Les coups de cœur culturels de 2016 (troisième partie)

Pas facile de faire des choix parmi toutes les activités artistiques, tellement l’année a été bouillonnante sur le plan culturel. Je vous propose donc une sélection de 12 coups de cœur au lieu de dix. Encore une fois, j’ai privilégié les productions d’ici, tout en faisant quelques incursions dans l’univers de créateurs d’ailleurs. Voici des œuvres, des spectacles et des artistes qui m’ont touchée, fait réfléchir et transportée dans un voyage que je suis loin d’oublier.

Marie-Jo Thério, On a tous une Lydia Lee

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Qu’est-ce qui se passe dans la tête de Marie-Jo Thério? Chose certaine, il y a énormément de créativité. Bienvenue dans l’univers déjanté de cette auteure-compositrice-interprète qui a offert en 2016 son spectacle On a tous une Lydia Lee inspiré de son album double Chasing Lydia paru en 2011. Ce voyage musical inspirant, original et complètement fou mariant le théâtre, la musique et le multimédia rend hommage à sa grand-tante Lydia LeBlanc. On se transporte à l’époque des cabarets de la fin des années 1920. Pour ce périple créé dans le cadre du centenaire du Centre culturel Aberdeen, la chanteuse s’était entourée d’une équipe de 15 artistes, dans une production mise en scène par Brigitte Poupart. Comme le public qui l’a saluée par une vibrante ovation, je me suis laissée porter par la poésie de cette grande artiste de Moncton.

Mentana, Inland Desire

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Le public a connu Robin Joël Cool comme comédien, mais il est aussi auteur-compositeur-interprète. Son groupe Mentana, qu’il a formé notamment avec sa compagne de vie Viviane Audet, a fait paraître en 2016 un premier disque, Inland Desire, sous l’étiquette Ste-4 Musique. Un projet musical savoureux qui évoque les paysages de l’Ouest tout en étant ancré dans le folk des Maritimes avec quelques incursions dans la poésie et les rythmes autochtones. J’ai eu un grand coup de cœur pour cet album qui a même trouvé écho jusqu’en Allemagne. En écoutant leurs chansons qui s’apparentent à de petits scénarios de films, des images défilent devant nos yeux. Espérons qu’en 2017, le quintette présentera des concerts au Nouveau-Brunswick.

Joey Robin Haché, Stigmates

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Après avoir fait paraître un premier album Repaver l’âme en 2014 qui m’avait laissé un peu sur ma faim, le chanteur folk Joey Robin Haché nous est revenu en 2016 avec un deuxième opus, Stigmates, sous l’étiquette Le Grenier Musique qui m’a séduite. C’est un album de contrastes avec une touche symphonique qui navigue à travers les émotions. Il y a de l’intensité et de l’ampleur, mais aussi des chansons plus introspectives et philosophiques comme Là-haut. Ce disque vaut vraiment le détour. Sébastien Michaud signe la réalisation de ce projet qui explore diverses avenues musicales. Plusieurs musiciens, dont un quatuor à cordes de l’Ensemble Tutta Musica, ont collaboré à l’enregistrement. Son disque a été récompensé au Gala de la musique de la côte Est.

Anne Plamondon, Les mêmes yeux que toi

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Après avoir dansé dans plusieurs collectifs dont le Groupe Rubberband, Anne Plamondon a créé un premier solo audacieux, Les mêmes yeux que toi, sur le thème de la maladie mentale. Troublante et déstabilisante, cette œuvre qui a été présentée au Festival de danse en Atlantique en octobre m’a touchée profondément. J’en suis sortie émue et émerveillée. Cette artiste de la danse lumineuse à la fois fragile et puissante nous emporte. Anne Plamondon a créé ce spectacle à partir de sa propre expérience avec son père qui était atteint de schizophrénie paranoïde. Dans une mise en scène épurée de Marie Brassard, sur un fond de lumière grise, elle arrive à transmettre ce profond malaise qui s’installe dans l’esprit.

Amanda Dawn Christie, Ombres des ondes courtes

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Lauréat de la Vague du meilleur documentaire au 30e Festival international du cinéma francophone en Acadie (FICFA), le film d’Amanda Dawn Christie sur les tours de radiodiffusion internationale du marais Tantramar, témoigne d’une époque révolue. Portée par de superbes images et le discours de gens qui ont été touchés par ces tours, cette œuvre nous transporte à travers une expérience contemplative plutôt étonnante. La démarche de cette cinéaste de Moncton qui s’intéresse à l’art sonore depuis longtemps est singulière et originale. Elle a travaillé pendant plusieurs années avec acharnement à l’achèvement de ce documentaire atypique et très important.

