Un artiste brûle une de ses œuvres pour sensibiliser le public à la valeur de l’art [vidéo]

Un dessinateur émergent de Moncton a sacrifié une de ses œuvres invendues afin de dénoncer la sous-évaluation de l’art en général et appuyer les artistes locaux.

Jacques Cormier alias Zackues Reimroc a décidé de mettre le feu à un de ses dessins favoris cette semaine. Il a filmé son geste pour ensuite le publier sur sa page Facebook. Avec ce geste, il a voulu témoigner de la nature éphémère de l’art pour faire apprécier davantage le travail artistique. Cet artiste visuel et violoniste de Moncton tente de démontrer aussi comment l’art est souvent sous-estimé.

«J’ai tellement de collègues, des artistes et des amis musiciens qui se font brûler tout le temps et sont sous-évalués ou sous-estimés. C’était un acte pour montrer mon soutien aux talents locaux», a-t-il déclaré sur sa page Facebook.

Il assure que c’est un geste d’appui à l’égard des artistes afin qu’ils soient davantage reconnus à leur juste valeur. Son geste a suscité des commentaires positifs et négatifs. Jacques Cormier admet que le geste est peut-être brutal et exagéré, mais il espère ainsi provoquer un débat autour de la question des arts à Moncton.

«Pour moi, ce qui est important c’est d’avoir une discussion. Il y en a qui ont trouvé le geste un peu exagéré. Je ne le faisais pas juste pour moi et je ne voulais surtout pas que les gens se sentent coupables de ne pas acheter mon art. Je comprends ça», a-t-il expliqué en entrevue à l’Acadie Nouvelle.

Selon lui, l’art est sous-évalué et les gens cherchent toujours des rabais, et ce, dans toutes les sphères artistiques.

«Je suis musicien aussi et souvent on ne se fait pas payer assez pour les spectacles qu’on fait. Les compensations changent à la dernière seconde et on est payé beaucoup moins que prévu. C’est frustrant. Dans un sens, je voulais sacrifier mon art pour démontrer un point et pour mes collègues pour qui j’ai beaucoup de respect. J’ai voulu conscientiser les gens sur la difficulté de pratiquer son art et d’en vivre. Ils ne sont pas toujours bien compensés et ne sont pas vraiment bien reconnus pour leur talent.»

Jacques Cormier mentionne que lorsque des artistes acceptent d’être sous-payés pour leurs oeuvres, cela affecte toute la collectivité artistique.

«Prenons par exemple, des musiciens qui sont satisfaits avec 50$ pour présenter un spectacle, alors que d’autres groupes qui prennent ça plus au sérieux chargent peut-être 300 $ (montant approximatif) et ça devient pratiquement impossible pour eux d’avoir un endroit en ville pour jouer», a fait valoir le musicien qui fait partie du groupe folk Lester Slade.

Artiste autodidacte et violoniste, Jacques Cormier pratique le dessin depuis sept ou huit ans. Il s’est fait connaître surtout par les réseaux sociaux. Il n’a jamais exposé ses œuvres dans des galeries. Ses dessins qui ont une touche surréaliste reprennent des éléments de l’anatomie et du règne animal. Il aime se donner une certaine liberté dans ses dessins. Sa récente création qu’il a brûlée s’intitulait «You make my heart flutter».

Elle montrait un oiseau étendu sur un coeur. S’il a vendu quelques œuvres au cours des dernières années, il confie que les ventes sont moins élevées en ce moment. Faisant face à une panne créatrice, il a eu besoin d’un événement déclencheur pour progresser et travailler à la création de nouvelles œuvres. En mettant le feu à son dessin, cela l’a poussé à créer de nouvelles pièces.

«J’ai maintenant le sentiment d’avoir le cœur libre et je suis prêt à avancer pour dessiner des choses et collaborer plus avec tous les gens charmants qui m’entourent», a ajouté Jacques Cormier qui est aussi cuisinier au restaurant Calactus.