Itinérance à Moncton: besoin criant de logements abordables

Lina LeBlanc est l’une des 1562 personnes qui attendent désespérément un logement subventionné dans le Grand Moncton. Plusieurs organisations impliquées dans la lutte contre l’itinérance pointent du doigt le manque d’investissements publics.

Pendant un temps employée d’une boucanière de Cap-Pelé, Lina LeBlanc ne peut plus travailler en raison de problèmes aux jambes.

Victime d’abus de la part de son colocataire, elle a fui la violence la semaine dernière. «C’était un malade, il y a tué mon chat, il y avait du sang partout», souffle-t-elle.

À 55 ans, elle se retrouve pour la première fois sans-abri. Elle a pu trouver de l’aide et un toit auprès de la Maison Nazareth.

«Je reçois un chèque d’assistance, à peine 550 $ par mois. C’est la première fois que je me retrouve dans un refuge, raconte-t-elle. Là-bas, le monde est respectable, les gens s’entraident. Il y a des règles assez strictes alors c’est plus tranquille.»

Lina LeBlanc est inscrite depuis déjà cinq ans sur une liste du gouvernement pour avoir accès à un logement abordable. Elle espère que son dossier sera bientôt traité en priorité en raison de son incapacité.

«Il faut plus de logements abordables, c’est le besoin numéro un pour nous», confirme Michèle Nadeau, directrice des services et des programmes au YWCA de Moncton.

L’organisation sociale offre divers programmes pour aider les femmes à se sortir de la pauvreté: séances de conseils sur la gestion du budget, aide au retour à l’emploi, formation, services de garderie ou de transport.

Cependant, cette assistance ne peut porter ses fruits que lorsque la personne a trouvé un logement sûr et stable.

«On a beaucoup de clients qui se retrouvent sans logement et, sans logement, c’est difficile de travailler sur quoi que ce soit dans notre vie», souligne Michèle Nadeau.

Elle est convaincue de l’efficacité des programmes de logement sociaux sous le modèle fédéral Chez soi.

À Moncton, une centaine de personnes ont bénéficié de l’initiative qui devait mettre fin à l’itinérance chez les personnes aux prises avec la maladie mentale.

Le programme pilote consistait à leur offrir des logements indépendants et permanents le plus rapidement possible sans leur imposer de conditions préalables, pour ensuite leur offrir d’autres types de services et des traitements. Deux ans après la fin du projet qui n’a pas été reconduit, 80% des participants habitent toujours un logement.

Moins de sans-abris dans les refuges

Bénévoles, politiciens et sans-abris ont partagé un petit-déjeuner dans une église du centre-ville de Moncton lundi matin pour assister au dévoilement d’un rapport sur l’itinérance dans la région.

On y apprend qu’en 2016, l’organisme Carrefour pour femmes a accueilli 117 femmes et 38 enfants qui fuyaient la violence familiale. Les refuges d’urgence de Moncton, soit la Harvest House et la Maison Nazareth, ont ouvert leurs portes à 759 clients. Il s’agit d’une baisse de 7% par rapport à l’an dernier.

Cependant, le bulletin du comité directeur des sans-abris du Grand Moncton révèle que les utilisateurs des refuges sont hébergés sur une période plus longue: 17,18 jours par année en 2016 contre 14,76 jours en 2016. De plus, le pourcentage des personnes en difficulté qui ont bénéficié de ces services plus de 10 fois est passé de 4,16% à 5,8%.

Le Grand Moncton compte 36 nouveaux logements subventionnés depuis l’an dernier, une offre encore insuffisante estiment les auteurs du rapport alors que 1562 personnes sont sur la liste d’attente.

«Le Grand Moncton est l’une des quelques régions de la province ayant connu une augmentation démographique. Cela a réduit le taux d’inoccupation de la région et augmenté le prix des loyers. Cela accroît la pression sur les personnes à la recherche d’un logement abordable.»

L’itinérance, une réalité complexe

«Le portrait type du client du refuge, c’est un adulte de 45 ans aux prises avec la maladie mentale ou différentes formes de dépendance, explique le directeur de la Maison Nazareth Déo Cuma. Ça peut aussi être quelqu’un qui sort de prison ou qui vient de perdre son logement.»

Selon lui, il est difficile de dire s’il y a plus ou moins d’itinérance que par le passé. «L’itinérance prend différentes formes, c’est un phénomène complexe, difficile à évaluer et à quantifier. S’il n’y avait qu’une seule cause, on pourrait facilement tirer des conclusions.»

En effet, pour chaque client d’un refuge, il existe de nombreux autres sans-abris «cachés» ou «invisibles». Certains dorment sur le canapé d’un ami, d’autres squattent un logement à l’abandon ou sont hébergés en échange de faveurs sexuelles.

«Le point commun c’est l’absence de logement adéquat et le revenu très faible. Mais chaque personne a une histoire différente, c’est ce qui fait qu’il n’y a pas une solution magique», estime Michèle Nadeau.

«Pour nous, quelqu’un qui n’a pas de foyer de façon permanente ou voit ça comme de l’itinérance.»