Un «tsunami» de diagnostics de démence s’approche du N.-B.

Le nombre de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer et d’autres formes de démence au Canada passera de 400 000 à 675 000, d’ici 2031. Le phénomène prendra de plus grandes proportions au Nouveau-Brunswick, où la population vieillit à un rythme accéléré.

Le Nouveau-Brunswick compte près de 150 000 personnes âgées de 65 ans ou plus, soit 19,5% de sa population. Si la tendance se maintient, cette proportion dépassera les 31% d’ici 20 ans.

Chandra MacBean, directrice générale de la Société Alzheimer du Nouveau-Brunswick, affirme que le vieillissement – le plus grand facteur de risque de démence – pourrait provoquer un «tsunami» de diagnostics.

«Nous voyons déjà une hausse drastique du nombre de cas alors que nos baby-boomers arrivent à l’âge où le risque est le plus élevé.»

Le gouvernement ne peut pas régler la situation à lui seul, selon Mme MacBean. Elle soutient que les organismes communautaires et le grand public ont un rôle clé à jouer.

Au Nouveau-Brunswick, le stigmate social entourant la démence demeure le plus grand obstacle qui se dresse devant les victimes et leur famille.

Comme ils ne sont pas suffisamment conscientisés aux réalités de la démence, plusieurs personnes à risque retardent le moment où ils parlent de leurs symptômes au médecin. Même une fois diagnostiqués, ils ne cherchent pas d’aide additionnelle et remettent les traitements à plus tard.

Pourtant, une intervention précoce peut faire une différence majeure dans leur vie.

«Il existe des médicaments qui peuvent ralentir le progrès de la maladie, mais ils ne peuvent pas effacer les dommages déjà causés. Une fois que des cellules du cerveau sont mortes, il n’y a plus rien à faire», explique Mme MacBean.

Pour les bénévoles qui offrent des soins aux personnes atteintes de démence – habituellement un conjoint ou un enfant – les malaises entourant la maladie se manifestent sous la forme d’un abandon. À mesure que la maladie progresse, le cercle social rétrécit. Entretemps, l’aidant non rémunéré brûle la chandelle par les deux bouts.

«Avec la façon dont le système est construit, on en demande beaucoup aux aidants naturels, particulièrement aux membres de la famille. Quand ces individus perdent leur propre cercle de soutien, c’est à ce moment-là qu’ils s’épuisent.»

Quand les proches aidants décident de loger le malade dans un foyer de soins à long terme mais découvrent que les établissements de la région sont pleins, l’hôpital devient alors la solution par défaut. Mme MacBean affirme cependant qu’un lit d’hôpital est loin d’être idéal pour une personne qui souffre de démence. L’environnement parfois chaotique et le manque de routine peuvent déclencher des réactions violentes.

«L’hôpital n’est absolument pas l’endroit pour prendre soin d’une personne atteinte de démence. Ce n’est pas un jugement sur les infirmiers et les employés des hôpitaux: ils font un excellent travail. Mais ce n’est tout simplement pas le bon environnement.»

En janvier, le Conseil sur le vieillissement du gouvernement du Nouveau-Brunswick a publié un rapport de 68 pages intitulé Se tenir ensemble: une stratégie sur le vieillissement du Nouveau-Brunswick. Bien qu’il comprend quelques pistes de solution, il est présenté comme un plan qui sous-tend l’élaboration d’une stratégie sur la démence.

L’auteur affirme que la stratégie néo-brunswickoise sera compatible avec la stratégie nationale sur la démence, en priorisant le diagnostic précoce, l’amélioration des soins et le soutien aux proches aidants.

Les risques et la prévention

Santé Canada a compilé une liste de facteurs qui augmentent le risque de la maladie d’Alzheimer et d’autres formes de démence. En plus de l’âge avancé, ils comprennent:

– L’alimentation malsaine;

– L’inactivité physique;

– Une lésion cérébrale grave;

– Des facteurs environnementaux comme une déficience en vitamine D et l’exposition aux pesticides;

– Le sexe (les femmes sont plus à risque que les hommes);

– Les facteurs génétiques.

«On commence seulement à comprendre un peu mieux les dysfonctions cérébrales, et il y a encore beaucoup à comprendre. On identifie de plus en plus les habitudes de vie qui permettent de prévenir les maladies chroniques», mentionne Albert Cyr, président du Forum provincial en santé mentale.

L’organisme national suggère trois façons d’atténuer les risques, soit d’obtenir un diagnostic précoce, d’adopter un mode de vie saine et de garder son cerveau actif. La Société Alzheimer Canada encourage entre autres les mots croisés, les sudokus et les casse-tête.