Transferts en santé: le N.-B. serait «perdant à long terme»

Le Nouveau-Brunswick aurait dû rejeter l’offre du fédéral sur le financement du système de santé dans l’espoir d’obtenir une meilleure entente, selon un nouveau rapport.

L’accord sur le transfert canadien en matière de santé signé entre Ottawa et Fredericton en décembre permettra à la province de «faire des gains à court terme» tout en étant «perdante sur le long terme», écrivent les chercheurs de l’Institut des finances publiques et de la démocratie de l’Université d’Ottawa.

D’après leur analyse, la part du fédéral dans le financement du système de santé néo-brunswickois devrait d’abord croître légèrement dans les années à venir avant d’atteindre un nouveau plancher lors de la prochaine décennie en raison de la croissance des coûts.

Le Nouveau-Brunswick a été le premier à briser le front commun des provinces et des territoires lors des négociations l’an dernier en signant une entente bilatérale avec le gouvernement fédéral sur le renouvellement de l’accord.

Fredericton recevra ainsi 230 millions $ de plus d’Ottawa sur dix ans pour financer son système de santé, soit l’équivalent d’une hausse de 4,1%. Une partie de cet argent devra être dédiée aux soins à domicile et à la santé mentale.

Les provinces et les territoires demandaient plutôt une croissance de 5,2%. Toutes les provinces à l’exception du Manitoba ont fini par signer avec Ottawa une entente bilatérale semblable à celle du Nouveau-Brunswick.

Les chercheurs de l’Institut reconnaissent que les 5 milliards $ supplémentaires sur dix ans promis par le fédéral pour la santé mentale et les soins à domicile amélioreront «modestement» la situation financière des provinces.

Le nouvel accord sur les transferts fédéraux en santé n’est cependant «ni suffisant ni transformateur pour aider les provinces à répondre aux besoins de leurs citoyens en matière de soins de santé», écrivent-ils dans leur rapport.

En ce qui concerne le Nouveau-Brunswick, la part du financement fédéral dans le coût total du système de santé devrait passer de 22,4% en 2014 à un sommet de 24,6% en 2018.

Alors que les coûts du système vont continuer à augmenter en raison notamment du vieillissement de la population, la participation d’Ottawa proportionnellement au total devrait commencer à baisser en 2021 pour se retrouver en 2026 en dessous du niveau de 2014.

Au final, l’entente devrait «forcer le Nouveau-Brunswick à soutenir de façon disproportionnée le fardeau des coûts supplémentaires des soins de santé au-delà de l’augmentation des transferts fédéraux», selon l’Institut.

«Le gouvernement du Nouveau-Brunswick aurait dû rejeter l’offre du gouvernement fédéral sur le financement de la santé et demander une meilleure entente.»

Afin de motiver la décision de son gouvernement, le ministre de la Santé du Nouveau-Brunswick, Victor Boudreau, indique par écrit que l’argent promis par Ottawa pour les soins à domicile et la santé mentale «aurait pu être retardé ou perdu» si Fredericton n’avait pas signé l’accord.

M. Boudreau vante l’entente en soulignant qu’elle fournira un financement «stable et prévisible» à la province pour les dix prochaines années.

Le porte-parole de l’opposition en matière de santé, le député progressiste-conservateur Brian Macdonald, affirme plutôt que l’étude de l’Institut résume parfaitement les craintes de son parti.

«Le premier ministre (Brian) Gallant n’a pas vraiment négocié pour en arriver à cette entente. C’est une décision politique pour appuyer leurs amis du fédéral. Ce n’est pas une bonne décision pour les Néo-Brunswickois.»

Ottawa a la responsabilité d’assurer une qualité de soins semblable entre les provinces les plus riches et les provinces les pauvres, rappelle M. Macdonald.

«Et c’est le devoir du gouvernement provincial de négocier, mais nous avons raté l’occasion.»