L’histoire acadienne revue et corrigée par Mario Doucette

Près de 20 ans après avoir exposé à la Galerie Sans Nom, Mario Doucette est de retour dans ce centre afin de proposer une collection majeure, Harias, qui revisite en profondeur l’histoire acadienne.

Mario Doucette - Archives
Mario Doucette – Archives

Seul artiste acadien à avoir des œuvres acquises par le Musée des beaux-arts du Canada, l’artiste peintre de Moncton explore l’histoire de l’Acadie dans une version pas toujours romantique, c’est-à-dire celle des gens qui l’ont vécue. S’il a choisi d’intituler cette exposition Harias, c’est que l’histoire de l’Acadie a quelque chose de chaotique.

«Harias est un vieux mot acadien qui veut dire bordel. Pour moi, l’histoire acadienne c’est un peu ça, c’est-à-dire ce mélange entre le mythe et le réel», a déclaré l’artiste alors qu’il complétait l’installation de ses œuvres à la Galerie Sans Nom.

Pour l’occasion, il a repeint la galerie en vert, construit de faux planchers de bois, créé une murale, ajouté des moulures et des luminaires suspendus afin de recréer un décor d’époque et faire ressortir ses œuvres aux cadres imposants. C’est assez impressionnant comme environnement visuel. Au coeur de cette salle se trouve une peinture du marquis de Boishébert et une statue de marbre du héros acadien, réalisée par l’artiste québécoise Pascale Archambault, d’après une idée originale de Mario Doucette.

«Dans les musées d’art contemporain, c’est blanc avec un plancher de ciment, ce qui est excellent pour l’art moderne, mais pour des œuvres historiques, ça ne marche pas, surtout quand j’encadre mes peintures. Dans les grands musées où il y a des peintures historiques, les salles sont souvent d’une certaine couleur», a expliqué l’artiste-peintre qui s’est inspiré d’une galerie d’art de Vienne en Autriche pour réaliser le décor de son exposition.

L’objectif est de transporter les visiteurs dans un autre univers, celui d’un musée historique. Deux grandes huiles sur bois réalisées d’après la peinture, La Dispersion des Acadiens, du peintre français Henri Beau (collection du Musée acadien) qui a remporté la médaille de bronze au Salon de Paris en 1903, figurent dans cette collection. Mario Doucette a choisi d’en créer deux versions, soit une qui reprend celle du peintre français où les gens sont soumis et une seconde où les Acadiens se révoltent et résistent aux Anglais à Grand-Pré. D’après Mario Doucette, c’est cette version qu’aurait dû peindre Henri Beau.

«Je corrige sa peinture et j’invente d’autres choses», a commenté l’artiste rappelant que l’histoire est souvent racontée par les vainqueurs et qu’on oublie parfois celle des acteurs.

Celui qui se consacre à la peinture historique depuis 2004, emprunte de plus en plus un style réaliste tout en y suggérant un commentaire politique. Tous les personnages qui se trouvent dans ses œuvres ont été créés à partir de modèles.

«Avant, toutes les scènes que je peignais étaient dans ma tête et maintenant, j’utilise des modèles pour être plus réaliste.»

L’exposition comprend aussi une série de gravures, dont une œuvre sur Louis J. Robichaud représenté lors de son assermentation et une autre sur le génocide du peuple micmac en Nouvelle-Écosse.

Pour réaliser ses tableaux, Mario Doucette effectue énormément de recherches. Ses deux grandes oeuvres sur la dispersion des Acadiens ont nécessité plus d’une année de travail et une cinquantaine de dessins. Si certains artistes en art contemporain s’éloignent de l’histoire et de la Déportation, le Monctonnien plonge avec passion dans cette histoire. Toutefois, sa façon de l’aborder innove puisqu’il remet en question certains éléments de cette épopée.

Depuis sa toute première exposition à la GSN en 1997, son travail a évolué de façon considérable. Celui qui a déjà dirigé la galerie pendant trois ans est heureux de se retrouver dans ce centre d’artistes pour exposer.

«C’est vraiment un luxe de faire ceci parce que dans beaucoup d’endroits c’est très réglementé. Dans les centres d’artistes, on nous donne carte blanche», a ajouté Mario Doucette, dont les œuvres ont été exposées sur la scène nationale et internationale.

Le vernissage de son exposition se tient vendredi, de 19h à 22h. Un souper sera présenté le 28 juillet dans la galerie d’art où le chef Michel Savoie du restaurant Les Brumes du Coude préparera de la cuisine acadienne du 18e siècle. Les places sont limitées puisque seulement 25 billets (50$) sont mis en circulation. Il s’agit d’une activité de financement de la GSN. L’exposition Harias est en montre jusqu’au 2 septembre. Par la suite, elle voyagera probablement à Montréal et à Toronto.