Gaz de schiste: la communauté universitaire veut en savoir plus

MONCTON – Le développement du gaz de schiste peut sembler être une bouée de sauvetage inespérée pour un Nouveau-Brunswick à l’économie chancelante. Le manque d’information et les dangers potentiels pour l’environnement brouillent néanmoins les cartes.

«On n’a pas beaucoup d’information. C’est très difficile de savoir exactement de quoi on parle et de pouvoir vous présenter ce qui se passe au Nouveau-Brunswick (concernant le gaz de schiste) parce que justement il y a encore trop peu d’information sur le potentiel économique», a lancé d’emblée l’économiste Marc Duhamel.

Marc Duhamel, économiste. - Acadie Nouvelle: Patrick Lacelle
Marc Duhamel, économiste. – Acadie Nouvelle: Patrick Lacelle

Le titulaire de la chaire de recherche Vaughan en économie régionale de l’Université du Nouveau-Brunswick a tenu ces propos lors de la table ronde sur le développement durable et le gaz de schiste de l’Université de Moncton à laquelle ont aussi participé l’expert en environnement Claude Villeneuve et la médecin-hygiéniste en chef de la province, la Dre Eilish Cleary.

Semaine après semaine, de 3000 à 4500 Néo-Brunswickois font la navette entre leur province et l’Ouest canadien pour aller y travailler, sans compter ceux qui quittent la province pour de bon, a avancé M. Duhamel. Cela, c’est sans oublier un déficit structurel de 500 millions $ qui afflige les finances de la province.

En fait, selon M. Duhamel, le développement de l’industrie du gaz de schiste pourrait déterminer si la province dirigée par David Alward sera en mesure de continuer à offrir, ou non, les services et programmes sociaux dont bénéficie la population.

«Qu’on le veuille ou non, au Nouveau-Brunswick, le développement des ressources énergétiques du sous-sol de la province est lié à la capacité de pouvoir se payer les services publics comme la santé et les programmes de sécurité sociale. Le problème, c’est que le N.-B. a un déficit structurel d’environ un demi-milliard par année, et ce déficit, on doit tenter de trouver des solutions pour le renflouer», a déclaré M. Duhamel.

Or, d’après la plus récente étude de Deloitte, cette industrie gazière pourrait créer 500 emplois au Nouveau-Brunswick, injecter 350 millions $ en revenus directs pour la province et 110 millions $ dans le produit intérieur brut par année.

Économiquement, le gaz de schiste et son industrie semblent pouvoir contribuer au sauvetage de la province. Il faut cependant voir au-delà des indicateurs économiques, prévient Claude Villeneuve, tout en rappelant les risques de cette industrie pour l’environnement.

«Lorsque vous avez quelqu’un dans une telle situation, en train de se noyer, si vous lui présentez un Lifesaver, le bonbon, il va quand même y croire. C’est un peu la situation dans laquelle on se trouve», a confié le biologiste et professeur à l’Université du Québec à Chicoutimi.

«Les combustibles fossiles, on ne les exploite qu’une seule fois. Aussi bien le faire comme il le faut. Si on a n’a pas de connaissances et qu’on se garroche là-dedans et qu’on arrive avec n’importe quoi, on reproduit les erreurs qu’on a faites dans le passé», a-t-il ajouté.

Aux risques environnementaux, s’ajoutent les inquiétudes de la Dre Eilish Cleary concernant les risques potentiels à la santé pour les citoyens de la province.

«Les consultations publiques sont encore dominées par des sujets entourant les produits chimiques et les problèmes d’eau potable. Je crois que ces inquiétudes sont justifiées. Je crois aussi que d’autres angles concernant la santé ont aussi besoin d’être explorés», a insisté Dre Cleary.

En septembre 2012, le bureau de la Dre Cleary avait rendu public son rapport sur le gaz de schiste dans lequel on recommandait entre autres qu’un protocole de surveillance de l’état de santé des gens qui vivent ou travaillent près des installations de cette industrie.