Vote à 16 ans: un référendum serait-il nécessaire?

La pertinence d’un référendum sur le vote à 16 ans divise les partis d’opposition dans le sillage de la réforme électorale du gouvernement libéral et l’histoire ne leur sera vraisemblablement pas d’un grand secours.

Les partis d’opposition et les partis politiques non représentés à l’Assemblée législative s’entendent tous sur une chose: la population devrait pouvoir s’exprimer aux urnes si des changements au mode de scrutin étaient proposés.

Mais qu’en est-il de la proposition d’abaisser l’âge du vote de 18 ans à 16 ans? Un simple vote majoritaire de la part des députés de l’Assemblée législative devrait suffire, selon le chef du Parti vert et l’un des principaux partisans du vote à 16 ans, David Coon.

Un référendum sur la question «n’est pas nécessaire», selon M. Coon parce qu’il ne s’agirait pas d’un changement «fondamental» à notre mode de scrutin comme passer du scrutin uninominal à un tour au vote préférentiel ou à la représentation proportionnelle.

David Coon a déposé l’an dernier un projet de loi pour donner le droit de vote aux jeunes de 16 ans et de 17 ans. Les députés du gouvernement ont voté pour le projet de loi en deuxième lecture avant de le laisser mourir au feuilleton sans jamais en faire une loi.

Les libéraux avaient alors promis d’étudier la question avant la fin de leur mandat. Cette semaine, le gouvernement a présenté un document de travail sur la réforme électorale en vue de créer un comité spécial de l’Assemblée législative pour se pencher entre autres sur le mode de scrutin, le vote électronique et le vote à 16 ans.

L’opposition officielle refuse de participer aux travaux du comité sauf si le gouvernement s’engage à tenir un référendum avant d’effectuer des changements au mode de scrutin dans l’éventualité ou le comité en arriverait à cette conclusion.

Cette condition posée par le Parti progressiste-conservateur vaut également pour le vote à 16 ans, prévient le chef par intérim de la formation, Bruce Fitch.

«Si le comité décide de changer l’âge (du droit de vote), ça doit être soumis à un référendum. Il y a un précédent pour ça.»

En 1967, le gouvernement du Nouveau-Brunswick a en effet demandé à ses citoyens s’ils étaient pour faire passer l’âge de voter de 21 ans à 18 ans. Pas moins de 67,3 % des répondants se sont  prononcés contre cette proposition.

S’il existe un «précédent» en faveur d’un référendum, il existe également au moins deux autres précédents contraires.

En 1970, le gouvernement fédéral a décidé de faire passer l’âge de voter à 18 ans sans passer par un référendum. L’année suivante, le Nouveau-Brunswick a décidé d’imiter le fédéral et d’ignorer le résultat de son propre référendum organisé trois ans auparavant.

Jusqu’ici, le gouvernement libéral de Brian Gallant n’a pas officiellement rejeté l’idée d’un référendum sur la réforme électorale tout en faisant preuve d’assez peu d’ouverture.

Le leader parlementaire adjoint du gouvernement, le ministre Victor Boudreau, estime que c’est au comité spécial – qui n’a toujours pas été créé – de décider s’il recommandera un référendum ou non.

Les libéraux souhaitent cependant mettre en oeuvre leur réforme avant les prochaines élections, ce qui laisse peu de temps pour organiser une consultation par les urnes.

Les jeunes souhaitent voter en cas de référendum

La Fédération des jeunes francophones du Nouveau-Brunswick milite depuis deux ans pour le vote à 16 ans. La Fédération a décidé de ne pas prendre position sur la pertinence d’un référendum sur la question. Toutefois, si le gouvernement provincial choisit d’organiser un vote, les jeunes de 16 ans et de 17 ans devraient avoir le droit d’y participer, soutient la présidente de la Fédération.

«Les jeunes devraient clairement pouvoir exprimer leur voix parce que ça les interpelle directement», affirme Sue Duguay.

La demande de la Fédération n’est pas non plus sans précédent. L’Île-du-Prince-Édouard a décidé récemment de laisser les jeunes de 16 ans s’exprimer lors d’un plébiscite sur la réforme électorale qui aura lieu cet automne.

Les Écossais de 16 ans et de 17 ans ont été autorisés à voter lors du référendum sur l’indépendance de leur nation en 2014.

Le gouvernement a jusqu’à vendredi en fin de journée pour s’entendre avec l’opposition afin de créer le comité spécial sur la réforme électorale avant la fin de la session législative.

David Coon a indiqué jeudi qu’il ne participerait pas au comité si les progressistes-conservateurs refusent d’y être.

Victor Boudreau n’écarte pas la possibilité de recourir à «une autre façon de recueillir les commentaires des Néo-Brunswickois» sur la réforme électorale si les partis d’opposition décident de boycotter le comité.