Julien Cadieux réalisera le film sur les lépreux de l’île Sheldrake

À la suite d’un appel lancé à l’échelle nationale, le cinéaste Julien Cadieux a été sélectionné pour réaliser un documentaire sur l’histoire dramatique des lépreux de l’île Sheldrake au Nouveau-Brunswick.

Le directeur du projet national Histoires retrouvées et professeur d’histoire à l’Université Concordia, Ronald Rudin, en a fait l’annonce récemment. Julien Cadieux se joint donc à l’artiste visuelle Marika Drolet-Ferguson, de Tracadie, qui créera une œuvre d’art publique permanente en lien avec l’histoire de l’île Sheldrake.

Le cinéaste de Moncton braquera sa caméra sur le processus de création de cette œuvre, tout en mettant en lumière le récit des lépreux de cette île située à l’embouchure de la rivière Miramichi. Une douzaine de cinéastes, principalement du Nouveau-Brunswick, ont soumis leur dossier.

«Nous avons sélectionné Julien Cadieux principalement parce qu’il a fait de beaux films sur des sujets liés à notre projet. J’ai visionné Le chant du phare que j’ai trouvé magnifique et particulièrement parce qu’il y a une force entre les images du film et le témoignage des personnes qui étaient là. Pour notre projet, il faut avoir une certaine sensibilité d’imaginer la vie des personnes de l’époque, des lépreux qui étaient sur l’île Sheldrake», a déclaré Ronald Rudin.

Diplômé de l’Université Concordia, le cinéaste de Moncton a déjà plusieurs réalisations à son actif, dont une série sur les îles de l’Atlantique, le documentaire biographique Guilda: elle est bien dans sa peau et le court métrage Habiter la danse.

Dans ses œuvres, le cinéaste acadien réussit à conjuguer son intérêt pour l’art et la beauté des témoignages des gens qu’il rencontre. Dans le cas du projet de l’île Sheldrake, il aura comme défi de jumeler l’histoire de l’île et le processus créatif de Marika Drolet-Ferguson. Cette artiste de Tracadie créera une installation majeure de photographies qui sera aménagée sur le terrain de l’église Saint-Pierre et Saint-Paul en face de l’île Sheldrake.

«Son défi est de jumeler les deux dans un court métrage de 20 minutes. C’est une occasion de présenter en même temps l’histoire du sujet, des expériences des personnes sur l’île, ainsi que l’inspiration du travail de Marika Drolet-Ferguson», a-t-il poursuivi.

L’œuvre de Mme Drolet-Ferguson sera dévoilée le 19 juillet. Le cinéaste y tournera alors ses dernières images pour ensuite produire le montage final du court métrage qui devrait être complété cet automne. Les responsables du projet espèrent pouvoir le diffuser sur leur site web au début du mois de décembre.

Le projet Histoires retrouvées visent à mettre en lumière des récits méconnus de l’histoire canadienne. Cette initiative qui propose quatre projets différents à travers le pays a été mise sur pied dans le cadre des célébrations du 150e anniversaire du Canada.

L’Île Sheldrake. – Gracieuseté: Gaétane Labelle

Vers la fin du XVIIIe siècle, la lèpre est devenue un problème grave de santé publique le long de la côte est du Nouveau-Brunswick, touchant principalement les Acadiens. En 1844, le Bureau de Santé du Nouveau-Brunswick a décidé d’envoyer 30 personnes souffrant de la lèpre à l’île Sheldrake, loin d’où ils avaient toujours vécu. Leurs conditions de vie étaient très difficiles et certains d’entre eux ont résisté et se sont enfuis.

Leur situation a soulevé aussi l’indignation, particulièrement chez les Acadiens qui voyaient par ce déplacement forcé remonter les souvenirs de la déportation. En 1849, le gouvernement a décidé de relocaliser ces personnes vers un nouvel établissement à Tracadie installé plus près de leurs familles.