Une rivière, deux réglementations

Pour une troisième année consécutive, les pêcheurs de saumons sur la rivière Restigouche devront prendre leur mal en patience et remettre leurs prises à l’eau… du moins ceux qui pêchent du côté néo-brunswickois.

Le ministère de Pêches et Océans a dévoilé la semaine dernière ses mesures entourant la pêche récréative du saumon de l’Atlantique. Ainsi, les amateurs de ce sport situés dans la zone du sud de Golf du Saint-Laurent – ce qui englobe le Nouveau-Brunswick – se butent à la remise à l’eau obligatoire, et ce, pour une troisième année consécutive.

L’annonce, il va de soi, est accueillie plutôt froidement au Restigouche. C’est que du côté québécois de cette populaire rivière à saumons, les pêcheurs sportifs ne sont pas assujettis à cette obligation. Dans les faits, ceux-ci peuvent conserver un ou deux madeleineaux par jour (selon les sections). Deux poids, deux mesures pour une même rivière.

En décembre dernier, le Conseil de gestion du bassin versant de la Rivière Restigouche (CGBVRR) avait pourtant déposé un mémoire au MPO dans lequel il prônait le retour de la rétention des prises. On avait alors suggéré un nombre de quatre étiquettes (prises par permis) comparé à sept actuellement au Québec.

Pour étoffer sa proposition, le conseil avait notamment allégué que 98% des saumons de la Restigouche étaient des mâles, donc que la prise de quelques madeleineaux n’allait en rien affecter les dépôts d’œufs. Cette recommandation a toutefois été rejetée.

Le CGBVRR s’est enquis auprès du MPO de la situation de l’harmonisation interprovinciale de la réglementation de la pêche au saumon de l’Atlantique, mais rien ne semble vouloir se mettre en place pour 2017.

«On m’a laissé entendre que les efforts avaient surtout été mis du côté de l’harmonisation des règles pour le bar rayé, mais que rien n’avait été réglé pour le saumon. Mon intuition me dit que ça va demeurer comme ça un moment», déplore David LeBlanc, notant que les règles au Québec ont été établies pour une période de dix ans.

Selon lui, l’harmonisation des eaux frontalières semble davantage une patate chaude pour le MPO qu’une priorité, ce qui implique que les disparités risquent de demeurer encore en place encore un bon moment.

Questionné à ce sujet, le MPO confirme le statu quo pour la saison.

«Le MPO va continuer à travailler sur l’harmonisation en 2017, à travers le comité MPO/MFFP (ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec), et aussi par les discussions avec les intervenants de la Restigouche dans le cadre de la mise en place d’une approche rivière par rivière», écrit Vance Chow, porte-parole du ministère.

Selon David LeBlanc, bien que la situation soit injuste, il n’a pas assisté à une levée de boucliers ou même à des conflits en raison de celle-ci.

«Est-ce qu’il y a de la frustration de la part des pêcheurs du Nouveau-Brunswick? Bien sûr, car ils pêchent sur le même plan d’eau que les pêcheurs québécois qui, eux, peuvent conserver des prises. En terme d’achalandage, je ne crois pas par contre que cette mesure ait eu un impact majeur. Les pêcheurs du Nouveau-Brunswick n’ont pas abandonné la rivière ou pris d’assaut le côté québécois (notamment en raison du prix du permis). Ça n’a pas eu l’effet non plus de diminuer la fréquentation des camps de pêche privés. Mais est-ce qu’on entend de la frustration? Certainement», confirme-t-il.

Saumon écologique au menu

Le Conseil de gestion du bassin versant de la Rivière Restigouche tiendra par ailleurs son souper de bienfaisance ce samedi au Quality Inn de Campbellton, événement qui se veut une source de financement pour cet organisme à but non lucratif. Les fonds recueillis sont en effet réinvestis dans la protection et la conservation du saumon de la rivière Restigouche.

Le souper aura de particulier qu’il proposera – ironiquement pour la première fois – du saumon. Toutefois, celui-ci aura la particularité d’être «écologique». Il proviendra d’une station d’élevage sur terre la ferme et non en mer.

«C’est un saumon qui n’est pas dommageable pour l’espèce, contrairement à ce que l’on retrouve habituellement sur le marché», indique M. LeBlanc notant que la production de saumons en mer est nocive pour le saumon sauvage (vecteur de maladies et risque d’évasions pouvant contaminer les populations sauvages).

Selon M. LeBlanc, offrir du saumon écologique était une nécessité afin d’être conséquent avec la position du conseil.

«Nous ne sommes pas d’accord avec l’élevage des saumons en mer. Ç’a aurait donc été ironique d’offrir un produit qui nuit aux saumons que l’on tente de protéger», dit-il.

Une nouvelle association provinciale voit le jour

Une nouvelle voix s’ajoute dans le débat entourant la gestion des stocks de saumons de l’Atlantique.

Dans la foulée du dépôt des dernières mesures entourant la pêche récréative, une nouvelle organisation provinciale vient de voir le jour, la Coalition pour une meilleure gestion du saumon.

Formée le 14 mars dernier, la coalition – qui compte déjà au-delà de 700 membres en un mois à peine – est très critique envers le MPO et de sa mesure de remise à l’eau obligatoire.

«Nous voulons, entre autres, que le ministère soit un gestionnaire proactif, que la gestion du saumon se fasse individuellement, rivière par rivière, et non comme c’est le cas actuellement avec l’imposition d’une mesure unique pour un territoire aussi vaste que toute la province», explique Tom Pettigrew, président de l’organisme, croyant fermement que certaines rivières pourraient permettre un certain quota de rétention.

Ce dernier accuse le MPO de se traîner les pieds dans le dossier.

«La mesure de remise à l’eau, c’est de la paresse, de l’inertie. Ça ne bouge pas. S’il veut la conserver, qu’il nous prouve son efficacité! Qu’ils nous démontrent, chiffres à l’appui, que grâce à elle, les stocks de la Restigouche et de la Miramichi, par exemple, sont plus en santé, mais ils ne le feront pas parce que ça ne fonctionne pas. Ils voudraient avoir plus de temps pour étudier la question, mais ça fait déjà deux ans et ça n’a rien donné. Ce que l’on dit, nous, c’est assez avec le statu quo. On veut forcer le MPO à aiguiser ses crayons et à être créatif, car pour le moment, il est embourbé», indique M. Pettigrew.

Pour cette année, bien que la mesure de rétention ait été annoncée, il invite le MPO à émettre de nouvelles directives durant la saison permettant la récolte de saumons durant certaines périodes et en vertu de la santé des stocks.