«Chanter c’est rendu cool!», soutient Nadine Hébert

La chef de choeur Nadine Hébert estime que les chorales acadiennes ont une couleur particulière dans la voix et l’interprétation, une pureté et une authenticité qui leur sont propres.

«C’est dans notre passé qu’on porte tous avec nous. Il y a une espèce de cri pour dire qu’on est encore ici et qu’on chante», assure Lise Cormier, de la chorale Voce dell’Anima.

Les Jeunes chanteurs d’Acadie et Le Choeur Beauséjour, deux fleurons du chant choral en Acadie, se sont illustrés sur la scène nationale en étant retenu parmi les 19 finalistes du concours Choeur d’ici, chanson d’ici sur Ici Musique dans le cadre du 150e anniversaire du Canada.

La directrice des Jeunes chanteurs d’Acadie et des Amis de la chanson, Nadine Hébert, souligne que même si les grandes villes du pays ont des chorales composées parfois d’une centaine de choristes, il reste qu’en Acadie, les choeurs peuvent être aussi bons.

«La remarque que j’ai souvent entendue à la suite de nos participations dans des festivals internationaux, des concours et des rassemblements, c’est que les chorales de l’Acadie ont un son propre à elles. C’est léger, c’est pur et notre son est vrai. Il est ressenti. Ils vivent les chansons, le texte et ils paraissent joyeux sur scène et ça se transmet par leurs expressions», a déclaré Nadine Hébert, dont la chorale rassemble un nombre record de membres cette année après avoir connu un léger ralentissement.

Quarante-cinq choristes âgés de 10 à 18 ans composent ce choeur, fondé il y a bientôt 50 ans par Sr Lorette Gallant. Il figure parmi les seules chorales communautaires francophones d’enfants au Nouveau-Brunswick.

D’après Nadine Hébert, l’arrivée des concours télévisés comme la Voix et plus récemment Crescendo de Gregory Charles contribue à relancer le chant auprès des jeunes.

«Chanter c’est rendu cool!», lance la petite-nièce de Sr Lorette Gallant. En reprenant le flambeau de la direction chorale, il y a 11 ans, Nadine Hébert a apporté sa touche personnelle au répertoire tout en maintenant la tradition de discipline, de rigueur et d’excellence léguée par sa prédécesseure. Les enfants viennent de tous les milieux et elle leur demande surtout de l’engagement et de la passion.

«La seule condition pour l’audition, c’est qu’ils soient capables de chanter Bonne fête ou Ô Canada, mais ils doivent être conscients de l’engagement. Dans 12 ans, ça m’est arrivé seulement deux fois qu’un enfant n’ait pas une oreille musicale.»

Une affaire de filles?

Antoine Vautour figure parmi les trois garçons qui font partie des Jeunes Chanteurs d’Acadie. D’ailleurs, c’est un phénomène observé dans plusieurs chorales. Les hommes sont beaucoup moins nombreux.

Avant de se joindre aux Jeunes chanteurs d’Acadie, Antoine Vautour chantait avec les Amis de la chanson. Il s’intéresse au chant depuis longtemps et il a même suivi des leçons privées. Sa mère Nadine Vautour souligne qu’aussitôt qu’il a appris à parler, il s’est mis à chanter.

«Je trouve ça amusant de pouvoir chanter notre partie et d’entendre une harmonie quand on chante. C’est quand même assez de travail parce qu’on doit être là chaque lundi et un samedi par mois. Je répète aussi à la maison pour apprendre les pièces. Parmi mes amis, il y en a qui disent que les chorales c’est cool, mais il y en a d’autres qui disent que c’est pas trop cool», a exprimé le jeune choriste qui aime faire partie de cet ensemble parce qu’il se retrouve avec d’autres enfants qui ont tous la même passion que lui.

La relève

Selon la chef des choeurs Beauséjour et Louisbourg, Monique Richard, le grand défi des chorales communautaires à voix mixtes est d’attirer la jeunesse et de recruter des hommes pour équilibrer les voix de femmes.

«Les jeunes garçons ne sont pas exposés beaucoup au chant choral. On dirait qu’on les perd après les petits niveaux. Dans le choeur du département de musique à l’Université de Moncton (qu’elle dirige), j’ai des jeunes hommes en musique qui découvrent leur voix pour une première fois. Au début, ils sont un peu timides et quand ils découvrent qu’ils ont une voix, il y a tout un intérêt qui s’éveille», a commenté Monique Richard

Pour elle, le chant choral développe tous les aspects d’une personne.

«Chanter fait toutes ces connexions entre le physique, l’âme et l’intellect. La chorale est aussi une occasion pour les jeunes de socialiser, d’appartenir à un groupe, à une équipe qui s’exprime par le chant», a-t-elle poursuivi.

Avec le Choeur Louisbourg, elle a commencé à élaborer un projet afin de stimuler et de soutenir le développement du chant choral en milieu scolaire. Actuellement, il y a surtout des chorales dans les écoles primaires, mais très peu au niveau secondaire. Elle rappelle qu’à une certaine époque, chaque école et chaque paroisse avait sa chorale, mais les temps ont changé et les jeunes ont maintenant un vaste choix d’activités.

«L’adolescence, c’est un temps où il faut trouver des formules gagnantes et innover pour nos chorales. Il faut aussi trouver du répertoire francophone plus attrayant pour les jeunes», a ajouté la chef de choeur.