Golem: le défi de la science-fiction au théâtre

Belle composition visuelle, heureux mélange entre la musique, la danse et le théâtre, la pièce Golem de Satellite Théâtre nous transporte dans un univers éclaté et intrigant. Cette proposition séduisante comporte aussi plusieurs défis.

En entrant au Marché de Moncton, la transformation de la salle est saisissante. L’équipe de Satellite Théâtre a choisi des lieux de théâtre non traditionnels pour présenter sa nouvelle création Golem de Matthieu Girard, mise en scène par Marc-André Charron.

Dans un décor un peu surréaliste, rappelant certaines œuvres de science-fiction fantaisistes telles que Brazil de Terry Gilliam, Golem invite le spectateur à réfléchir sur l’intelligence artificielle, sur son aspect éthique et sur les liens qui existent entre les créateurs et leurs créatures.

Yves Arseneault et Bianca Richard dans une scène de la pièce Golem. – Acadie Nouvelle: Sylvie Mousseau

«C’est un texte qui est assez philosophique. Il nous fait penser à l’intelligence artificielle, aux téléphones cellulaires, aux selfies (égoportraits), à comment on aime se voir et comment on fournit à cette machine-là de tellement d’informations personnelles qu’à un moment donné, on se demande quel tour cela va nous jouer. Ça fait beaucoup réfléchir aussi par rapport à l’avenir de l’intelligence artificielle», a exprimé une spectatrice, Francine Hébert.

Une autre spectatrice Rosalie Boudreau confie que la pièce suscite une réflexion sur l’aspect éthique de l’intelligence artificielle et sur ses limites.

Des échafauds, des tubes, du plastique, des pièces d’ordinateurs, des lumières et toutes sortes d’objets hétéroclites composent ce décor mystérieux qui nous rappelle assurément l’histoire de Frankenstein. Une scientifique excentrique, Dr Loewe (Bianca Richard), ses deux golems (créatures-robots) Omega (Jalianne Li) et Béta (Yves Arseneault), accompagnés de quatre musiciens de l’ensemble Tutta Musica et de la régisseuse Joëlle Tougas évoluent sur la scène. La musique jouée en direct par les quatre musiciens crée un bel environnement sonore qui ponctue de façon efficace l’action. Elle aurait pu même être encore plus présente.

«J’ai trouvé ça vraiment bien et je suis impressionnée de l’ampleur de la production avec les costumes et la mise en scène. Je trouve ça vraiment le fun que ce soit présenté ici. Le mariage entre le théâtre, la danse et la musique était selon moi très bien réussi», a souligné une spectatrice Estelle Dupuis.

Jalianne Li dans une scène de la pièce Golem. – Acadie Nouvelle: Sylvie Mousseau

Golem met en lumière le récit d’une scientifique qui invente et fabrique des golems. Pendant ses conférences publiques où elle fait la démonstration de ses modèles les plus récents, tout ne se déroule pas comme elle le souhaite, donnant lieu à des situations plutôt cocasses. Ses créatures peuvent tamiser l’éclairage, offrir des moments de détente, danser, divertir, faire de la traduction, échanger, etc…À un certain moment dans l’histoire, Omega questionne sa créatrice sur sa nature. Les golems peuvent-ils prendre leur destinée en main?

Au-delà de la beauté du spectacle, des costumes fabuleux, des trouvailles ingénieuses et des questions pertinentes qu’il pose, il reste que l’histoire aurait pu être développée davantage pour aller plus en profondeur. Il y a de très belles pistes à développer. Comme l’intrigue s’essouffle un peu et qu’elle n’est pas toujours convaincante, on décroche parfois comme spectateur. Le sujet des robots et de l’intelligence artificielle a été abordé à maintes reprises en science-fiction d’où l’importance de se renouveler. La compagnie d’avant-garde Satellite Théâtre a habitué le public à des créations plus puissantes et accomplies comme Tréteau(x) et Bouffe.

Ce spectacle bilingue qui a été présenté mardi et mercredi à Moncton, est en tournée au Nouveau-Brunswick jusqu’au 14 avril. L’équipe s’arrêtera au Memorial Hall à Fredericton les 10 et 11 avril, ainsi qu’au Sanctuary Theatre à Saint-Jean,les 13 et 14 avril.

Bianca Richard dans une scène de la pièce Golem. – Acadie Nouvelle: Sylvie Mousseau