Comme des sauvages, un deuxième roman ambitieux pour Emmanuelle Tremblay

L’année culturelle 2016 a été très riche en Acadie. Alors que plusieurs musiciens, artistes visuels, auteurs et comédiens ont obtenu la reconnaissance méritée, d’autres sont passés sous le radar. C’est le cas de Comme des sauvages, le deuxième roman ambitieux d’Emmanuelle Tremblay, professeure de littérature à l’Université de Moncton, campus de Shippagan.

En surface, le roman, publié cet automne aux éditions Leméac, raconte l’histoire de Viviane Santerre. Alors que sa grand-mère, Rose, vit ses derniers jours, la jeune femme âgée de 29 ans tente de se remémorer l’histoire trouble de sa famille, surtout le secret entourant la disparition de sa mère, Nicole.

Un examen approfondi permet cependant de voir que le roman brosse un portrait des années 1960 et 1970, une époque où la société était en pleine transformation au niveau des mœurs et des coutumes. La majeure partie de l’intrigue se déroule dans un petit village anonyme situé près de la baie des Chaleurs où le moteur économique demeure les activités entourant l’usine de transformation de fruits de mer.

«J’ai voulu raconter les conflits générationnels entre la génération des grands-mères et celle où les gens ont vécu la libération sexuelle et le changement des mœurs. Du côté de la mère, dans le fond, il y a un conflit parce que ce que revendiquent les filles vient nier en quelque sorte le vécu de leur mère.»

Le récit a été en partie vaguement inspirée par le roman Les grands-pères de Victor-Lévy Beaulieu, un roman publié en 1971 qui porte sur la génération de ses grands-pères.

«Le personnage principal s’appelle Viviane, mais la grand-mère est omniprésente et je voulais à travers de ce personnage écrire l’histoire de toutes les grands-mères. Elle est un peu le prototype de la grand-mère dans la mesure où il y a un condensé des événements qu’elle aurait pu vivre durant les années 1960 et 1970, qui sont des années de transformation. Comment ces femmes ont-elles fait face à la libération des mœurs sexuelles et à la libération de bien des choses? Cette génération a été l’une des premières à consommer des produits pharmaceutiques qui ont été inventés pour elles, pour contrôler leur mal-être.»

Le fait de replonger dans sa mémoire n’a pas forcément été un exercice facile, explique Emmanuelle Tremblay. Née au Saguenay en 1966, l’auteure était une jeune enfant à l’époque du roman.

«Quand t’es un enfant, tu ne te rends pas compte de grand-chose, donc de reconstruire tout ça, c’est curieux. Il y l’omniprésence de la cigarette, du sucre et de toutes sortes de choses. (…) Ce qui est important, c’est la montée de la télévision et la constatation qu’une grande partie de tes souvenirs viennent de la télévision, ce n’est pas vraiment sympathique. Tu veux écrire un roman et tes souvenirs viennent de la télévision et des publicités. La mémoire est pleine de ces choses. La pub est omniprésente.»

Le premier roman d’Emmanuelle Tremblay, Je suis un thriller sentimental est sorti en 2013 aux éditions Boréal.