Pauvreté: Saint-Jean scrutée à la loupe

L’examen de la pauvreté tenu à Saint-Jean par le gouvernement du Canada dans le cadre du projet Combattons ensemble la pauvreté est terminé.

Puisqu’elle fait partie des collectivités les plus pauvres au Canada, c’est à Saint-Jean que les responsables du projet Combattons ensemble la pauvreté ont décidé d’entamer leurs activités afin de mieux comprendre le phénomène de la pauvreté au Canada et de trouver des pistes de solutions pour sortir les Canadiens de la pauvreté.

Au cours de l’exercice, 136 personnes ayant vécu dans la pauvreté ont été consultées au moyen de sondages administrés en personne ainsi que dans le cadre de groupes de discussion.

Une table ronde a réuni 15 intervenants communautaires prenant part à des initiatives de réduction de la pauvreté ainsi que différents représentants des administrations fédérale, provinciale et municipale.

«Ce n’est pas un secret que Saint-Jean détient la triste palme du plus grand nombre d’enfants vivant dans la pauvreté au pays. D’être partie prenante et l’une des clés d’une initiative visant à contrer la pauvreté reste un honneur pour Saint-Jean», a tout d’abord indiqué Wayne Long, le député fédéral de la circonscription de Saint-Jean – Rothesay.

Selon lui, même si le portrait de la pauvreté n’est guère reluisant dans la ville portuaire, la communauté est un modèle lorsqu’il est question de collaboration entre les organismes communautaires, les entreprises et les différents paliers de gouvernement.

«Nous voulons que Saint-Jean fasse figure de meneur et pave la voie à des solutions qui permettront d’enrayer cette pauvreté chronique et qu’elle devienne un modèle à imiter travers le pays», a expliqué Wayne Long.

De son propre avis, l’exercice auxquels les participants se sont prêtés n’était pas nécessairement des plus faciles.

«Ces gens-là ont une certaine fierté, de partager leur vécu en situation de pauvreté et de faire part des difficultés ainsi que des obstacles auxquels ils se sont heurtés au quotidien demande beaucoup de courage. En même temps, nous devons les écouter avec attention afin de mettre en œuvre notre plan de réduction de la pauvreté», affirme le député de Saint-Jean – Rothesay.

À l’issue de la recherche, pas moins de 1000 personnes auront été sondées à Saint-Jean. Les commentaires reçus dans le cadre des sondages, des rencontres et des discussions constituent une source d’information qui permettra d’orienter l’élaboration de la stratégie affirme le gouvernement canadien.

«La pauvreté est un problème complexe qui touche plus de trois millions de Canadiens. Elle possède de nombreux visages: enfants et familles, aînés, Autochtones, personnes handicapées et immigrants. Tous les Canadiens devraient avoir la chance de vivre une vie satisfaisante pour eux-mêmes et leur famille», a pour sa part indiqué Jean-Yves Duclos, le ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social.

Après un tout premier arrêt à Saint-Jean, les prochaines étapes du projet Combattons ensemble la pauvreté seront des visites dans le quartier de Regent Park à Toronto (Ontario), à Winnipeg (Manitoba), à Tisdale (Saskatchewan), à Trois-Rivières (Québec) et à Yellowknife (Territoires du Nord-Ouest).

Les conclusions du projet seront publiées à la fin de l’été 2017.

Un exercice futile selon certains

Le Front commun pour la justice sociale du Nouveau-Brunswick se dit guère impressionné par le projet Combattons ensemble la pauvreté et les discussions récemment menées à Saint-Jean.

«Le problème avec ça, c’est que la situation de la pauvreté est déjà connue! Au Nouveau-Brunswick, ça fait six ou sept ans qu’il y a un plan de réduction de la pauvreté. On connaît le nombre de personnes vivant dans cette situation, le nombre de prestataires de l’aide sociale et en plus la majorité des provinces ont déjà de tels plans qui sont en place», a indiqué Jean-Claude Basque, le porte-parole de l’organisme qui milite pour un Nouveau-Brunswick sans pauvreté.

Selon lui, il y a fort à parier que ces nouvelles discussions n’apporteront rien de neuf au portrait de la pauvreté dans la province.

«Je trouve que c’est une perte de temps de revenir là-dessus et d’étudier à nouveau la situation», estime Jean-Claude Basque.

Toujours selon le Front commun pour la justice sociale du Nouveau-Brunswick, plutôt que de consulter une fois de plus les intervenants qui s’attardent à la problématique de la pauvreté, le gouvernement fédéral devrait proposer un plan concret sur lequel il sera enfin possible de s’appuyer.

«La question est de savoir ce que va trouver de nouveau ce groupe de travail qui pourrait faire une différence. Plutôt que de dépenser de l’argent en consultations, le gouvernement devrait plutôt s’attarder à mettre de l’avant des programmes de logement social, de garderie à prix réduit et de bonification du salaire minimum. Ce sont des programmes publics qui vont faire une différence au niveau de la pauvreté», résume Jean-Claude Basque.

«30 000 Néo-Brunswickois dans le besoin»

Selon le directeur général de l’Association de logement sans but lucratif du Nouveau-Brunswick,  la province est sur le point de faire des pas importants alors que le logement abordable est à la croisée des chemins.

«Il y a 30 000 Néo-Brunswickois qui ont des besoins impérieux de logement abordable», a déclaré Dan Murphy, le directeur général de l’organisme qui se réjouit  de l’approbation et de la disponibilité d’un nouvel ensemble d’appartements adéquats et abordables sur la rue Connaught, à Fredericton.

Selon l’association, le nombre de logements abordables disponibles à travers la province se chiffre à environ 14 000 unités.

«C’est moins que la moitié des unités requises et la viabilité de ces unités – qui sont vieillissantes – est mise en doute. Nous avons une occasion unique en 2017 de collaborer avec le gouvernement provincial à l’instauration d’une nouvelle stratégie en matière d’habitation pour la province», estime Dan Murphy.

Selon lui, le logement abordable nécessite un engagement à long terme de la part de tous les ordres de gouvernement pour faire en sorte que chaque Néo-Brunswickois puisse disposer d’un lieu sûr et abordable qu’il pourra qualifier de chez soi.