Aide médicale à mourir: les maisons de soins palliatifs refusent de participer [Exclusif]

Les maisons de soins palliatifs du Nouveau-Brunswick n’ont pas l’intention d’offrir l’aide médicale à mourir à leurs patients.

L’aide médicale à mourir deviendra bientôt légale au Canada, mais les Néo-Brunswickois en fin de vie ne pourront vraisemblablement pas compter sur les maisons de soins palliatifs de la province pour mettre fin à leurs jours.

Avec l’ouverture ce mois-ci de l’Hospice House dans la capitale, le Nouveau-Brunswick comptera dorénavant deux maisons de soins palliatifs à Fredericton et Saint-Jean.

Après avoir été interdite par le Code criminel du Canada depuis des décennies, l’aide médicale à mourir deviendra légale partout au pays le 6 juin.

Dans une décision unanime rendue l’an dernier, les juges de la Cour suprême ont ordonné au gouvernement fédéral de rendre légale l’aide médicale à mourir pour les patients atteint de «problèmes de santé graves et irrémédiables» leur causant des souffrances «persistantes» et «intolérables».

Alors que l’échéancier approche et que le fédéral et les provinces peaufinent leur plan pour prodiguer l’aide à mourir, de nombreuses questions persistent. Par exemple, dans quel endroit les patients pourront-ils obtenir cette aide?

Selon la directrice médicale de l’Hospice House, l’aide médicale à mourir «est très différente» des soins qu’offrira la nouvelle maison de soins palliatifs de Fredericton.

«Ce que nous faisons ici, ce n’est pas un complément (à l’aide à mourir)», affirme Dre Beatriz Sainz. «Nous n’offrirons pas ça ici.»

À Saint-Jean, la Bobby’s Hospice, ouverte depuis cinq ans, n’a pas non plus l’intention de mettre fin aux jours de ses patients gravement maladie qui en feraient la demande.

«Notre objectif, c’est la qualité de vie, l’apaisement de la douleur et aider les gens à vivre le mieux possible jusqu’à la fin de leur vie», explique la présidente-directrice générale de l’établissement, Sandy Johnson.

«Faciliter la mort de quelqu’un, ça ne fait pas partie de notre travail.»

Des médecins au pays ont déjà indiqué qu’ils ne prodigueraient pas l’aide à mourir à leurs patients pour des raisons morales ou religieuses. Un peu comme pour l’avortement, certains parmi eux refusent même de diriger leurs patients vers un collègue prêt à fournir cette aide.

Les responsables des deux maisons de soins palliatifs du Nouveau-Brunswick s’engagent à aider leurs patients à obtenir l’aide à mourir à l’extérieur de leur établissement s’ils le demandent.

«Si nous avons un patient qui souhaite vraiment l’aide médicale à mourir, nous allons trouver une façon de le référer, mais il devra être transféré à l’extérieur de notre établissement», assure Dre Sainz de Fredericton.

«Nous respectons complètement le droit d’une personne de choisir (l’aide à mourir)», ajoute Mme Johnson.

Au Québec, la seule province canadienne qui offre déjà l’aide médicale à mourir, le refus des maisons de soins palliatifs d’offrir cette aide avait provoqué la colère du ministre de la Santé. Au Québec, comme au Nouveau-Brunswick, les maisons de soins palliatifs sont financées en partie par l’État.

Un avocat spécialisé dans la défense des droits des patients avait même suggéré que Québec retire son financement aux établissements qui refusent de prodiguer l’aide à mourir.

Au Nouveau-Brunswick, le ministre de la Santé n’a pas encore décidé s’il allait demander aux maisons de soins palliatifs de fournir cette aide et si leur financement pourrait être remis en question en cas de refus.

«C’est une question à laquelle nous n’avons pas encore répondu. C’est certain que nous allons avoir cette discussion avec eux en temps et lieu», affirme Victor Boudreau.

Même si la province finance en partie les deux maisons de soins palliatifs, elles doivent compter sur des dons de la communauté pour environ la moitié de leur budget.

Sandy Johnson craint que les dons puissent se faire plus rares si le gouvernement obligeait ces établissements à prodiguer l’aide médicale à mourir en plus de nuire à leur réputation.

«Si l’on nous force à faire ça, les gens vont avoir peur de venir et d’être hébergés dans un lit ou on pourrait faciliter leur mort. Ça pourrait faire très mal à notre réputation en ce qui concerne les admissions et les dons de la communauté», prévient la PDG de Bobby’s Hospice.

D’autres maisons de soins palliatifs pourraient voir le jour

Les maisons de soins palliatifs sont une denrée rare au Nouveau-Brunswick. La province ne compte que deux établissements de ce genre spécialisés dans les soins pour les personnes sur le point de mourir en raison d’une maladie incurable.

La toute nouvelle Hospice House de Fredericton, qui accueillera son premier patient le 19 avril et la Bobby’s Hospice de Saint-Jean compte dix lits chacune. Même si leurs sites web sont uniquement en anglais, les deux établissements affirment avoir suffisamment d’employés bilingues pour servir aussi la population francophone.

D’autres maisons de soins palliatifs pourraient voir le jour, selon le ministre de la Santé, y compris en région francophone. Des projets pilotés par le secteur communautaire sont notamment en branle à Moncton, Miramichi et Edmundston, selon Victor Boudreau.

«Nous n’avons pas encore eu de demande formelle, mais c’est certain qu’il y a des discussions», indique le ministre.

Les maisons de soins palliatifs sont en général des organismes sans but lucratif financé en partie par le gouvernement.