Tuerie de Moncton: RDI a failli à sa mission, selon l’ombudsman

MONTRÉAL – L’ombudsman des services français de Radio-Canada donne raison aux plaignants et affirme que RDI a failli à sa mission, le soir de la fusillade à Moncton, en ne décrétant pas une émission spéciale en direct.

L’ombudsman Pierre Tourangeau donne raison au plaignant Dominic Caron, de Fredericton, qui affirme que la couverture offerte par RDI avait été déficiente et que le réseau d’information continue avait failli à sa mission de servir les francophones de tout le pays.

Quelque 70 auditeurs se sont aussi plaints à l’ombudsman pour les mêmes raisons.

Dans son rapport, M. Tourangeau explique qu’à Radio-Canada, l’exercice de la liberté de presse est assujetti à la recherche de l’intérêt public.

«Dans ce cas particulier, plusieurs éléments me permettent de conclure qu’ICI RDI, ce soir-là, a mal servi l’intérêt public, surtout celui de la population de Moncton», écrit-il dans son jugement.

M. Tourangeau rappelle que les événements du 4 juin ne se sont pas limités à une fusillade. Il y a eu aussi une chasse à l’homme qui s’est

déroulée sur plusieurs heures. Un quartier complet a été bouclé et la population a été confinée à la maison et devait laisser les lumières extérieures allumées. Pour s’informer, les citoyens devaient se tourner vers les réseaux de télévision anglophones ou vers les médias sociaux.

«À l’évidence, ICI RDI n’a pas correctement servi l’intérêt public le soir du 4 juin: sa couverture était nettement insuffisante étant donné les besoins des citoyens de Moncton qui, inquiets, potentiellement en danger et enfermés chez eux, ont dû se trouver d’autres moyens de s’informer du déroulement de la situation et des consignes les concernant», tranche-t-il.

L’ombudsman va jusqu’à se demander comment aurait réagi RDI si la fusillade et la chasse à l’homme étaient survenues à Montréal.

«La réponse s’impose d’elle-même: ils auraient immédiatement lancé les procédures d’urgence prévues en pareilles circonstances et pris les moyens d’assurer une couverture continue», analyse-t-il.

Pierre Tourangeau ajoute que RDI a manqué à sa mission de refléter la diversité, à la valeur d’exactitude et à son devoir d’équité. Il croit que les citoyens du Nouveau-Brunswick n’ont pas été traités avec ouverture et respect.

À qui la faute?

L’ombudsman a retracé le fil des événements du 4 juin. Il croit que la responsabilité du cafouillage est partagée.

«Mis au fait des événements par l’équipe de Moncton qui se déployait, le secrétaire de rédaction d’ICI RDI en fonction à Montréal a informé ses patrons, mais par courriel seulement, et n’a pas jugé bon les relancer par téléphone pour discuter plus à fond de la situation. Ses patrons ont pris acte sans plus réagir et n’ont pas répondu à ses courriels subséquents. Il a alors estimé qu’il n’avait pas les ressources humaines nécessaires pour présenter de couverture spéciale», peut-on lire dans le rapport.

L’ombudsman écorche aussi les dirigeants de Radio-Canada Acadie, qui «n’ont pas contesté auprès de la direction du réseau la décision du secrétaire de rédaction.»

«Bref, chacun s’est fié à l’autre pour prendre une décision que personne, en fin de compte, n’a prise, tandis que certains s’en lavaient plutôt les mains.»

Pierre Tourangeau conclut en disant que «la couverture des événements du 4 juin 2014 à Moncton par ICI RDI a enfreint plusieurs principes et valeurs des Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada».