Après la pluie: satire de l’existence dans la boucane de cigarette (Vidéo)

Les étudiants en art dramatique de l’Université de Moncton abordent de manière satirique la crise existentielle actuelle dans la pièce Après la pluie de l’auteur catalan Sergi Belbel. Le finissant et comédien Eric Thériault qualifie le texte d’une complexité merveilleuse.

Dans un monde où il ne pleut pas depuis deux ans et où la cigarette est interdite, le personnel d’une institution financière se retrouve sur le toit d’un gratte-ciel pour fumer en cachette. Il se dégage une atmosphère de fin du monde de plus en plus survoltée.

Les employés qui se croisent sur le toit dans le vent, au milieu des bruits d’accident, d’explosion et d’hélicoptère expriment leurs frustrations. Ces employés qui vivent tous des difficultés personnelles se dévoilent peu à peu. Vivant dans un monde de plus en plus contrôlé, la cigarette devient alors leur seule délivrance.

Le professeur Andréi Zaharia, qui dirige l’exercice, souligne que cette pièce écrite en 1993 est toujours d’actualité. Il s’agit d’un sujet grave, mais approché par la satire et l’excès.

«C’est une excellente pièce qui traite de la crise sociétale actuelle. Le problème de la détérioration climatique, la crise de valeurs qui tarde à se régler et qui devient de plus en plus explosive et destructrice avec les médias sociaux, les guerres de religion, le terrorisme, la sexualisation énorme de la vie de tous les jours, la procréation artificielle et toutes ces nouvelles découvertes créent un climat que nous percevons de plus en plus d’angoisse, d’insécurité et de névrose», a expliqué Andréi Zaharia.

La pièce met en scène huit personnages joués par des étudiants de 3e et 4e année. Tommy Des Rosiers, qui incarne un programmeur informatique, précise que les personnages n’ont pas de nom, étant désignés seulement par leur couleur de cheveux ou leur fonction administrative. Ils ont des personnalités typées et diverses.

«Mon personnage est très courtois, poli, un peu coincé et très conservateur dans ses valeurs. Sa vie est pas mal toute dessinée d’avance. La seule chose qu’il a probablement fait d’illégal dans sa vie, c’est de fumer. Il apprend qu’il n’est pas tout seul à fumer, mais ça le stress parce qu’il fume dans un endroit où il n’a pas le droit», raconte Tommy Des Rosiers.

André Zaharia précise que le conflit se passe entre les gens et leur vie. Eric Thériault, qui incarne un chef administratif dépressif, confie que son rôle comporte de grands défis.

«Je n’ai jamais joué quelqu’un d’aussi dépressif qui a autant de défis dans la vie. Il est tellement bousculé. Il est en train de divorcer. Il se bat pour la paternité de sa fille, etc.… Il doit aussi composer avec des femmes de pouvoir dominantes, dans la vie comme au travail. C’est simple, mon personnage n’a aucun moment de bonheur.»

L’étudiant de 4e année souligne la complexité merveilleuse du texte qui propose plusieurs niveaux d’interprétation et de lecture. Si cette création est réalisée dans le cadre d’un exercice étudiant, il reste qu’elle a toutes les allures d’une production professionnelle assure Andréi Zaharia. Celui-ci souligne l’importance des productions au département d’arts dramatique puisqu’elles proposent des œuvres de la dramaturgie qui sont rarement présentées en Acadie.

«Ce n’est pas seulement dans le sens qu’on peut voir des productions avec une plus grosse distribution, mais aussi c’est un répertoire particulier que les théâtres professionnels ne peuvent pas se permettre de mettre à l’affiche parce qu’ils doivent se préoccuper de toutes sortes d’obligations qui tiennent de la société acadienne. Il faut qu’il privilégie les textes originaux. En général au Canada français, on joue peu les classiques même modernes», a conclu le professeur.

Après la pluie est présentée du 8 au 12 avril à 20 h au Studio-Théâre La Grange à l’Université de Moncton, campus de Moncton.

Trois étudiants en art dramatique, Émilien Cormier, Tommy Des Rosiers et Danica Roy dans une scène de la pièce Après la pluie. –
Acadie Nouvelle: Sylvie Mousseau