«Pour nous, ce n’est vraiment pas la solution»

MONCTON – L’heure est à la mobilisation dans bon nombre de couloirs de l’Université de Moncton afin d’assurer la survie de quelques programmes menacés.

Après avoir appris de source sûre que neuf programmes pourraient être abandonnés prochainement si un comité du Sénat académique ne change pas d’avis sur leur avenir, l’Acadie Nouvelle a contacté des membres haut placés du corps professoral pour tâter leur pouls.

Force est de constater que certains d’entre eux ont décidé de se mettre à l’oeuvre pour tenter d’influencer le comité chargé d’évaluer les programmes ayant le plus faible nombre de diplômés avant qu’il remette son rapport final au Sénat académique.

En interview téléphonique, la doyenne de la Faculté des arts affirme qu’elle s’oppose surtout à l’abandon éventuel des baccalauréats en science sociale avec spécialisations en économie et en sociologie.

«Pour nous, ce n’est vraiment pas la solution. Ce sont des disciplines qui sont vraiment trop importantes pour nos sociétés. L’Université de Moncton a une mission claire et nette. Nous pensons que l’université passerait à côté de sa mission si nous ne pouvions pas offrir le choix à nos étudiants de pouvoir accéder à ces spécialisations-là», dit-elle.

Elle explique qu’elle et son équipe ont décidé d’appuyer les responsables de programmes qui ont choisi d’essayer de pousser le comité d’évaluation à changer d’idée.

«Nous nous sommes mis au travail dès le premier jour. Nous avons participé à plusieurs rencontres et échanges.»

Un seul programme est menacé à la Faculté de droit; la maîtrise en droit. La doyenne de cette faculté, Odette Snow, dit qu’elle n’est pas particulièrement surprise par le fait que le comité recommande son abandon.

«Disons que ce n’était pas surprenant, dans le sens qu’il y a une douzaine d’années que ce programme existe. Dans cette période-là, on a seulement décerné quatre diplômes. C’est sûr que l’université ne veut pas soutenir des programmes qui n’ont pas une forte diplomation», dit-elle.

Elle reconnaît que cette maîtrise aurait besoin d’être époussetée, mais elle affirme que cela ne justifie pas son abandon. «Ça ne coûte pas grand-chose à l’université et ça donne la possibilité aux gens de la région et d’ailleurs d’obtenir une maîtrise en droit», dit-elle.

Odette Snow affirme que la Faculté de droit a l’intention d’intervenir pour tenter de convaincre le comité de changer son fusil d’épaule. «Je n’ai pas encore écrit la lettre, mais on a eu des rencontres à l’interne et on a l’intention de contester pour différentes raisons.»

Le responsable de la mention «administration scolaire» à la Faculté d’éducation, Kabulé Wetu-Wea, affirme pour sa part qu’il compte s’opposer à l’abandon du programme de maîtrise ès arts – administration scolaire.

«Je suis en train de préparer une lettre, parce qu’il faut envoyer nos réactions par écrit. Notre réaction va aller dans le sens contraire. Nous allons dire que nous nous opposons à la recommandation en avançant des arguments», dit-il.

Il est d’avis que les paramètres d’évaluation des programmes ne sont pas adéquats et qu’ils ne permettent pas de bien comprendre l’importance que peut avoir chaque diplômé francophone dans une province de taille modeste comme le Nouveau-Brunswick.

«Je pense que ce n’est pas une bonne décision. Si l’argument est basé sur ce qu’on appelle la masse critique, la masse critique dans la communauté acadienne et dans les communautés francophones en situation minoritaire doit être définie de façon prudente.»

«Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas beaucoup de diplômés que le programme n’est pas pertinent. Pour nous, un étudiant qui a fait sa thèse dans notre programme laisse un impact important dans la communauté acadienne», ajoute-t-il.

Des sources à l’Université de Moncton nous indiquent que ce point de vue est partagé par plusieurs personnes au sein de la Faculté de droit à l’égard des trois programmes de maîtrise qui pourraient être affectés si le comité d’évaluation ne modifie pas ses recommandations.

LES ÉTUDIANTS ET LES PROFESSEURS SONT CRITIQUES

MONCTON – Les associations représentant les étudiants et les professeurs du Campus de Moncton accueillent assez tièdement les recommandations provisoires sur l’avenir de 18 des quelque 180 programmes de l’Université de Moncton.

La présidente de l’Association des bibliothécaires, des professeures et des professeurs de l’Université de Moncton (ABPPUM), Marie-Noëlle Ryan, explique que son organisation avait émis de sérieuses réserves à l’égard de ce processus d’évaluation lors de sa création.

Alors que les recommandations provisoires du comité d’évaluation sont désormais entre les mains des responsables des programmes visés, elle affirme que l’ABPPUM avait raison de s’inquiéter à l’époque.

«Depuis le début, nous ne sommes pas d’accord avec les critères qui ont été retenus. Encore maintenant, nous nous rendons compte dans les résultats préliminaires qu’il peut y avoir des parts d’arbitraires dans certains types de critères. Par exemple, l’un des critères est la valeur sociale d’un programme. Comment mesure-t-on cela?», affirme-t-elle.

Elle dit que l’ABPPUM s’oppose aux recommandations provisoires et est contre l’abandon de certains programmes.

Le président de la Fédération des étudiants et des étudiantes du Centre universitaire de Moncton (FÉÉCUM), Kevin Arseneau, déplore pour sa part que la plupart des programmes menacés soient dans certains domaines.

«La seule chose que l’on voit dans les journaux, c’est du recrutement pour des emplois dans le domaine de la santé, c’est du recrutement surtout basé sur les programmes professionnels. Les programmes menacés s’apparentent plutôt au niveau des sciences humaines. Ça nous inquiète beaucoup», dit-il.

Kevin Arseneau affirme vouloir en savoir davantage pour mieux pouvoir prendre position, mais il a déjà de grandes réticences.

«Je ne sais pas combien d’argent serait économisé si ces programmes étaient abandonnés. Est-ce que ça en vaudrait vraiment la peine? Il nous manque de l’information pour prendre une position solide, mais je dirais à première vue qu’il est clair que les programmes qui sont sous le couperet sont, à notre avis, des programmes essentiels à la société acadienne à l’heure actuelle.»

Il invite l’Université de Moncton à mettre en oeuvre les moyens nécessaires pour relancer les programmes menacés, au lieu de les abandonner.

«On comprend que l’Université de Moncton est une grosse institution qui offre beaucoup de programmes et que des choix difficiles sont nécessaires. Mais il faudrait donner une dernière chance à ces programmes. Je pense tout de même que l’institution devrait faire un effort pour recruter davantage d’étudiants pour les programmes menacés», dit-il. – PRN

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