Le chant choral en Acadie, une histoire de passion (vidéo)

Le chant choral qui se perpétue d’une génération à l’autre serait-il en perte de vitesse? À en juger par le nombre de chorales et la passion qui anime les choristes en Acadie, cette tradition semble être là pour rester même si elle est invitée à se moderniser.

L’Acadie Nouvelle a rencontré quelques choristes de la région de Moncton pour discuter de leur amour pour le chant. Ils sont âgés de 10 à 60 ans.

Juste dans la région du sud-est du Nouveau-Brunswick, on compte au moins cinq chorales francophones communautaires, en plus des choeurs d’église. Pour ces ensembles, la période des Fêtes constitue un moment fort de l’année et les répétitions s’intensifient.

«Quand on chante ensemble, il y a une magie qui s’opère. C’est très difficile d’expliquer ce qu’on vit à quelqu’un qui ne chante pas dans une chorale. Dans les choeurs de femmes, il y a cette communion et cette union-là. Moi je suis une maman, j’ai un travail à temps plein, j’arrive ici avec la broue dans le toupet, mais je m’assois ici et pendant deux heures je suis moi-même. Je ne pense à rien et je me laisse porter par la musique», a déclaré Lise Cormier, une enseignante de Dieppe qui fait partie de la chorale Voce dell’Anima.

Ils sont 55 femmes de tous les âges à faire partie de cet ensemble. La directrice de la Chorale Voce dell’Anima, Monette Gould, souligne qu’elle n’a pas de problème de recrutement. Celle qui chante et qui dirige des chorales depuis 28 ans ne pourrait pas s’en passer malgré son horaire très chargé.

Elle enseigne le chant dans deux universités, dirige l’Atelier d’opéra de l’Université de Moncton et donne des leçons privées.

«Premièrement, c’est ma thérapie tous les mardis soirs. Quand j’entends les voix en harmonie, c’est ma passion. Ces femmes-là, je les aime. Nous avons une relation particulière, on rit beaucoup. C’est comme si on s’offrait ces deux heures-là à nous-mêmes. Il y a aussi un aspect social. On se raconte des histoires. Il y en a qui sont dans leur crise d’adolescence et d’autres dans leur crise de ménopause», a-t-elle mentionné.

Lydie-Anne Ruest-Belliveau, âgée de 15 ans, confie que le chant choral a changé sa vie.

«Pour moi, la musique c’est presque une thérapie et quasiment une religion. Au lieu de prendre des médicaments ou des antidépresseurs, je chante. Il y en a qui me trouve originale parce que je chante dans une chorale, mais tout le monde me respecte parce que je suis dans une chorale avec Monette Gould», a raconté la jeune fille qui confie avoir vécu de l’intimidation par le passé.

Le chant lui a permis d’acquérir de la confiance et de faire partie d’un groupe. Elle aime se retrouver dans un groupe à l’extérieur de l’école qui rassemble des gens de tous les âges.

Un rendez-vous social entre générations

Au-delà de la musique, les chorales constituent un rendez-vous social entre les générations. Solange Dupuis, âgée de 17 ans, souligne que chaque semaine, elle a hâte d’entendre les histoires de chacune. Elles sont devenues des amies.

La chorale de la cathédrale de Moncton. Photo Gracieuseté.
La chorale de la cathédrale de Moncton. Photo Gracieuseté.

«C’est la communauté, le lien entre les personnes parce que ça rallie tous les genres de personnes, que tu sois introvertie ou extrovertie. Il y a une place pour tout le monde dans une chorale et on sent qu’on fait partie d’une famille», a-t-elle mentionné, précisant que la chorale ne représente pas un travail pour elle, bien que ce soit exigeant.

Elles doivent apprendre de nouvelles pièces pour chaque concert. En plus des répétitions hebdomadaires, elles pratiquent à la maison, dans leur auto, en se préparant pour aller au travail.

Monique Cormier-Daigle chante dans des chorales depuis plus de 40 ans. Elle a commencé à l’École Sainte-Bernadette puis à l’École Beauséjour avec Sr Lorette Gallant. Aujourd’hui, l’infirmière de profession fait partie du Choeur Beauséjour, dirigé par Monique Richard. C’est sa mère qui lui a transmis la passion de la musique et du chant.

«C’est quelque chose qui nous transforme comme individu. Il y a énormément de bienfaits dans le chant choral. Nous avons tellement vécu de choses ensemble depuis notre jeunesse. On s’est vu se marier, avoir des enfants, des adolescents. C’est incroyable, la complicité qui se dégage quand tu fais partie d’un groupe pendant aussi longtemps», a raconté la choriste, soulignant que l’âge moyen des choristes se situe autour de la cinquantaine.

Chaque fois qu’une jeune choriste se joint au choeur, les membres de la chorale se demandent si elle va rester puisque c’est un engagement exigeant.

«Il n’y a pas un seul concert qui se ressemble et ce sont toujours des nouvelles pièces. Quand on apprend du nouveau matériel, c’est plus stressant, mais aussitôt que l’on connaît bien sa musique et qu’on chante, c’est quasiment ésotérique. On entre dans une zone et c’est tellement beau qu’on dirait que c’est comme un cadeau chaque fois. Ça nourrit l’âme», a-t-elle exprimé.

Se moderniser…

Lise Cormier considère que les chorales doivent se moderniser si elles veulent garder l’intérêt des membres et des plus jeunes pour ainsi assurer une relève.

«Moi les mardis soirs, il y a une panoplie de choses que je peux faire, alors il faut qu’il y ait quelque chose ici qui me stimule et qui m’attire. J’ai le goût de faire partie de ça et d’aller voir le monde qui fait partie de ça. Les chorales qui durent c’est probablement les chorales qui ont réussi à se moderniser», a-t-elle fait valoir.

Solange Dupuis assure que les chorales communautaires comme Voce dell’Anima, proposent un répertoire très varié, allant de la musique populaire comme celles d’Abba, des Beatles, au traditionnel, en passant par le jazz, le classique, le folklore, les musiques du monde pour ne nommer que ceux-là.

«Ce sont des chansons qui sont le fun à chanter. Dès qu’on commence à chanter, on entend l’énergie», a-t-elle ajouté.