La pénurie d’infirmières risque de s’aggraver au Nouveau-Brunswick

Dans les hôpitaux comme dans les foyers de soins, le manque de personnel infirmier se fait sentir. Le problème se posera de plus en plus à l’avenir alors que la relève est insuffisante.

De 2011 à 2016, le nombre d’infirmières immatriculées est passé de 9067 à 8625 au Nouveau-Brunswick. Pendant ce temps, les besoins sont devenus de plus en plus importants alors que la population vieillit.

«Nos membres nous disent qu’ils travaillent régulièrement en sous-effectif. C’est un problème grandissant», affirme Paula Doucet, présidente du Syndicat des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick.

Elle ajoute que cette charge de travail supplémentaire se répercute souvent sur les patients.

«Chaque fois qu’il y a un manque d’effectif, ça compromet les soins. Nous faisons de notre mieux pour soigner les patients et définir les priorités, mais ça devient difficile de fournir un service de qualité. Les traitements peuvent être retardés», admet l’infirmière.

Les infirmières n’échappent pas à la tendance démographique: la moyenne d’âge s’élève dans la profession.

Actuellement, 43% des infirmières au Nouveau-Brunswick ont plus de 50 ans, soit près plus de 3500 personnes. À titre comparatif, à peine 34% des infirmières avaient plus de 50 ans en 2007.

Le manque de personnel risque donc se faire sentir de plus en plus en plus au cours des prochaines années. En effet, les nouvelles recrues ne suffisent pas à compenser les nombreux départs à la retraite.

«Le métier d’infirmière est devenu difficile. Pour les jeunes, ce n’est pas forcément une carrière qui arrive en haut de la liste», estime Paula Doucet.

Un recrutement insuffisant

Pierre Godbout, directeur de l’École de sciences infirmières de l’Université de Moncton, constate une tendance à la baisse des admissions. En 2009, le programme avait permis de former 102 nouvelles infirmières. En 2016, seulement 85 étudiantes et étudiants ont décroché leur diplôme.

«Cette pénurie deviendra plus grave si la tendance se maintient. Les modèles de prévision statistiques montrent qu’il faudrait que beaucoup plus d’infirmières soient diplômées pour renverser la vapeur, reconnaît M. Godbout.

Le responsable du programme fait la promotion du cursus en visitant régulièrement les écoles secondaires de la province.

«On aimerait recruter davantage et perdre moins d’étudiants qui changent de programme. On y travaille avec acharnement, mais on soupçonne qu’on va déjà chercher le maximum dans les écoles secondaires, étant donné la baisse démographique.»

Seul point positif, le taux de placement des diplômés en soins infirmiers frôle le 100%. «Dans un contexte de difficultés économiques, c’est un élément d’attrait qu’on essaie de vendre», souligne Pierre Godbout.

Du côté du ministère de la Santé, on assure prendre les devants face à la pénurie. Un comité collaboratif provincial est chargé de se pencher sur cet enjeu et de proposer des pistes de solution.

«Les conseillers en recrutement des régies régionales de la santé participent annuellement à des journées de recrutement organisées par les divers programmes universitaires, à la fois au Nouveau-Brunswick et hors province, entre autres, au Québec et en Ontario», écrit une parole-parole dans un courriel.

En revanche, le ministère n’a pas pu nous indiquer combien d’infirmières supplémentaires seraient nécessaires pour répondre aux besoins de la province.

L’Acadie Nouvelle a contacté les réseaux de santé Vitalité et Horizon pour connaître le nombre de postes d’infirmières à combler dans chaque régie. Nos demandes n’ont pas abouti avant l’heure de tombée.

Des répercussions dans les foyers de soins et les hôpitaux

Le manque de personnel infirmier a fait les manchettes à plusieurs reprises au cours des derniers mois.

À Moncton, la Villa du Repos, une résidence pour personnes âgées, laisse 60 de ses lits vides faute de trouver des employés. Au même moment, près de 600 personnes attendaient un lit dans un foyer de soins en janvier.

Le manque de personnel au Domaine des Bâtisseurs d’Edmundston a également été pointé du doigt à plusieurs reprises. Les proches des résidents constatent l’épuisement du personnel et se plaignent des soins prodigués.

«Il est difficile de recruter et de retenir dans le domaine des foyers de soins parce qu’il y a moins d’infirmières par client et que les cas sont plus lourds, analyse Paula Doucet. On leur demande de faire plus avec moins, c’est pourquoi beaucoup beaucoup d’infirmières ne veulent pas aller dans les foyers de soins.»

Recours croissant aux heures supplémentaires, congés maladie à la hausse, la situation actuelle engendre des coûts pour le système de santé, note l’infirmière. «Il faut qu’on ait une discussion avec les employeurs pour remédier au problème des postes vacants afin que tous les Néo-Brunswickois aient la qualité de soins qu’ils méritent», dit-elle.

Selon Pierre Godbout, le diagnostic est semblable dans certains hôpitaux.

«Le milieu hospitalier reste le principal employeur. On a de la misère à répondre à sa demande», dit-il.

«Tègle générale, quand une pénurie devient chronique il faut que les milieux hospitaliers adaptent le niveau de soins. Il y a un effet sur les temps d’attente et sur la qualité de vie au travail des infirmières».