Membre du groupe Acadie Média|Jeudi 27 novembre 2014
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Un café Starbucks unilingue anglophone à Moncton 

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MONCTON – Avec une gamme de produits variés, plus d’une quarantaine de places assises, et une impressionnante hauteur sous plafond qui rappelle le lustre des hôtels particuliers à Paris, le nouveau café Starbucks qui vient d’ouvrir rue Main à Moncton aurait tout pour plaire. Tout, sauf le bilinguisme.

À l’extérieur, la devanture, en place depuis la semaine dernière, donnait déjà un petit indice. À l’intérieur, une fois les portes officiellement ouvertes, les craintes de ceux qui pensaient que l’affichage du nouvel établissement allait être unilingue ont été confirmées.

Contrairement à la plupart des cafés adjacents, directement placés en concurrence, et qui affichent leur menu dans les deux langues, celui du Starbucks ne comporte aucune version française. Le directeur du Théâtre Capitol, Marc Chouinard, n’est pas content et le fait savoir.

«Je suis rentré, j’ai jeté un coup d’oeil et je suis parti au bout de 30 secondes. Salut! Quand le Casino a ouvert, ça avait vraiment brassé. Pour moi, c’est très clair: les grandes sociétés multinationales qui rentrent dans un centre-ville bilingue et qui ne font pas d’effort ne méritent pas d’être appuyées. Ce n’est pas négociable», a-t-il martelé.

L’Acadie Nouvelle est allé au café Starbucks afin de vérifier s’il était possible de s’y faire servir en français. De prime abord, il apparaît que l’obtention d’un service bilingue sera difficile, quoique pas impossible. La majorité des employés en poste lundi matin ne savait pas s’exprimer en français.

Toutefois, les employés unilingues anglophones semblaient tout à fait aptes à comprendre une commande formulée dans la langue de Molière, bien qu’en y répondant dans la langue de Shakespeare.

La clientèle francophone qui souhaite fréquenter le café Starbucks est donc invitée à s’exprimer dans sa langue, même face à un employé anglophone qui lui répondra en anglais.

Pas de contrainte légale

MONCTON – Au Québec, la Loi 101 oblige Starbucks à s’afficher dans les deux langues officielles du Canada. À Moncton, il n’existe pas encore de cadre légal coercitif pour contraindre les commerçants à s’afficher en français aussi bien qu’en anglais. Cela ne dépend que de leur bonne volonté envers les communautés linguistiques. Rien n’empêcherait un commerce francophone à ne s’afficher qu’en français.

Le comité municipal sur le bilinguisme, formé il y a à peine quelques mois, n’a pas encore avancé de façon déterminante dans le dossier. Il a cependant prévu de se pencher prochainement sur la question.

«On n’a pas encore fait notre plan d’action, a déclaré à l’Acadie Nouvelle la coprésidente Paulette Thériault, également maire adjointe. Le comité devra déterminer quels sont les composants que l’on veut voir dans un plan stratégique. L’affichage bilingue va certainement faire partie de ce processus, mais nous n’en sommes pas encore rendus à ce stade.» – DD

Le Débat sur l’affichage relancé?

MONCTON – Le débat sur l’affichage bilingue à Moncton s’en trouvera-t-il relancé?

Le 19 août 2013, selon la recommandation du comité Bilinguisme à Moncton, le conseil municipal a adopté le principe directeur suivant: «Moncton est une collectivité unique, qui appuie et célèbre les deux langues officielles et les deux communautés linguistiques, qui promeut la valeur et la source de fierté qu’ils représentent grâce à leurs cultures uniques, et qui cultive un sentiment d’appartenance et d’égalité réelle pour tous ses citoyens».

«Starbucks n’a pas d’obligation légale de s’afficher ou d’informer sa clientèle potentielle dans les deux langues officielles du Canada, a poursuivi M. Chouinard. De mon côté, je n’ai pas l’obligation morale de consommer et d’appuyer ce commerce. Après tout, il y a beaucoup de choix de cafés sur la rue principale.»

À quelques dizaines de mètres de là, le propriétaire du Café C’est la Vie, David Shin, n’est pas inquiet de la venue de ce nouveau concurrent.

«Ici, nous sommes trilingues: anglais, français et coréens!», a-t-il dit fièrement.

Damien Dauphin
À propos de Damien Dauphin

Originaire de France, Damien Dauphin est arrivé en Acadie il y a 6 ans. Diplomate de carrière, il a servi pendant 12 ans au ministère français des Affaires étrangères. Il fut notamment attaché de consulat à Bruxelles, puis rédacteur juridique et commissaire du gouvernement à Paris. Séduit par l’Acadie, il...
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