman Pour sûr, une oeuvre monumentale parue en 2011 qui témoigne du talent de cette grande dame de la littérature francophone au Canada.

5. Cascade de l’imaginaire de Gerry Collins
Cette nouvelle exposition de sculptures de Gerry Collins présentée à la galerie du Centre des arts et de la culture de Dieppe au printemps dernier est une véritable ode à l’imagination. La sculpteure et céramiste de Moncton arrive à créer des œuvres inventives souvent narratives qui explorent la répétition et la multitude. Ce sont des sculptures fascinantes. Pour cette exposition, elle s’est inspirée, entre autres, de la lourdeur de la culture de consommation nord-américaine. En s’approchant de ses pièces, on pouvait distinguer tout la complexité, la finesse et le grand souci du détail.

6. Semaine de la musique de la côte Est à Moncton
Cette semaine consacrée à la musique demeure un événement inoubliable de 2012. En tout, 400 prestations ont été offertes, animant ainsi le centre-ville de Moncton comme jamais. Certains artistes comme les Hay Babies, The Backyard Devils et Joseph Edgar ont voulu vivre à plein cette semaine en offrant des prestations impromptues à l’Hôtel Beauséjour, donnant ainsi quelques moments magiques. Imaginez l’Hôtel Beauséjour rempli de musiciens qui jouent jusqu’aux petites heures du matin. Le trio des Hay Babies s’est même produit dans l’ascenseur de l’hôtel. Mentionnons aussi la prestation électrisante de Radio Radio au club Oxygen pendant cette semaine.

7. Spectacle Chantons Denis Richard
En plus de célébrer l’oeuvre de Denis Richard, ce spectacle multidisciplinaire conçu par Danny Boudreau a permis de réunir un grand nombre de chanteurs, musiciens, comédiens et poètes de l’Acadie. Plus de 25 artistes étaient rassemblés sur la scène du Théâtre Capitol pour livrer des prestations chargées d’émotions, parfois même teintées d’humour. Animé brillamment par la comédienne Diane Losier aux multiples talents, ce spectacle hommage et de soutien à Denis Richard qui est atteint d’un cancer, a rassemblé des artistes comme Monique Poirier, Isabelle Thériault, Wilfred LeBouthillier, Isabelle Bujold, Marie-Philippe Bergeron, Éric Thériault, Andreï Zaharia, Pascal Lejeune, Carole Daigle, Daniel Léger, Fayo, George Belliveau, John Boulay, Justin Doucet, Kevin McIntyre, Michel Thériault, Myriam Arseneau. Ce grand moment de solidarité très émouvant figure parmi les instants inoubliables de l’année 2012.

8. Caroline Savoie et Accros de la chanson
Avant même qu’elle remporte la finale du concours Accros de la chanson, la jeune chanteuse Caroline Savoie, de Dieppe, à la voix puissante et au timbre unique qui suscite l’émoi, a commencé à se faire connaître. D’abord, elle a été sélectionnée par le Indie Music Reviewer Magazine à Atlanta qui a publié un numéro spécial sur les 25 meilleures femmes artistes de la scène musicale indépendante à travers le monde. Un grand coup de cœur pour cette jeune auteure-compositrice-interprète vouée à un avenir très prometteur. Celle qui composait surtout en anglais s’est tournée vers la langue de Molière cette année en participant au concours Accros de la chanson. Bravo à ce concours provincial qui encourage la relève musicale francophone.

9. Interstices, de Joseph Edgar
Quatrième album en carrière solo de Joseph Edgar, Interstices s’inscrit dans un son plus rock et blues, tout en retrouvant la magnifique poésie du poète de Moncton où il livre ses états d’âme. Cet auteur-compositeur-interprète qui fait carrière depuis plus de 20 ans est l’un des piliers de la nouvelle scène musicale acadienne. Ce nouvel opus qu’il a réalisé avec Jocelyn «Joe» Gagné des Breastfeeders est à mon avis l’un de ses meilleurs disques. Aux influences variées, mélange de ballades poignantes et de chansons au rock plus musclé, cet album qui reprend, entre autres, Le fantôme de Blanchard avec Geneviève Toupin, révèle toute l’intensité du chanteur. À écouter plusieurs fois.

10. Louise Vautour aux Nuits interceltiques à Lorient
Ceux qui étaient à Lorient en Bretagne en août 2012 se souviendront certainement de la jeune violoniste acadienne, Louise Vautour, entrer dans l’immense stade de Moustoir devant des milliers de spectateurs avec pour seul compagnon son violon et le guitariste John Boulay. Pendant cinq soirs, la violoniste native de Bathurst a joué dans ce stade à l’occasion du Festival interceltique de Lorient. Elle était la seule musicienne acadienne à faire partie de ce grand spectacle multimédia qui regroupait près de 500 artistes du monde celte. Chaque soir, le public a pu entendre sa musique, accompagnée de John Boulay, s’élever dans la nuit. Derrière eux, sur un écran géant, des images de l’Acadie ont défilé pendant toute la durée de sa prestation. Lors d’une soirée, j’ai pu suivre la violoniste de sa loge jusque dans le stade, afin d’assister à sa prestation. Instant magique.