Claude Roussel honoré par la Galerie Beaverbrook

MONCTON – C’est un Claude Roussel ému et reconnaissant qui se présentera à l’hôtel Delta Beauséjour de Moncton samedi alors qu’il sera honoré pour l’ensemble de son oeuvre par la Galerie d’art Beaverbrook. Le sculpteur, peintre et dessinateur d’Edmundston est le troisième artiste acadien à recevoir pareil hommage, après Marie-Hélène Allain et Roméo Savoie. 

Claude Roussel, qui est âgé de 84 ans, se dit fort touché par cet immense cadeau que lui fait la Galerie d’art Beaverbrook.

«Il y a vraiment beaucoup de choses qui se passent ces temps-ci avec le gala, l’exposition de mes maquettes à l’hôtel de ville de Moncton, l’Ordre de Moncton que je vais recevoir la semaine prochaine et l’exposition (Éros et Transfiguration) qu’il va y avoir à la Galerie d’art Louise-et-Reuben-Cohen de l’Université de Moncton (10 décembre au 1er février). Tout ça donne le tournis. C’est étourdissant. Disons que j’essaie de me calmer ces jours-ci», affirme en riant l’artiste qui habite depuis plusieurs années à Cap-Pelé. «Ça me touche beaucoup d’être honoré par la Galerie Beaverbrook et de voir mon nom associé à des artistes aussi méritants que Roméo et Marie-Hélène. Je suis également touché par la générosité des artistes (une trentaine) qui ont donné une oeuvre pour la vente à l’encan», dit-il.

Claude Roussel a décidé de dédier les célébrations de samedi à tous les jeunes artistes acadiens en arts visuels qui tentent aujourd’hui de faire leur place au soleil. 

«Être artiste, ça demande un dévouement total et je suis conscient que ce n’est pas facile de vivre de son art tout en demeurant au Nouveau-Brunswick. C’est encore plus difficile que dans mon temps avec toutes les reproductions commerciales qu’on retrouve sur le marché. Si encore ça ne concernait que des oeuvres de Picasso et d’autres artistes du genre, mais c’est bien pire», mentionne-t-il. 

«J’aimerais que chacun d’entre eux finisse par trouver sa place et le succès, surtout que j’adore l’actuel esprit de créativité qu’on retrouve chez les jeunes. C’est peut-être paternaliste ce que je dis, mais je crois qu’il n’y a rien de méchant à souhaiter le bonheur aux autres», ajoute-t-il en riant.

La présidente du Comité organisateur du Gala hommage et conseillère de la Ville de Moncton, Paulette Thériault, ne cache pas sa hâte de célébrer celui qu’elle considère comme l’un des plus grands artistes acadiens de l’histoire.

«Claude Roussel a grandement contribué à la qualité de vie des citoyens et citoyennes du Grand Moncton, affirme-t-elle. Ses œuvres honorent notre espace urbain et contribuent au rayonnement de notre ville. Ça fait quelques mois que nous travaillons là-dessus et les gens qui seront présents vont tout de suite reconnaître les couleurs de Claude dès leur entrée dans l’Hôtel Delta.»

Mme Thériault salue aussi l’ouverture d’esprit de la Galerie d’art Beaverbrook.

«J’aime que la Galerie Beaverbrook tente de se rapprocher davantage de la communauté acadienne. Ce gala est une belle façon de sortir la galerie de la capitale provinciale et d’aller dans les régions. Nous l’encourageons d’ailleurs à en faire davantage et de visiter d’autres municipalités», indique-t-elle.

Le gala débutera à 18 h avec une réception et sera suivi par un encan silencieux et des présentations de Jocelyne Roy-Vienneau, du maire, George LeBlanc, ainsi des étudiants, collègues et amis de l’artiste. À noter que l’événement est une collecte de fonds pour la Galerie d’art Beaverbrook. 

Un long et glorieux parcours

Claude Roussel a beau avoir créé des oeuvres mémorables telles que le Monument du Désastre d’Escuminac (1969), Brûlez et détruisez tout (1986), le Jardin Olympique de Séoul (1988), le Monument Clément-Cormier (1990) ou encore les deux grandes murales en mosaïque pour la Cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption de Moncton, celles de ses débuts ont une place bien spéciale dans son coeur.

Ainsi, il a toujours un attachement spécial pour La Famille, une sculpture en bois qu’il a créée à sa sortie de l’École des Beaux-Arts de Montréal en 1957.

«Je venais de me marier et j’aime le symbole que représente cette oeuvre», indique l’artiste qui est devenu à la fin des années 1950 le premier artiste à y enseigner l’art dans les écoles publiques acadiennes.

«Elle a d’ailleurs gagné plusieurs prix, dont celui de l’Exposition nationale de Toronto en 1957. Elle a même été exposée à la Galerie nationale à Ottawa», ajoute-t-il au sujet de l’oeuvre qui est désormais exposée en permanence au Musée du Nouveau-Brunswick à Saint-Jean.

Les sculptures en bois représentant le chemin de croix qu’il a réalisé entre 1953 et 1958 pour l’église Notre-Dame-des-Sept-Douleurs d’Edmundston ont également beaucoup d’importance à ses yeux.

«C’est important parce que d’abord ça se trouve dans ma paroisse natale, mais aussi parce que, en autant que je sois concerné, ç’a été le premier mouvement de renouvellement liturgique en Acadie», raconte-t-il.

Claude Roussel, qui compte déjà plus de 150 expositions – dont près d’une cinquantaine en solo – à travers le pays et ailleurs dans le monde, a reçu plusieurs distinctions au cours des 50 dernières années.

Il a reçu la médaille Allied Arts du Royal Architectural institute of Canada en 1964, la Médaille du Centenaire en 1967, la Médaille commémorative de la reine en 1977, la Médaille de l’Ordre de la Pléiade en 1982, l’Ordre du Canada en 1984, la médaille du 125e anniversaire du Canada en 1992, le prix de l’Éloize comme artiste pionnier en 1998, le titre de professeur émérite d’arts visuels de l’Université de Moncton en 1999, en plus d’être membre de l’Académie Royale des Arts du Canada depuis 1999 et membres de l’Ordre du Nouveau-Brunswick depuis 2002. Ajoutez à cela le Diplôme de médaille d’argent Arts-Sciences-Lettres de la Société couronnée par l’Académie française en 2004, le Prix du Lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick pour l’oeuvre de toute une vie dans les arts en 2005 et la Médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II. Rappelons qu’il deviendra la semaine prochaine membre de l’Ordre de Moncton.