Vote à 16 ans: pas avant au moins 2020

Le gouvernement provincial ne mettra pas en oeuvre la recommandation de la Commission sur la réforme électorale d’abaisser l’âge requis pour voter à 16 ans. Il tiendra cependant un référendum sur la question lors des prochaines élections municipales, en mai 2020.

Lundi matin, le Bureau du Conseil exécutif a annoncé dans un communiqué que le gouvernement provincial ne mettra pas en oeuvre la recommandation «à moins que l’idée soit approuvée par la population néo-brunswickoise lors d’un référendum». Il ajoute qu’un tel référendum aura lieu lors des prochaines élections municipales, en mai 2020.

C’est donc dire qu’il faudra avoir au moins 18 ans pour voter lors des prochaines élections générales, en septembre 2018.

Le ministre responsable de la réforme électorale, Victor Boudreau, a justifié la décision de Fredericton en s’appuyant sur le précédent historique du gouvernement de Louis J. Robichaud, en 1967. À l’époque, 69,5% des électeurs avaient voté contre la modification de l’âge minimum pour voter de 21 à 18 ans.

«Il existe actuellement un précédent au Nouveau-Brunswick et dans l’ensemble du Canada voulant qu’un référendum soit tenu sur la question d’abaisser l’âge requis pour voter, et nous le respecterons», affirme M. Boudreau.

Le professeur en science politique de l’Université de Moncton, Roger Ouellette, rappelle cependant que le gouvernement du Nouveau-Brunswick a déjà modifié l’âge du vote sans tenir un plébiscite ou un référendum. Il maintient qu’un référendum «n’est pas nécessaire».

En effet, trois ans après le plébiscite de M. Robichaud, le gouvernement conservateur de Richard Hatfield a ignoré le résultat du vote et a abaissé l’âge minimum du vote à 18 ans, et ce, sans tenir un nouveau référendum.

«Il n’y a pas eu d’émeute et personne ne s’en est plaint», mentionne M. Ouellette.

La Fédération des jeunes francophones du Nouveau-Brunswick (FJFNB) a aussi soulevé le fait que le gouvernement provincial a abaissé l’âge du vote en 1970 sans tenir un référendum.

Le groupe qui milite pour le vote à 16 ans depuis des années «trouve décevante» la décision du gouvernement provincial de ne pas mettre en vigueur la recommandation de la commission sur la réforme électorale.

«À quoi ça sert d’avoir créé cette commission, si on ne fait pas confiance à ses recommandations? C’est un clair manque de leadership de la part de notre gouvernement», affirme Sue Duguay, présidente de la FJFNB.

M. Ouellette remet en question la décision de tenir le référendum sur l’âge du vote aux élections municipales de 2020 plutôt qu’aux élections provinciales de 2018.

«La participation aux élections municipales ne dépasse jamais les 50%. Ça aurait plus de sens, au niveau de la légitimité, que le plébiscite se fasse lors des prochaines élections provinciales de 2018.»

À l’échelle fédérale, le gouvernement du Canada a abaissé l’âge du vote de 21 à 18 ans en 1970, sans tenir un référendum sur la question. Dans la page internet d’Élections Canada sur l’histoire du vote, on peut lire que, «contrairement à l’élargissement du droit de vote à des minorités raciales ou religieuses, l’abaissement de l’âge électoral soulève relativement peu de controverse».

L’Acadie Nouvelle a mentionné à un agent de communication du gouvernement provincial qu’il existe aussi un précédent voulant que Fredericton modifie l’âge requis pour voter sans tenir un référendum.

Dans une déclaration envoyée par courriel, le ministre Boudreau a répondu que «nous ne pouvons pas parler au nom des gouvernements qui étaient au pouvoir il y a presque 50 ans, mais nous aurions l’intention d’adopter le résultat du référendum».