Hausse des loyers: des propriétaires de foyers de soins lancent un cri d’alarme

L’association qui représente les propriétaires francophones de foyers de soins spéciaux au Nouveau-Brunswick lance un cri d’alarme. Le gouvernement doit agir. Sans une intervention rapide, des établissements fermeront leurs portes, prévient la présidente de l’organisme.

«On ne peut pas attendre une autre année. On ne peut pas attendre au prochain budget pour qu’il nous donne une hausse ou des changements. C’est impossible parce qu’il y a beaucoup de foyers qui seront obligés de fermer. Ils ne pourront pas continuer comme ça», a lancé Nathalie Blanchard, présidente de l’Association francophone des établissements de soins spéciaux du Nouveau-Brunswick.

Le gouvernement provincial subventionne les places des aînés dans les foyers de soins spéciaux en octroyant aux établissements jusqu’à 80,70$ par résident, par jour. De cette somme un peu plus de 3$ servent à aider les propriétaires à payer le salaire de leurs employés.

Or, Mme Blanchard est catégorique. Ce montant n’est plus suffisant. Les propriétaires n’arrivent plus à garder la tête hors de l’eau.

«Premièrement, tout a augmenté: ’électricité, l’eau, les taxes, les salaires minimums… Il y a eu des augmentations majeures partout, mais nous on n’en a pas eu», a souligné la présidente de l’association.

Dans plusieurs foyers de soins spéciaux de la province, surtout dans le sud de la province, la facture est refilée aux résidents qui ont déjà de la difficulté à joindre les deux bouts.

Anne Thériault, 75 ans, vit à l’Auberge du Soleil à Dieppe. Récemment, son loyer a augmenté de 75$. Tout son budget est maintenant destiné à son loyer. Elle n’arrive pas, comme la majorité de ses amies, à se payer une petite sortie ici et là.

«Ça prend tout», avoue-t-elle.

«Je ne sors jamais. Depuis que je suis ici, Moncton commence à avoir beaucoup d’activités culturelles, Dieppe surtout. Mais, nous, on vit dans le fond des bois. Pour se rendre là, ça nous coûte les yeux de la tête. On ne peut pas avoir un taxi sous 25$ pour un aller», a ajouté Mme Thériault.

Certains résidents de ces foyers reçoivent une allocation personnelle de 135$ par mois afin d’aller chez le coiffeur ou s’acheter des vêtements. Parce que des propriétaires réclament un loyer plus élevé que ce que le gouvernement subventionne, des aînés doivent aujourd’hui piger dans cette allocation.

Jean-Luc Bélanger, directeur général de l’Association des aînés du Nouveau-Brunswick. – Acadie Nouvelle: Patrick Lacelle

«Ce sont les plus vulnérables de nos aînés; ceux qui sont subventionnés actuellement parce qu’ils n’ont pas les moyens de payer le loyer au complet dans un foyer de soins. Ce sont eux qui sont les plus affectés par la décision de certains établissements d’augmenter leurs frais», a dénoncé Jean-Luc Bélanger, directeur général de l’Association francophone des aînés du Nouveau-Brunswick.

Mme Blanchard est au courant de la situation et la déplore.

«Je trouve que ça fait pitié parce que c’est l’aîné qui est puni», lance-t-elle.

«Dans les foyers, on leur donne tout, leurs repas, leurs collations et tout ça. Comme être humain, tu as le droit à des petites gâteries, mais ils ne peuvent même se les payer ces petites gâteries-là. Ce n’est pas normal à l’âge qu’ils ont», a renchéri Mme Blanchard.

Selon Mme Blanchard, certains aînés ont même de la difficulté à payer un simple café chez Tim Horton.

Des pistes de solutions

L’Association francophone des établissements de soins spéciaux du Nouveau-Brunswick a rencontré la ministre responsable des Aînées, Lisa Harris, cette semaine. L’organisme lui a donné un ultimatum. Il attend des réponses d’ici le 8 juin.

«Elle a été très attentive. Je pense qu’elle a vraiment compris nos besoins. Mais comme elle le dit, il n’y a pas de budget. Elle veut par contre trouver une solution», a avoué la présidente de l’association, Nathalie Blanchard.

Les propriétaires francophones de foyers de soins réclament une augmentation de la subvention journalière qu’ils reçoivent par résident ou un assouplissement des règlements. Par exemple, le ratio de personnel infirmier nécessaire sur le plancher par nombre de résidents pourrait diminuer.

«Peut-être qu’ils pourraient donner plus de souplesse aux propriétaires sur la façon de gérer leurs établissements», a précisé Mme Blanchard.

Si les propriétaires de ces établissements demandent plus d’argent, les associations qui défendent les droits des aînés demandent plus de transparence.

«On pose la question! Est-ce que le gouvernement devrait demander les états financiers de ces entreprises parce qu’elles demandent plus d’argent? On ne le sait pas, est-ce qu’elles en ont vraiment besoin? On ne connaît pas les états financiers de ces entreprises. Le gouvernement argumente toujours qu’il n peut pas intervenir parce que ce sont des entreprises privées. Nous ne sommes pas d’accord avec ça», a indiqué Jean-Luc Bélanger, directeur général de l’Association francophone des aînés du Nouveau-Brunswick.

Ces mêmes associations qui ont tenu une conférence de presse jeudi pour dénoncer l’augmentation des loyers dans certains établissements réclament aussi un resserrement des règles.

«Le gouvernement réglemente tout ce qui touche les foyers de soins spéciaux au Nouveau-Brunswick, sauf les tarifs. C’est le gouvernement qui donne le permis, qui établit les critères et qui fait les inspections. Il devrait donc, quant à nous, réglementer aussi la question des tarifs», a ajouté M. Bélanger.

Les organismes représentants les aînés doivent rencontrer prochainement la ministre Harris.