Le Clan

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Tourné en grande partie dans le Sud-Est du Nouveau-Brunswick, ce thriller psychologique a terminé sa route en 2016 après deux saisons diffusées sur les ondes de Radio-Canada. Merveilleusement interprétée par une distribution composée d’acteurs québécois et acadiens, dont Denise Bouchard, André Roy, Anika Lirette et Marc Lamontagne, cette série captivante a suscité beaucoup d’intérêt tant au Québec qu’en Acadie. Il y a même eu une pétition qui a circulé pour essayer de poursuivre la série. Peu de téléséries sont tournées en Acadie, ce qui apporte un propos différent et une facture visuelle originale, se démarquant des séries dramatiques produites dans les grands centres comme Montréal. Réalisé par Jim Donovan sur un scénario de Joanne Arseneau, Le Clan est une coproduction Acadie-Québec.

Tire le coyote

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Quel beau coup de cœur pour Tire le coyote, projet solo du Sherbrookois Benoit Pinette, qui depuis sept ans se faufile lentement mais sûrement à travers le paysage musical francophone au pays. Cette année, il s’est arrêté à deux reprises à Moncton: au Festival Frye et à la FrancoFête en Acadie. Chaque fois, il a offert de très beaux moments. Le chanteur à la voix un peu chevrotante qui atteint des hauteurs étonnantes nous transporte à travers une poésie sans faille qui relève de la haute voltige. Il propose un folk solide, soulevé par quelques envolées blues et rock. Son plus récent album Panorama s’est taillé une place de choix auprès de la critique et du public.

Viola Léger

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Après plus de 40 ans sur scène, la comédienne Viola Léger continue de nous éblouir. En plus d’avoir revêtu les habits de la célèbre Sagouine pour une 45e année, elle a été l’objet d’un documentaire réalisé par Rodolphe Caron longuement salué par la foule à l’ouverture du 30e Festival international du cinéma francophone en Acadie. Dans ce film, on découvre toute l’humanité et la rigueur de la comédienne. Sur la scène du théâtre l’Escaouette, cet hiver, le public l’a acclamée. L’inimitable Viola Léger livre encore une prestation criante de vérité et d’authenticité. Si l’univers de l’auteure Antonine Maillet nous apparaît parfois éloigné de la réalité d’aujourd’hui, il reste que le propos est toujours aussi pertinent et touchant.

Festival Inspire, la murale de Dan Kitchener

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Chaque jour, en me rendant au travail, j’admire l’immense murale du peintre et illustrateur britannique Dan Kitchener sur le mur d’un commerce de la rue Robinson. Cette fresque qui illustre une scène de ville sous la pluie est fascinante. On y voit les phares des voitures qui se reflètent dans l’eau et les passants se balader sous la pluie. L’artiste qui a été invité par le Festival Inspire à réaliser cette œuvre, raconte qu’il s’est inspiré d’un voyage à Tokyo. Avec sa murale, il a réussi à embellir et à illuminer un coin de la ville qui était plutôt sombre et gris avant.

L’art textile de Marjolaine Bourgeois

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Avec son art inspiré et réalisé avec du tissu, Marjolaine Bourgeois propose de réfléchir à l’état du monde. Cette artiste de Moncton qui est invitée à participer à des événements en arts visuels à travers le monde a présenté cet automne une exposition majeure à la Galerie du Centre des arts et de la culture de Dieppe. L’exposition Une big picture en noir et blanc… a rassemblé dix installations composées de plusieurs techniques et médiums: tissus, estampes, collages, couture, peintures, assemblages. Il y a une multitude d’images et de détails à découvrir dans ses œuvres d’une grande beauté qui ont une touche humoristique.

Myriam LeBouthillier, Un violon sous la mer

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Premier roman de Myriam LeBouthillier, Un violon sous la mer (Éditions Druide) plonge dans une saga familiale au tournant du XXe siècle en Europe. Bien ficelée, cette intrigue captivante nous fait découvrir une écrivaine au talent très prometteur. Dans cette première œuvre, elle raconte l’histoire de Mathias qui prend en charge un enfant dont il n’est pas le père. Sur la route du retour avec ce garçon qu’il ne connaît pas, il tentera de se réconcilier avec son passé trouble. Le livre qui rassemble des personnages colorés nous amène à voyager en Autriche, en Suisse, en France et en Écosse. Myriam LeBouthillier, qui a grandi au Madawaska, habite maintenant à Québec où elle enseigne la littérature au Cégep.

Anaïs Barbeau-Lavalette, La femme qui fuit

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Son film Inch’Allah m’avait particulièrement plu et cette année, j’ai plongé dans son roman La femme qui fuit (Les Éditions Marchand de feuilles) qui m’a touché profondément. Dans ce livre, elle raconte l’histoire de sa grand-mère Suzanne Meloche qu’elle n’a pas connue. L’artiste et poète qui a côtoyé les signataires du manifeste Refus global (1948) et qui a fondé une famille avec le peintre Claude Barbeau a abandonné très tôt ses deux enfants, dont la mère de l’auteure. Dans La femme qui fuit, Anaïs Barbeau-Lavalette remonte le cours de sa vie, sans poser de jugement. Ce livre paru en 2015 a récolté plusieurs honneurs, dont Le Prix France-Québec et le Prix des libraires du Québec. L’écrivaine et cinéaste qui devait participer au Festival Frye a dû annuler sa visite. Espérons qu’elle se reprendra en 2017.