Une artiste de Tracadie réalisera une œuvre sur l’histoire des lépreux de l’île Sheldrake

Marika Drolet-Ferguson. - Gracieuseté
Marika Drolet-Ferguson. – Gracieuseté

Marika Drolet-Ferguson fera revivre l’histoire peu connue des lépreux de l’île Sheldrake en créant une œuvre d’art public. Le projet de cette artiste de Tracadie qui travaille dans le domaine de l’architecture a été choisi à la suite d’un appel de propositions lancé à l’échelle nationale.

Le directeur du projet national Histoires retrouvées et professeur d’histoire à l’Université Concordia, Ronald Rudin, souligne que la proposition de Marika Drolet-Ferguson offre un véritable lien avec l’île Sheldrake. Cette île est située à l’embouchure de la rivière Miramichi.

«Les autres projets n’avaient pas nécessairement de connexion avec l’île. Le problème avec l’histoire de cette l’île, c’est qu’elle n’est pas accessible et donc il faut trouver une façon de présenter l’expérience pendant les années 1840 sur l’île, mais pas sur l’île. Marika Drolet-Ferguson a imaginé une expérience en connexion avec l’île. Nous avons trouvé intéressant aussi qu’elle soit de la région de Tracadie. Après l’abandon de l’île Sheldrake en 1849, il y a eu le lazaret à Tracadie. Elle était la candidate parfaite», a fait valoir Ronald Rudin, affirmant du même souffle qu’il y a eu beaucoup d’enthousiasme pour le projet de l’île Sheldrake.

Ils ont reçu plus de propositions que pour les trois autres projets au Canada. La création de Marika Drolet-Ferguson a été retenue parmi 13 projets.

Pour son projet, elle propose de créer un parcours composé d’une installation de photographies prises sur l’île Sheldrake. L’oeuvre qui sera installée sur le terrain de l’église Saint-Pierre et Saint-Paul à Bartibog Bridge surplombe l’île. Entre 1844 et 1849, une trentaine de personnes atteintes de la lèpre, principalement des Acadiens, ont été condamnées à l’exil sur cette île. Leurs conditions de vie étaient difficiles et certains d’entre eux se sont échappés, tandis que d’autres sont décédés. En 1849, le gouvernement du Nouveau-Brunswick a accepté de les relocaliser au lazaret de Tracadie.

«Dès que j’ai vu l’appel de dossier, ça m’a intrigué parce que c’est relié à Tracadie avec le lazaret. Il y avait des livres chez mes parents et ça m’a intéressé du fait que c’était près de l’histoire de ma région. Je voulais en apprendre plus parce que c’était quelque chose de mystérieux. J’ai toujours entendu des histoires ici et là et j’avais envie de faire une recherche vu que ça m’inspirait à la base. J’ai pensé que ça allait être facile pour moi d’imaginer une œuvre d’art qui allait commémorer cette histoire», a exprimé l’artiste.

Au cours de sa recherche, elle a découvert qu’il y a dans sa généalogie une femme qui a vécu sur cette île. Elle envisage d’aller sur l’île pour prendre des photos et s’inspirer du lieu. Par la suite, elle dessinera une installation qui sera probablement réalisée avec du métal. Ce sera en quelque sorte une structure architecturale pour exposer les photographies et peut-être des textes. Les visiteurs pourront emprunter ce parcours qui leur permettra de ressentir un peu ce que les gens ont vécu sur cette île. Du site où sera installée l’oeuvre d’art, les visiteurs pourront voir l’île.

Diplômée en architecture de l’Université Laval au Québec, Marika Drolet-Ferguson qui a aussi une pratique en arts visuels a participé, entre autres, au Symposium d’art nature à Moncton.

«Pour moi, c’est important de poursuivre ces deux passions en même temps. L’architecture est un travail relié à la communauté, mais l’art visuel c’est quelque chose de plus personnel, ça touche à une certaine sensibilité. Il y a un côté poétique que j’aime beaucoup. C’est important de poursuivre les deux en même temps parce que l’un va nourrir l’autre.»

Un documentaire sur le processus créatif de l’artiste et sur l’histoire de l’île Sheldrake sera également réalisé. Le comité a lancé un appel de propositions aux cinéastes. La date limite pour soumettre sa candidature est le 23 janvier. Le cinéaste choisi suivra Marika Drolet-Ferguson tout au long de sa démarche.

«C’est un appel global, mais en pratique nous cherchons quelqu’un de la région parce que le cinéaste doit travailler étroitement avec l’artiste», a mentionné Ronald Rudin.

L’oeuvre d’art et le documentaire seront dévoilés le 19 juillet, date à laquelle la première personne a été transportée à l’île Sheldrake.

Le budget pour la recherche et la réalisation de l’oeuvre et du documentaire est d’environ 40 000 $. Les trois autres projets Histoires retrouvées ont lieu dans les régions d’Ottawa en Ontario, de Regina en Saskatchewan et de Hope en Colombie-Britannique. Ces projets sont réalisés dans le cadre du 150e anniversaire du Canada.