Des Terre-Neuviens s’intéresseraient au crabe du N.-B.

CARAQUET – Le pêcheur de crabe Jimmy Lanteigne est de retour dans la Péninsule acadienne après un séjour à Terre-Neuve-et-Labrador. Le capitaine du Henri L II menait un boycottage afin de contester les prix offerts par les usines du Nouveau-Brunswick. Il croit que son message a été compris.

Le pêcheur souhaitait vendre ses prises à Corner Brook, à Terre-Neuve-et-Labrador, où l’usine Barry Group offrait 3,10 $/livre pour son crabe. L’usine Ichiboshi de Caraquet verse 3 $ / livre. L’an dernier, les usines payaient entre 3 $/livre et 3,25 $/livre.

Il a cependant rencontré des problèmes dès son arrivée. Pêches et Océans Canada l’a informé qu’il n’a pas le droit de vendre son produit à Corner Brook, car les crabiers n’ont pas le droit d’effectuer des débarquements aux ports qui ne figurent pas sur leur licence de pêche.

Selon Pêches et Océans Canada, un pêcheur qui contrevient aux règlements risque de se faire saisir ses prises, une amende maximale de 100 000 $ et une peine d’emprisonnement d’une année.

Le pêcheur acadien a quand même mis au défi les autorités fédérales et a déchargé des prises à Terre-Neuve. Jimmy Lanteigne souhaitait avant tout montrer son produit aux Terre-Neuviens afin de les convaincre d’ouvrir une usine dans la Péninsule acadienne.

«Ils sont intéressés. Ils ont vu la qualité de mon crabe et ils m’ont demandé comment ils pourraient faire pour avoir accès à d’autre crabe comme ça. J’ai répondu que la meilleure façon serait d’ouvrir une usine dans la Péninsule acadienne. C’est sûr qu’entre démontrer de l’intérêt et le faire réellement, il y a encore de l’ouvrage à faire, mais au moins, ils peuvent se renseigner», dit-il.

L’Acadie Nouvelle a tenté de contacter l’entreprise Barry Group pour plus de renseignements, mais sans succès.

Maintenant de retour chez lui, Jimmy Lanteigne compte finir sa saison en vendant son produit dans la Péninsule acadienne. Il ne veut dévoiler l’identité de l’usine qui a accepté ses prises.

«Ça bien été, j’ai vendu mon crabe, mais on m’a averti que si j’y retournais (à Terre-Neuve-et-Labrador) qu’on était pour saisir mon stock, alors j’ai décidé de ne pas prendre de chances.»

Depuis le départ, il accuse les usines du Nouveau-Brunswick et du Québec de garder les prix bas. Selon lui, les responsables d’Ichiboshi ont demandé aux autres usines de ne pas acheter le crabe pêché par le Henri L II.

«Ichiboshi n’aura pas mon crabe. Je les ai appelés et ils ont refusé, donc j’étais mal pris. Dix minutes plus tard, une autre usine m’a appelé pour me dire qu’ils pouvaient prendre le crabe de ce voyage-là, mais pas le suivant. Ça vous donne une idée de tout ce que j’essaie de dénoncer.»

Au cours des dernières semaines, L’Acadie Nouvelle a aussi tenté de joindre la direction d’Ischiboshi à quelques reprises, mais sans succès.

Qui détermine les prix ?

Qui détermine les prix payés aux pêcheurs ? Il y a quelques semaines, l’Acadie Nouvelle a contacté plusieurs usines de la province pour des réponses, mais aucune n’a répondu à nos sollicitations.

Selon Jean Lanteigne, directeur général de la Fédération régionale acadienne des pêcheurs professionnels (FRAPP), ce sont les pêcheurs qui déterminent les prix, car ils désirent conserver les droits de négociation avec les acheteurs.

«La FRAPP, ainsi que les associations membres, n’ont pas le mandat de négocier aucun prix pour aucune de nos pêches. Les pêcheurs désirent conserver le droit et la possibilité de négocier eux-mêmes avec les usines. Ils ont toujours fonctionné de cette manière.»

Quant à la possibilité de vendre à Terre-Neuve-et-Labrador, la FRAPP ne s’est jamais penchée sur la question, car elle n’a jamais été évoquée auparavant.

«La possibilité de vendre à Terre-Neuve n’a jamais été examinée ou demandée par le conseil d’administration de la FRAPP ni par aucun de ses membres. Nous n’avons donc pas de position sur cette situation. Cependant, nous encourageons nos pêcheurs à appuyer notre industrie à l’intérieur de la province. D’ailleurs cette approche est semblable dans toutes les provinces.»