Phil Comeau: personnalité culturelle de l’année 2016

Aimé du public et de la critique, Phil Comeau a connu une année 2016 exceptionnelle. Couronné de plusieurs prix et distinctions, le réalisateur et scénariste a offert quatre nouvelles productions, dont le film touchant Zachary Richard, toujours batailleur. L’Acadie Nouvelle a voulu se joindre à cette vague de reconnaissance en lui accordant le titre de Personnalité culturelle de l’année.

En plus de son long métrage sur la quête identitaire de Zachary Richard, il a réalisé en 2016 un court métrage personnel, Belle-Île-en-Mer, île bretonne et acadienne, une série web Cousins, cousines de la Louisiane et le vidéoclip de la chanson thème du film sur Zachary Richard, Ce médaillon.

Le cinéaste a reçu une pluie de récompenses cette année. L’Ordre du Nouveau-Brunswick, l’Ordre de la Pléiade de l’Organisation internationale de la francophonie, en plus de compléter un tour du chapeau au 30e Festival international du cinéma francophone en Acadie. Le documentaire Zachary Richard, toujours batailleur a été récompensé à la fois du public et du jury.

En 40 ans de carrière, il a réalisé une centaine de productions et récolté 45 prix dans des festivals de film à travers le monde, mais rarement dans son Acadie natale.

«Cette année, ç’a été surtout une reconnaissance du Nouveau-Brunswick qui m’a fait beaucoup plaisir parce que je n’ai pas gagné beaucoup de prix ici. Au FICFA, j’ai eu plusieurs fois des prix du public, mais jamais de prix du jury. C’est l’année la plus grosse en terme de reconnaissance du Nouveau-Brunswick», a affirmé le cinéaste, qui n’a toutefois pas le sentiment d’avoir travaillé plus fort cette année.

Certains courent des marathons pour se sentir vivants. Phil Comeau fait du cinéma. C’est sur un plateau de tournage ou en salle de montage qu’il se sent bien vivant. Le cinéaste qui a soufflé ses 60 chandelles, entend consacrer le reste de sa carrière à réaliser des films sur l’Acadie.

«J’aime ça et je me sens plus vivant quand je suis en tournage et en montage», a exprimé celui qui a entrepris un nouveau projet de deux documentaires d’une heure, Vague d’Acadie, sur le rayonnement des musiciens acadiens dans la Francophonie. Il suivra alors l’auteur-compositeur-interprète Joseph Edgar.

Le tournage se déroulera au printemps et la série pour Radio-Canada sera probablement terminée à l’automne.

Phil Comeau soutient que les questions identitaires seront toujours présentes directement ou indirectement dans ses films. Pour le court métrage Belle-Île-en Mer (lauréat de la Vague du meilleur court métrage acadien au FICFA) qu’il a réalisé de façon indépendante, il y a même investi une somme de 7000$.

«C’est de la passion. Il fallait absolument que je fasse ce film-là, c’était plus fort que moi. J’avais eu une petite bourse du conseil des arts et de l’ONF, mais ce n’était pas suffisant. Pour moi, la diaspora est quelque chose qui me tient beaucoup à coeur. Dans cette ère de mondialisation, je trouve ça important qu’on se connecte avec du monde qui nous ressemble», a confié celui qui arrive à faire ressortir les émotions dans ses œuvres.

Le producteur Jean-Claude Bellefeuille (Zachary Richard, toujours batailleur), qui a travaillé avec le cinéaste sur trois projets, souligne sa rigueur, sa passion, sa sensibilité et sa détermination.

«Il essaie d’aller chercher toute la sensibilité pour que les téléspectateurs puissent sentir le sujet. C’est un travailleur ardu. C’est plaisant de travailler avec lui parce que les échanges sont nombreux. Il croit en ce qu’il fait. C’est un passionné. On ne peut pas arrêter les passionnés, on peut seulement leur permettre d’aller plus loin. Dans son cas, il ne lâche pas le morceau», a commenté Jean-Claude Bellefeuille, précisant que le documentaire sur Zachary a été acheté par TV5 Monde.

Pour chaque projet de long métrage, les producteurs et les cinéastes réalisent l’impossible. Phil Comeau mentionne que même s’il fait des films depuis 40 ans, tout est à recommencer à chaque fois.

«La seule différence avec moi ou quelqu’un de la relève, c’est que quand je téléphone à quelqu’un, on retourne mon appel alors que dans les premières années, je pouvais laisser des messages chez des producteurs et parfois je ne recevais jamais de réponses. Gagner des prix, c’est flatteur, mais ce n’est pas ça qui nous amène le prochain contrat.»

Plaidoyer pour le cinéma néo-brunswickois

Quand il a été admis dans l’Ordre du Nouveau-Brunswick, le réalisateur a fait valoir au premier ministre du Nouveau-Brunswick, Brian Gallant, l’importance de soutenir davantage le milieu du cinéma. Il souhaite ardemment que le gouvernement provincial prenne conscience de l’impact du cinéma pour l’ensemble de l’économie du Nouveau-Brunswick.

«En ce moment, tout ce qu’il donne, c’est 2,5 millions $ alors que la province voisine (la Nouvelle-Écosse) donne 20 millions $. Ce n’est pas assez, il faudrait que le budget soit beaucoup plus élevé pour qu’on puisse faire plusieurs séries de fiction et documentaires. L’industrie du cinéma, ce n’est pas juste des salaires, des hôtels, des indemnités, des restaurants. On amène aussi du tourisme au Nouveau-Brunswick. Les gens voient nos films et ils ont le goût d’en connaître plus sur l’Acadie. Je ne comprends pas pourquoi le gouvernement ne comprend pas ça. En fait, il devrait investir dans toute la culture», a-t-il déclaré.

Les origines de Phil Comeau

Le cinéaste natif de la Baie Sainte-Marie en Nouvelle-Écosse, qui a vécu à Montréal et qui habite maintenant à Moncton, a réalisé ses deux premiers films La cabane et Les gossipeuses à l’âge de 19 et 20 ans.

«À 13 ans, mon père m’a passé sa caméra et j’ai fait mon premier film amateur et j’ai adoré ça. Je me suis dit que j’aimerais faire des films, mais j’habitais dans une communauté rurale avec aucune possibilité. Je voulais étudier en cinéma, mais ce n’était pas enseigné aux Maritimes. Donc, j’ai étudié en art dramatique à l’Université de Moncton. Quand l’ONF a ouvert ses portes à Moncton, j’étais à l’université et j’avais déjà un scénario prêt», a-t-il relaté.

Phil Comeau est un féru de cinéma et un inconditionnel des films du regretté cinéaste français François Truffaut. Il voit en moyenne deux films par semaine.

«Entrer dans une salle, les lumières éteintes, pour m’immiscer dans un autre monde et de voir des films qui viennent nous chercher, il n’y a rien qui me satisfait plus que ça», a-t-il ajouté.

Quelques œuvres marquantes de Phil Comeau

Zachary Richard, toujours batailleur (2016)

Belle-île-en-mer, île bretonne et acadienne (2016)

Ron Turcotte, jockey légendaire (2013)

Frédérick Back, grandeur nature (2012)

Les Acadiens du Québec (2010-2011)

Les couleurs de mon accent (2003)

Tribu.com (2 saisons de 13 épisodes)

Le secret de Jérôme (1994)

Au mitan des îles (1991)

Les gossipeuses (1978)