L’industrie du bois d’oeuvre du N.-B. retient son souffle

L’avenir de l’industrie forestière du Nouveau-Brunswick est en train de se jouer de l’autre côté de la frontière.

Les Américains décideront la semaine prochaine s’ils imposeront une taxe sur l’importation du bois d’oeuvre canadien qui pourrait atteindre jusqu’à 40%.

Une barrière tarifaire de cette ampleur pourrait avoir des effets dévastateurs sur l’industrie forestière néo-brunswickoise qui dépend des États-Unis pour 90% de ses exportations de bois d’oeuvre.

Le sort de 25 scieries détenues par 14 entreprises est en jeu dans la province. Les emplois de 22 000 Néo-Brunswickois dépendent directement ou indirectement de l’industrie forestière.

La ville de Saint-Léonard est l’une de ces communautés qui pourraient être durement touchées par les sanctions américaines.

La scierie Grande Rivière de la forestière J.D. Irving, est le principal employeur de la région.

«C’est vraiment une crainte que ça puisse nuire. On parle d’un grand nombre d’employées. Si les exportations diminuent beaucoup à cause de cette taxe, ça va probablement réduire le nombre d’emplois. Ça pourrait peut-être aller jusqu’à la moitié», constate le maire Carmel St-Amant.

Il estime qu’environ 500 emplois sont liés directement ou indirectement aux activités du moulin.

«Ça fait beaucoup de monde. Ça ne serait pas seulement dommageable pour Saint-Léonard, mais pour toute la région du Nord-Ouest.»

J.D. Irving n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.

L’imposition de la taxe par le département du Commerce américain est rendue possible en raison de l’expiration l’an dernier de l’accord sur le bois d’oeuvre entre le Canada et les États-Unis.

Le gouvernement américain accuse les autorités canadiennes depuis des années de subventionner injustement l’industrie forestière ce qui donnerait à leur avis un avantage indu aux producteurs canadiens sur le marché américain.

Les Provinces atlantiques ont réussi dans le passé à se faire exempter des tarifs américains sur le bois d’oeuvre en raison du caractère unique du marché dans la région.

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick est déterminé à obtenir à nouveau une exemption du même genre, même si rien ne garantit que les États-Unis trancheront en sa faveur.

«Nous prendrons toutes les mesures mises à notre disposition pour contester une décision défavorable s’il y a lieu pour appuyer notre industrie et nos communautés», a assuré le ministre responsable de la Politique d’expansion du commerce du Nouveau-Brunswick, Roger Melanson, lors d’une conférence de presse à Fredericton, vendredi.

«Nous allons continuer à propager le message que les producteurs de bois d’oeuvre du Nouveau-Brunswick ne sont pas subventionnés et qui n’y a aucune raison de croire que les scieries du Nouveau-Brunswick devraient être assujetties à des droits compensateurs», a ajouté son collègue du ministère du Développement de l’énergie et des ressources, Rick Doucet.

Le gouvernement provincial a mis sur pied un groupe de travail pour évaluer les répercussions possibles. Les élus ont promis de mitiger les impacts d’une barrière tarifaire sur les travailleurs et les communautés, sans préciser les mesures auxquelles ils pourraient avoir recours.

La province devra cependant faire preuve de prudence pour ne pas offrir un soutien qui pourrait être perçu par les Américains comme une autre intervention démesurée de l’État dans les affaires de l’industrie, a précisé le ministre Doucet.

«Nous savons que les risques sont réels.»

Rick Doucet a fait appel au sens des affaires du président américain, Donald Trump, pour le convaincre que le Nouveau-Brunswick ne devrait pas faire partie de ce conflit.

«Quand il va comprendre les faits concernant notre situation, je suis certain qu’il comprendra pourquoi le Nouveau-Brunswick devrait être exempté.»
M. Trump a accusé le Canada, mercredi, d’utiliser l’Accord de libre-échange nord-américain pour faire injustement compétition avec les producteurs de bois d’oeuvre des États-Unis.

Le département américain du Commerce rendra la première d’une série de décisions sur le bois d’oeuvre le mardi 25 avril. Une première taxe à l’importation pourrait entrer en vigueur quelques jours plus tard.

Plusieurs mois pourraient s’écouler avant que le Nouveau-Brunswick n’obtienne une exemption, s’il réussit à l’obtenir.

L’Association des producteurs de bois d’oeuvre du Nouveau-Brunswick, qui rencontraient les élus provinciaux à Fredericton, vendredi, a refusé de commenter le dossier.